L’Aigle de la neuvième légion (Kevin Macdonald, 2011)

de le 04/05/2011
 
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Le péplum n’est pas mort, hourra! Et il fallait sans doute un ancien et brillant documentariste (voyez Un Jour en septembre et La Mort suspendue pour comprendre) reconverti non moins brillamment à la fiction (Le Dernier roi d’Ecosse et Jeux de pouvoir) pour assurer cette renaissance. Car très franchement ce n’est pas le sympathique mais tout de même pas génial Centurion sorti en catimini l’an dernier que le genre allait redorer son blason. Et s’il lui manque un acteur de haut rang tel que Michael Fassbender, Kevin Macdonald s’accommode d’un Channing ‘G.I. Joe’ Tatum pour la première fois véritablement surprenant dans ce beau retour aux sources qu’est L’Aigle de la neuvième légion. Un retour aux sources presque inespéré tant le genre (le péplum ou plus largement le « military epic ») ne semble plus du tout à la mode, malgré le succès relatif d’excellents films tels que Le Roi Arthur d’Antoine Fuqua (et son director’s cut dantesque), Agora étant une variation de péplum mais pas assez axé sur l’aventure pour entrer dans cette catégorie.

C’est là qu’arrive L’aigle de la neuvième légion et son titre français à rallonge qui lorgnerait presque vers les classiques du film de guerre tandis que le titre originale vise à l’épure. Finalement aucun n’est véritablement révélateur de ce qui nous attend. Car L’aigle de la neuvième légion, s’il faut le délimiter à des cases cinématographiques précises, est plutôt un péplum tendance aventure (pas le grand spectacle type Ben-Hur ou Gladiator) traité sur un mode citant autant le western classique que le documentaire caméra au poing. Kevin Macdonald a tout compris, ce n’est pas en utilisant la même esthétique vieillotte saupoudrée d’une bande son moderne qu’on relance un cinéma comateux, c’est en y apportant des idées de metteur en scène. Et une aventure avec des romains en jupettes shootée à l’énergie par un documentariste qui a bien gardé ses tics de réalisation, ça c’est de la nouveauté. Et ça fonctionne en plus! L’aigle de la neuvième légion, avec son récit qui en premier niveau de lecture est des plus basiques, et efficaces, donne cette sensation de voir tout un pan de cinéma renaître de ses cendres, mais avec un nouveau profil ancré dans son temps.

Ainsi, on oublie les grands mouvements de grue et les batailles massive à grands coups de centaines de figurants pour venir vers un cinéma plus percutant mais qui n’en oublie pas ses racines. La reconstitution est exemplaire, tout du moins pour l’image qu’on peut se faire de ces points éloignés du centre névralgique de l’empire romain. Et c’est une Bretagne encore sauvage qui s’offre au spectateur, une nature très présente qui n’est pas sans rappeler celle, envahissante et visuellement très proche, du Guerrier silencieux. On pense d’ailleurs beaucoup au chef d’oeuvre de Nicolas Winding Refn, malgré la différence de rythme évidente et une tendance à trop en dire. Mais ne serait-ce que pour l’illustration de l’errance dans une nature aride ou la manière d’isoler les personnages à coups de très longue focale, faisant parfois d’une bataille un moment hors du temps et un lieu désertique, la filiation crève les yeux. Chemin de croix initiatique et contemplatif, doublé d’un récit de western, avec deux hommes liés simplement par une dette et qui parcourent un territoire hostile, voilà le programme de L’aigle de la neuvième légion qui n’est définitivement pas le péplum bourrin qu’on pouvait attendre, et c’est tant mieux.

Paradoxalement, s’il apporte un propos concret à un genre qui pouvait parfois en manquer et privilégiait le spectacle ou la barbarie, on pourra reprocher au film de Kevin Macdonald de n’être pas assez fin dans son discours. C’est à la frontière entre entertainment très haut de gamme et épuré et réflexion sur le destin de deux hommes qui vont apprendre à se respecter (et quelque part à s’aimer) qu’il perd parfois le fil. Ainsi le rapport homosexuel latent lui échappe complètement, comme s’il ne l’avais pas saisi, et parait lourdingue par exemple. Tout comme le récit et les personnages qui souffrent d’une lecture premier degré remplie de clichés, il convient de creuser un peu pour y voir de la pertinence. Mais malgré ces petites réserves, L’aigle de la neuvième légion est un film puissant qui renouerait presque avec la vision de ce cinéma qu’avaient John McTiernan sur le 13ème guerrier ou Paul Verhoeven sur La Chair et le sang, des fresques intimistes et intelligentes derrière leur apparence barbare. Et pour cela, cet excellent directeur d’acteurs trouve avec le massif Channing Tatum et le (de moins en moins) frêle Jamie Bell un duo fonctionnant à la perfection, transformé en trio avec l’apparition de l’ennemi presque métaphorique d’un passé, Tahar Rahim, méconnaissable. Une grosse réussite tout de même, qui doit également beaucoup à l’image incroyablement belle d’Anthony Dod Mantle, directeur de la photographie assez génial qui nous avait déjà scotché avec entre autres Antichrist ou 28 Jours plus tard, un esthète.

[box_light]Petite renaissance du film d’aventure en costume, chemin de croix initiatique entre un jeune héros romain et un esclave, péplum intimiste, L’aigle de la neuvième légion est une véritable surprise. Brutal dans ses quelques scènes d’action, contemplatif quand il observe les paysages désertiques anglais, le nouveau film de Kevin Macdonald ne manque ni de coeur ni de souffle pour illustrer le combat d’une vie pour sauver l’honneur d’une famille. Porté par un duo d’acteurs qui fonctionne à merveille, illustré par la mise en scène électrique de Kevin Macdonald et une lumière sublime, L’aigle de la neuvième légion est tout sauf l’objet bourrin qu’on semble nous vendre mais une petite pépite qui renoue avec un cinéma presque oublié.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

En 140 après J.-C., l’Empire romain s’étend jusqu’à l’actuelle Angleterre. Marcus Aquila, un jeune centurion, est bien décidé à restaurer l’honneur de son père, disparu mystérieusement vingt ans plus tôt avec la Neuvième Légion qu’il commandait dans le nord de l’île. On ne retrouva rien, ni des 5000 hommes, ni de leur emblème, un Aigle d’or. Après ce drame, l’empereur Hadrien ordonna la construction d’un mur pour séparer le nord, aux mains de tribus insoumises, du reste du territoire. Pour les Romains, le mur d’Hadrien devint une frontière, l’extrême limite du monde connu. Apprenant par une rumeur que l’Aigle d’or aurait été vu dans un temple tribal des terres du nord, Marcus décide de s’y rendre avec Esca, son esclave. Mais au-delà du mur d’Hadrien, dans les contrées inconnues et sauvages, difficile de savoir qui est à la merci de l’autre, et de révélations en découvertes, Marcus va devoir affronter les plus redoutables dangers pour avoir une chance de trouver la vérité...