L’amour dure trois ans (Frédéric Beigbeder, 2011)

de le 18/01/2012
 
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Jusqu’à aujourd’hui, Frédéric Beigbeder et le cinéma était une relation en trois points : une admiration sans bornes pour Fight Club, l’animation de l’émission critique Le Cercle et la base de l’adaptation 99 Francs par Jan Kounen. Dans un sens il n’est pas très surprenant de le voir s’essayer à la mise en scène pour adapter son troisième roman L’amour dure trois ans et de passer ainsi de l’autre côté de la caméra. Cependant, et c’est déjà là qu’apparaissent les grosses failles de son film, il n’est pas à l’origine du projet d’adaptation, ce premier film n’est pas le fruit d’un profond désir de faire du cinéma mais le résultat d’une opportunité. Un premier essai auquel il manque le petit ingrédient qui permet de passer outre les maladresses dues au manque d’expérience : la passion et l’énergie de la survie pour permettre à un projet personnel d’exister. Ainsi, s’il ne manque pas d’amour, L’amour dure trois ans manque sérieusement d’âme.

Que peut-on dès lors attendre d’un premier film apparu dans de telles conditions ? Pas grand chose, mais l’affection que l’on peut porter au personnage gentiment trash de Beigbeder ou à son univers littéraire restent des moteurs suffisants. C’est ainsi sans surprise qu’il ouvre son film sur du Bukowski et sa vision de l’amour éphémère. Et on sent que quelque chose peut se passer. Dans le ton extrêmement cynique, dans le traitement franchement ludique même si pas très original, faisant appel à la voix off, au monologue face caméra ou au montage de séquences cut, L’amour dure trois ans démarre tel une comédie romantique douce amère façon Sundance sous speed et s’annonce plutôt méchant. Et ce postulat tient la route le temps d’une première partie aussi froide et impersonnelle que forcément plaisante car attaquant le sentiment amoureux en le démystifiant complètement, chose pas si commune de par chez nous. Pour l’illustrer, Beigbeder a recours à nombre d’artifices dans son montage ou sa narration, empruntant par ci par là des figures de style typiques des clips publicitaires, à l’image de ce travelling avec le personnage vieillissant hérité d’une pub pour assurance ou la séquence en lumière rouge du strip-club. C’est plutôt joli même si cela ne sert pas à grand chose. Dans la cruauté et le cynisme, l’apprenti-réalisateur assure ce qu’on attendait de lui, sauf que L’amour dure trois ans se révèle finalement comme d’un faux cynisme et d’un véritable académisme dans sa façon d’aborder l’amour. Au fil des bobines se dévoile une comédie romantique des plus basiques et sans grand intérêt qui nous ressasse des symboles vieux comme le monde et d’une naïveté assez inattendue. Gentillet, le film le sera jusqu’au bout et qu’importe le plan final qui se veut punk, on est bien face à une romcom tout ce qu’il y a de plus conventionnelle et cucul la praline, à tel point que les excès et le vomi de sa première partie font presque tâche. Cependant, un point sur lequel L’amour dure trois ans est réussi vient de l’humour. À défaut de vivre un moment de cinéma singulier on rit beaucoup devant la justesse de certains dialogues qui touchent très juste sur les relations hommes/femmes en général.

Adepte des gros plans et de la longue focale pour faire beau, Frédéric Beigbeder s’avère surtout découvreur de talent. Si on passera poliment sur la prestation anecdotique d’un Nicolas Bedos pas vraiment à sa place sur un écran de cette taille, Gaspard Proust est une révélation fracassante de par le naturel qu’il dégage à l’écran face à une Louise Bourgoin enfin intéressante. Bon choix également que celui de Joey Starr dans un rôle à l’évolution surprenante et surtout Valérie Lemercier, immense en éditrice au parler cru et incisif. C’est également un vrai plaisir que de revoir Bernard Menez, inoubliable interprète de Jolie poupée, mais sans son illustre acolyte Henri Guybet, qui nous rappelle au bon souvenir de La Frisée aux lardons. Pour le reste, Frédéric Beigbeder livre un premier film très vite oubliable, à la construction bien trop littéraire et assez peu cinématographique, aux trop rares fulgurances, aux effets de style trop marqués et inopportuns. Mais il y a la présence du grand Michel Legrand et son merveilleux The Windmills of Your Mind, par ailleurs revu de façon plutôt originale dans le final, alors ne serait-ce que pour ça…

FICHE FILM
 
Synopsis

Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.