Lady Vengeance (Park Chan-wook, 2005)

de le 03/10/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Et nous voilà à la fin de la trilogie de la vengeance mise en place par ce génie coréen. Après Sympathy for Mr. Vengeance et Old Boy, voici Lady Vengeance, l’opus qui m’a toujours le moins plu et que je n’avais pas revu depuis sa sortie… Et bien je vais devoir revenir sur mon premier jugement car si c’est de loin le plus faible des trois, ça n’en reste pas moins une belle réussite!! C’est sans doute que les deux premiers sont de telles claques qu’on est forcément déçu devant celui-ci, au premier abord. Car c’est un film qui nécessite plusieurs visions pour bien saisir ce qu’il a à dire, c’est également un film qui va à l’inverse des deux autres, à savoir que le personnage central n’est pas dans un schéma d’escalade de violence et de perte d’humanité, au contraire. En ajoutant une sensibilité toute féminine, Park Chan-Wook fait de Lady Vengeance un long chemin vers la rédemption, une quête intérieure d’un être qui avait tout prévu pour devenir un véritable animal de chasse mais qui se découvre au fur et à mesure de son chemin de croix… moins percutant mais grandiose!

La rupture se fait dès le générique, après le dépouillement du premier et la tension du temps qui passe dans le second, on y trouve une forme de poésie morbide, un mélange de fleurs et de sang, quelque chose de très pur qui donne une sensation étrange… Cette fois, on ne comprend pas tout de suite quelles sont les motivations de cette vengeance qui est à la différence des autres, longuement réfléchie et mise en place. Lady Vengeance ne fonctionne pas à l’instinct, Lee Geum-ja n’a rien de l’animal qu’était devenu Oh Dae-su après ses quinze ans de séquestration, pour plusieurs raisons: elle sait pourquoi elle a été enfermée, elle n’a pas subi d’isolement et n’a donc pas perdu le contact avec une certaine réalité sociale et enfin, point important, c’est une femme, une jeune mère qui plus est!

On va donc suivre pendant deux bonnes heures la mise en place du plan qu’elle prépare depuis de longues années pour se venger d’on ne sait qui… Une fois de plus Chan-Wook nous impressionne par sa maîtrise de la narration, jonglant parfaitement entre les ellipses et les flashbacks dans des scènes aux effets de montage encore plus impressionnantes que dans Old Boy! Sauf que la vengeance froide et calculée de Geum-ja va se prendre du plomb dans l’aile à partir du moment où elle rencontre sa fille… Comme si elle se retrouvait tout à coup face à ses responsabilités de mère qui lui avaient été enlevées et qu’elle n’avait donc finalement jamais vraiment envisagées… En résulte un film au traitement complètement différent des précédents, qui joue beaucoup plus sur l’émotion. Un film moins noir, plus drôle (rien d’étonnant à ce que Chan-wook ait ensuite embrayé sur la comédie Je suis un Cyborg, les bases sont là) et surtout très mélancolique.

L’évolution se voit sur tous les aspects, comme la musique par exemple. Quasi absente de SFMV, très présente dans Old Boy avec l’apparition succinte d’une musique classique qui embrasse ici la totalité du film. Dès lors l’ambiance influe considérablement sur nos attentes, et le propos de départ, à savoir une simple histoire de vengeance, est mis au second plan au profit de l’évolution du personnage de Geum-ja et ses relations avec sa fille. Bizarrement donc, ce film qui fait pourtant partie de la trilogie thématique de la vengeance s’en éloigne considérablement, traitant d’un aspect carrément absent des deux autres films! La vengeance est ici abordée comme une façon extrême d’expier ses pêchés, la religion tenant un rôle très important, à la fois nécessaire et tourné en ridicule. mais en fait, avant tout, c’est une histoire d’amour déchirante qui nous est racontée…

L’histoire d’une femme qui a fait une grosse erreur étant jeune et qui se transforme (même physiquement) en ange de la mort afin de nettoyer dans le sang ses pêchés et retrouver son seul amour perdu, sa fille. Mais il y a bien plus car l’autre nouveauté c’est qu’on a de nombreux personnages, chacun jouant un rôle essentiel. Il s’agit des anciennes compagnes de cellule de Geum-ja qui sont à la fois en admiration et terrorisées devant elle, et qui vont l’aider dans la mise en place de son plan. Le tout forme un ensemble d’une cohérence absolue malgré un aspect plutôt chaotique (très franchement la première fois on y voit juste une maestria technique qui peine à cacher un propos vide de sens). Non Lady Vengeance n’est pas un film creux! C’est peut-être même le plus profond de la trilogie… sauf qu’il vient jouer dans une autre cour tellement différente… Ne pas s’attendre à des scènes choc ou un malaise, ça n’est pas ça du tout!!

La mise en scène, il n’est pas vraiment nécessaire d’y revenir dessus, c’est juste parfait et ça suit tout à fait l’évolution du style de Park Chan-Wook. Le propos très noir et les scènes glauques sont souvent désamorcés par le grotesque, ce qui passe très bien. J’émettrais une réserve sur cette idée de commencer le film en couleur puis de le désaturer de plus en plus jusqu’à arriver à un final en noir et blanc, l’inverse aurait été plus juste, le personnage s’éclairant au fur et à mesure de son humanité grandissante… mais c’est un choix qui se respecte. Le film est ludique, loin d’être aussi simpliste qu’il n’y parait (mais pour s’en rendre compte il faut le revoir et traquer le moindre détail) et nous propose une réflexion magnifique sur le principe de rédemption tout en nous gavant d’images sublimes, dont certaines scènes oniriques à pleurer et qui ne sont pas là gratuitement!

Il est marrant de retrouver Choi Min-sik dans un rôle d’ordure, mais c’est Lee Yeong-ae qui porte le film sur ses épaules. Elle était déjà excellente dans JSA, elle est ici exceptionnelle, jouant d’une palette d’émotions immense et qui réussit à nous toucher. On appréciera également de nombreux caméos d’acteurs croisés dans les films précédents du réalisateur.

Le film a droit à un double final tétanisant, le premier prend aux tripes, le second au cœur… on est donc assez loin du film gratuitement virtuose pour épater la galerie et qui n’a rien à dire que j’avais en tête… Lady Vengeance se révèle sous un nouveau jour à la deuxième vision, absolument nécessaire. Il se révèle comme un complément parfait de la filmographie de Park Chan-Wook, à la fois à des années lumières des autres films de la trilogie de la vengeance mais pourtant indissociable par son approche beaucoup plus humaine et sensible. C’est un film ambitieux, complexe et d’une richesse presque inépuisable, un voyage vers une pureté absolue qui n’évite pas certaines facilités mais bon sang que c’est beau!!! Park Chan-Wook est définitivement un virtuose de la mise en scène, un conteur hors pair, et juste un des réalisateurs les plus surprenants et passionnants de notre époque, il le prouve film après film.

FICHE FILM
 
Synopsis

Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu'elle est accusée de l'enlèvement et du meurtre d'un garçon de 5 ans. Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d'enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Mr. Baek...