La Nouvelle guerre des boutons (Christophe Barratier, 2011)

de le 22/09/2011
 
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Après une première Guerre des boutons qui est en train de se diriger gentiment vers un joli succès public malgré sa très nette médiocrité (sur les traces de Rien à déclarer, preuve que le public français est constant dans ses goûts de merde), voilà La Nouvelle guerre des boutons, dernier effort en date de l’inénarrable Christophe Barratier qui en seulement deux films dont un incroyable succès public (Les Choristes, pour la raison du succès se reporter à la troisième ligne ci-dessus) a réussi une inception magnifique sur les français. Et ce en les convainquant que oui, la France était vraiment un endroit plus agréable avant les années 50, qu’on pouvait tranquillement y chanter Vois sur ton chemin quand on voulait, que tout était beau et rose (ou jaune plutôt, car ça crée une illusion de cinéma). Des idées poussiéreuses qui contaminent sans surprise cette Nouvelle guerre des boutons bien triste à voir. Résultat d’un concours de bites entre deux producteurs inconscients, cette affligeante démonstration de ce qu’il ne faut plus faire dans le cinéma populaire français se permet tous les outrages, toutes les maladresses, toutes les bêtises possibles aussi. Tout le projet, de la production au montage, se serait déroulé sur trois mois. Un temps qui aurait sans doute été bien plus utile si consacré à l’écriture et pour éviter d’assommer les spectateurs avec ce doublon ridicule.

On pouvait s’attendre à ce que Christophe Barratier ponde un film juste nul et sans intérêt. Il n’en serait pas sorti grandi mais pas diminué non plus. Sauf que malheureusement, en plus d’être plutôt minable, sa relecture de La Guerre des boutons s’avère être abjecte, franchement nauséabonde parfois. Sans s’amuser à dresser une liste des innombrables maladresses qui pigmentent cette étrange peinture d’une vision farfelue de la France occupée, il y a tout de même des choses évidentes à mentionner pour pointer du doigt la bêtise crasse de l’entreprise. Il commence tout doucement avec un premier signe discret en choisissant comme première victime de la « torture » (l’arrachage de boutons) le seul gamin roux de la distribution. À ce moment-là, si on ne peut s’empêcher de tiquer, on laisse passer quand même. Vient ensuite une séquence incroyable dans un musée, pendant laquelle le conservateur, fervent admirateur de la race arienne, entame un speech fort intéressant sur les guerriers grecs combattant dans le plus simple appareil. Un discours qui dérape franchement, et honteusement, quand le bonhomme passionné semble pris d’une montée d’hormones au moment de louer à quel point les grecs étaient beaux, avec leurs muscles bandés et leurs corps luisants. Pris seul, ce discours n’a rien de terrible, mais face à des enfants de l’école primaire, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Pris dans des symboliques bâtardes qu’il ne semble pas maîtriser, Christophe Barratier passe allègrement d’un échange verbal entre les deux chefs de clans filmé comme un ébat amoureux à une accumulation illogique d’images religieuses (une déclaration de guerre avec une statue du Christ dans le champ, le fameux plan de Braveheart avec l’épée plantée dans le sol devenant un crucifix…). Son film lui échappe, et c’est une belle preuve d’un projet bâclé. Le summum du ridicule est atteint lors du très attendu point Godwin qui là aussi frôle le dégueulasse. Alors que la bande punit le traître dans leurs rangs (assimilé donc à un collaborateur), il fait déclamer à la petite fille (juive, c’est d’une importance capitale) un surréaliste « même si c’est un traître, c’est de la torture ce que vous faites. Vous ne valez pas mieux que les nazis ». À ce moment précis, on hésite entre rire et consternation, ce film se permettant absolument tout, dont des assimilations dégueulasses.

Rien ne nous est épargné. Ainsi les flics collabo ont forcément des tronches de pitbulls mais sont des demeurés, ceux qui semblent les plus bêtes ont en fait le coeur le plus gros, on est là face à une accumulation de clichés tout simplement grotesque. Avec un scénario sans doute torché en une journée, il n’est pas étonnant de voir des absurdités dans tous les sens, avec des personnages qui d’une scène à l’autre changent du tout au tout et un déséquilibre totale entre le sujet de base, la guerre des enfants, et le récit adulte dont on se fout royalement, étant donné qu’on l’a déjà vu des centaines de fois, et en mieux. Chez Christophe Barratier, tout est rose comme on l’a dit plus haut. Ces années-là, malgré l’occupation allemande, malgré la souffrance, étaient les plus belles de l’histoire de France qu’il contemple avec une nostalgie négationniste. Ainsi on est très heureux d’apprendre que dans chaque collaborateur en puissance battait un coeur de résistant. Certains apprécieront. Et à la rigueur on pourrait passer outre, s’il ne jouait pas à fond la carte de l’humiliation en achevant son film sur un carton type « histoire vraie ». C’est pathétique.

À noter qu’il est plutôt bien aidé pour massacrer cette histoire, entouré d’acteurs à la ramasse et plus particulièrement les enfants, tous nuls. Avec une mention spéciale pour l’interprète du petit Gibus, agaçant au possible. À part ça, Christophe Barratier essaye d’emballer cet étron du mieux qu’il peut, soignant au minimum sa mise en scène mais en étant persuadé de réaliser une fresque épique. Ainsi, on ne compte plus les plans majestueux à la grue, les mêmes qu’utilisait Peter Jackson sur Le Seigneur des anneaux. Sauf que dans le cas présent, c’est ridicule avec au maximum une vingtaine de gosses qui courent les uns vers les autres. On fera exactement le même reproche à la composition hors sujet de Philippe Rombi qui s’est senti investi de l’esprit de Danny Elfman

FICHE FILM
 
Synopsis

Mars 1944. Alors que la planète est secouée par les soubresauts de la guerre mondiale, dans un petit coin d’une campagne française se joue une guerre de gosses… Car, depuis toujours, les gamins des villages voisins de Longeverne et Velrans s'affrontent sans merci. Mais, cette fois, leur guerre va prendre une tournure inattendue : tous les petits prisonniers se voient délestés des boutons de leurs vêtements, en sorte qu’ils repartent presque dénudés, vaincus et humiliés. Ce conflit porte désormais un nom : la "guerre des boutons". Et le village qui aura récolté le plus de boutons sera déclaré vainqueur… En marge de ce conflit, Violette, une jeune fille d'origine juive, fait battre le cœur de Lebrac, le chef des Longeverne. La véritable origine de Violette sera-t-elle dénoncée et découverte ?