La Planète des singes : Les Origines (Rupert Wyatt, 2011)

de le 02/08/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

En voilà un film qui était redouté plus qu’attendu. D’abord car il porte la signature d’une saga parmi les plus mythiques du cinéma de science-fiction lancée par un chef d’oeuvre en 1968 et suivi par une série TV et 4 films de qualité variable. Ensuite car le dernier contact entre le spectateur et l’univers de La Planète des singes date d’il y a 10 ans et qu’il s’agissait alors du catastrophique remake signé Tim Burton. Enfin car rebaptisé « Les origines » (comme Wolverine…) le blockbuster s’inscrit dans une logique actuelle assez agaçante à Hollywood, celle de s’enfermer dans la vague de remakes, suites, prequels. Ajoutons à cela une campagne de promotion qui mise absolument tout sur les effets spéciaux du film, jusqu’à occulter complètement le nom du réalisateur et des acteurs principaux, qui n’ont rien d’inconnus tout de même, et on tient la recette idéale du gros film (90 millions de dollars de budget) qui a de fortes chances de se planter, en plus d’être mauvais. Sur les résultats financiers, il faudra attendre la sortie, mais en ce qui concerne le film en lui-même, c’est une énorme surprise. D’autant meilleure qu’on n’en attendait rien. Il a donc fallu que ce soit un quasi-inconnu (Ultime évasion, premier long métrage de Rupert Wyatt est sorti discrètement en DVD), avec derrière lui un studio mondialement reconnu pour saper le travail de ses artistes, qui vienne mettre tout le monde d’accord dans la famille des blockbusters de l’été, voire de l’année.

Difficile au premier abord de situer le film dans la saga, qui ne manquait déjà pas de paradoxes temporels. Il s’agit en quelque sorte d’une variation de La Conquête de la planète des singes mais qui fait table rase de tous les films, sauf le premier. On se situe donc sur terre à notre époque, de quoi poser les bases d’une explication à la séquence finale du film de Franklin J. Schaffner (qui mentionnait une catastrophe nucléaire, ce qui risque d’être un point de débat). La Planète des singes: Les Origines adopte une structure narrative extrêmement classique mais qui s’avère surprenante tant elle prend le contre-pied à la production actuelle, adepte des récits aux innombrables hausses et baisses de régimes qui anéantissent la notion même de climax, pourtant essentielle au cinéma de divertissement populaire. Ce que fait Rupert Wyatt, c’est renouer avec une conception de cinéma oubliée, tout en profitant de la technologie du futur. En cela, son film est le blockbuster estival par excellence, qui écrase un Super 8 auquel il manque cette orientation d’avenir.

[quote]Caesar is home…

[/quote]

La fenêtre sur le futur c’est la performance capture, cette technologie incroyable qui nous avait bluffé dans Avatar et qui va sans doute s’imposer royalement avec le Tintin de Steven Spielberg. Alliée aux créations numériques de Weta Digital, cela donne des singes en images de synthèse au comportement saisissant de réalisme, supplantant cette fois très largement n’importe quel maquillage ou effet physique. la liberté permise par les créatures numériques permet de véritables propositions de mise en scène qui font de La Planète des singes: Les Origines un vrai bon film et non un simple produit de studio lambda. Que ce soit à travers ses mouvements de caméra très travaillés, ne laissant que peu de place à des images statiques, ou dans le choix de ses cadres, Rupert Wyatt fait un travail remarquable, imposant un véritable regarde de metteur en scène plutôt que d’exécutant. l’absence de son nom sur les affiches est d’autant plus incompréhensible. Mais cette introduction new age à la planète des singes ne doit surtout pas se résumer à une démonstration technologique. Car si elle est bien présente, et impressionne à la fois par le résultat (le regard des singes est presque gênant tant il parait vrai) et par les perspectives d’avenir, le film est tout autant porté par ses acteurs et son scénario en béton.

Côté acteurs, on va dire qu’ils sont trois, en mettant de côté les seconds rôles simplement illustratifs de Freida Pinto, Brian Cox ou Tom Felton, délaissés et vraisemblablement pas en grande forme. James Franco tout d’abord s’impose assez naturellement en personnage lucide, quasiment le seul à garder un regard positif même à l’aube de l’extinction de son espèce. Tout en sobriété, il livre une prestation remarquable, en accord avec ses deux partenaires principaux dans des rôles miroirs, Andy Serkis et John Lithgow, avec deux relations intergénérationnelles bouleversantes entre pères et fils (naturel ou d’adoption). Ils portent tous avec maestria le drame humain en parallèle du grand drame historique, dans la mythologie de la saga. En voulant soigner son père, Will créé César, son fils, et mettra en lumière la perfidie de l’humanité. Plus qu’une philosophie de comptoir, La Planète des singes: Les Origines développe une réflexion fascinante avec d’un côté l’émancipation des primates, leur prise de conscience et de pouvoir, et de l’autre l’aboutissement du penchant humain pour l’auto-destruction. Et cette démonstration, quelque part tout à fait plausible sans tomber dans des idéologies écologistes de bas étage, est un contrepoint flamboyant au coeur de blockbuster matriciel du film. C’est ça un film intelligent, qui ne prend pas les spectateurs pour des imbéciles, et qui en plus leur en donne pour leur argent question spectacle. Car La Planète des singes: Les Origines nous en met également plein la vue, au dela de toute réflexion, assimile parfaitement les composants du mythe de science-fiction (les clins d’oeils ne sont jamais lourds) pour développer dans sa trajectoire narrative un véritable souffle épique qui vient s’imposer à merveille lors du climax, un affrontement dantesque qui contient nombre d’images toutes puissantes. On ne pouvait pas rêver plus belle renaissance de cette univers, si intelligente et respectueuse, avec une véritable émotion passant aussi bien par le récit que par l’image. C’est beau, et on lui pardonne aisément quelques approximations graphiques sur les plans larges d’exposition.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un laboratoire, des scientifiques expérimentent un traitement sur des singes pour vaincre la maladie d’Alzheimer. Mais leurs essais ont des effets secondaires inattendus : ils découvrent que la substance utilisée permet d’augmenter radicalement l’activité cérébrale de leurs sujets. César, est alors le premier jeune chimpanzé faisant preuve d’une intelligence remarquable. Mais trahi par les humains qui l’entourent et en qui il avait confiance, il va mener le soulèvement de toute son espèce contre l’Homme dans un combat spectaculaire.