L’agence (George Nolfi, 2011)

de le 23/03/2011
 
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Pauvre Philip K. Dick. Si on lui doit parmi les plus beaux fleurons de la littérature de science-fiction, son travail titanesque n’a pas toujours eu droit à un traitement de faveur au cinéma. Car s’il y a bien d’un côté les fabuleux Blade Runner, Total Recall et Minority Report, il y a également les faisandés Paycheck (le plus gros échec artistique de John Woo à ce jour, même ses films alimentaires précédant Le Syndicat du crime sont meilleurs) et Next (Lee Tamahori, sans doute frappé d’une mort cérébrale suite au choc de L’âme des guerriers et qui depuis n’a de cesse de creuser un peu plus profond vers la médiocrité). Et en attendant Ubik par Michel Gondry, c’est au tour de L’agence de passer à la moulinette de l’adaptation cinématographique. L’agence c’est à la base une nouvelle de 1954 connue en France sous le titre de « Rajustement », une oeuvre foncièrement dickienne dans le thème de la manipulation du réel et dans une veine carrément éloignée de ses récits de science-fiction. Nouvel outrage? Difficile à dire sans avoir lu la nouvelle en question mais ce qui est certain c’est que L’agence est à peu près aussi passionnant que son titre ne le laisse imaginer. Concrètement, c’est l’exemple type du film qui partait sur des bases sublimes pour ensuite se vautrer complètement.

Mais après tout, à quoi d’exceptionnel pouvait-on s’attendre de la part de George Nolfi, scénariste de Ocean’s Twelve, The Sentinel et Prisonniers du temps (et La Vengeance dans la peau, ok il fallait une exception) ? Pas grand chose. C’est d’ailleurs pour cette raison que dans sa première partie L’agence a tous les atouts d’une belle surprise. Dans cette première partie en question se dessinent rapidement des enjeux dramatiques majeurs, même si simplifiés et expliqués au maximum pour rester dans un schéma tout public. Il s’agit de mettre en parallèle un jeune politicien venu de la rue avec une société secrète possédant vraisemblablement les secrets du destin. Libre arbitre, croyance religieuse, anges gardiens, divinités… peu à peu se mettent en place les pièces de cet étrange échiquier assez passionnant il faut avouer, car jouant avec des sujets importants. D’ailleurs, même la romance apparaissant assez tôt dans le récit tient vraiment la route, autant grâce à son écriture logique que grâce aux acteurs.

Puis quelque chose se passe et la mécanique s’emballe. À coups de répétitions des situations qui n’apportent plus rien de neuf, en transformant le film en une poursuite manquant de rythme et d’enjeux, en privilégiant la romance plus que la réflexion sur la manipulation religieuse, en se trompant de film, George Nolfi se plante. Le thriller mou s’enlise tandis que l’émotion surjouée prend le dessus pour atteindre des sommets de guimauve dans un dernier acte plus risible qu’autre chose. Et ce gloubi boulga d’influences, de Dark City à The Box, en passant par Matrix et Inception, mais en mode old school grâce aux types avec leur chapeau tous droits sortis d’un documentaire sur Al Capone. Quand la poursuite démarre le film se ringardise complètement, poussant le ridicule involontaire jusque dans ses derniers retranchements. Dès lors, impossible de s’attacher au destin manipulé, ou pas, de ces deux amants de l’impossible qui courent dans tous les sens en ouvrant des portes grâce à un chapeau. Le coeur du film s’est alors arrêté depuis bien longtemps, et ne reste qu’un divertissement bas de gamme.

C’est d’autant plus dommage que L’agence bénéficie d’un traitement visuel plutôt convaincant dans l’ensemble. George Nolfi passe l’épreuve du premier long haut la main en terme de technique et de direction d’acteur, il faut juste qu’il parvienne à imposer un véritable rythme à son récit, mais surtout qu’il laisse le soin du scénario à quelqu’un d’autre! Il maîtrise habilement le contraste à l’image en opposant une esthétique de thriller sophistiqué à des personnages en provenance d’un film noir ou d’une comédie romantique, et il n’y a rien à dire là-dessus, ça fonctionne. Sauf que c’est trop peu, que s’ils sont loin d’être mauvais Matt Damon et Emily Blunt n’offrent que des prestations sans relief, complètement mécaniques alors qu’ils sont censés symboliser des électrons libres dans un univers mécanisé. L’agence manque clairement de folie, dans son récit et dans sa mise en scène! On imagine ce qu’un tel sujet aurait donné dans des mains plus expertes, et ça aurait pu être fabuleux. En l’état, c’est long et surtout très décevant en regard des attentes suscitées par le démarrage du film.

[box_light]L’agence partait sur des bases surprenantes, celles des très bons films. Mais comme tout n’est pas gagné d’avance, les choses se gâtent sérieusement par la suite jusqu’à l’effondrement total de l’édifice. Ce qui ressemblait à une puissante réflexion sur le libre arbitre prenant la forme d’un thriller aux textures intéressantes ne devient qu’une banale et médiocre romance sans passion, et pas plus crédible que toutes ces daubes dégoulinantes que nous envoie régulièrement l’oncle Sam. C’est dommage, car l’agence avait de sérieux atouts en main comme ce mélange de références pouvant aboutir à un ensemble solide. Mais non, au final c’est assez mauvais, à l’image de ce dernier quart d’heure qui dépasse les bornes du supportable en termes de romance mielleuse.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Sommes-nous maîtres de notre destin ? Ou sommes-nous manipulés par des forces invisibles ? David Norris entrevoit l'avenir que le Sort lui réserve et se rend compte qu'il aspire à une autre vie que celle qui lui a été tracée. Pour y parvenir, il va devoir poursuivre la femme, dont il est tombé follement amoureux, à travers les rues de New York et ses réseaux souterrains...