La Légende de Zu (Tsui Hark, 2001)

de le 08/08/2010
 
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La Légende de Zu est le enième film de la rupture pour Tsui Hark, qui n’aura eu de cesse tout au long de sa carrière de tenter de révolutionner le septième art. En 2000 après la déception de son expérience américaine où il signa quelques films avec Jean-Claude Van Damme assez sympathiques mais indignes du talent du réalisateur, il revient à Hong Kong pour prouver que John Woo et Wong Kar Wai ne sont pas les seuls maitres à bord et livre une œuvre définitive, Time and Tide, un polar exceptionnel et un chef d’œuvre en puissance. Ces dernières années, avant qu’il ne recommence à décevoir avec un Missing souffrant d’une réputation désastreuse il a réalisé Seven Swords, grand film de sabre malade dont une bonne heure a été supprimée au montage et qui s’en retrouve terriblement handicapé. Relativement moins inventif et surtout beaucoup moins fou que d’habitude il s’agissait pourtant d’une belle tentative de réponse réaliste et brutale à la vague de Wu Xia Pian apparue suite au succès de Tigre et Dragon, beau film bien trop esthétisant et visant exclusivement le public occidental. Tsui Hark a beau être le génie que l’on sait, il est également sujet à une jalousie maladive. Donc quand en 1998  Stormriders d’Andrew Lau (alors futur co-réalisateur d’Infernal Affairs) devient un carton commercial sans précédent à HK et Tsui Hark décide alors de mettre en chantier une suite à son chef d’œuvre kitsh, conspué à sa sortie et aujourd’hui devenu culte, Zu les Guerriers de la Montagne Magique.

La Légende de Zu c’est un peu ce qu’aurait du être Zu à l’époque si la technologie et les moyens avaient été disponibles (en 1983 les effets spéciaux étaient ceux de Star Wars). Adapté d’une légende fleuve de 8 millions de mots, la Légende de Zu reprend l’univers de Zu,presque impossible à reconnaître tant l’apport des images numériques est important. Il faut dire que visuellement le spectacle est impressionnant ! En effet Hark s’est apparemment entouré d’une équipe de qualité car on a rarement vu un univers aussi foisonnant dans autre chose qu’un film d’animation. C’est somme toute logique car Tsui Hark n’a jamais eu l’intention de créer un film réaliste, la frontière avec l’animation est donc extrêmement mince et graphiquement la Légende de Zu correspond parfaitement à l’univers fantasy du film. Cet univers est d’autant plus impressionnant que Tsui Hark avoue volontiers s’être très largement inspiré de la peinture choinoise, tant au niveau des représentations que des couleurs, ce qui éloigne encore le film des modèles occidentaux du même genre.

Pour ce qui est du scénario, ne voir le film qu’une seule fois aboutira à une conclusion sans appel : c’est le bordel et c’est juste incompréhensible. Cette sensation bien réelle perdure mais s’efface progressivement lors d’autres visionnages, et l’univers ainsi que toutes les thématiques abordées se dévoilent alors au spectateur qui accepte de faire cet effort pas si commun et passablement irritant. Dans la Légende de Zu, 2 thèmes essentiels et finalement très classiques sont abordés : la lutte éternelle entre le bien et le mal et le pouvoir de la mythologie (et par extension de la religion en général). Ces sujets étaient déjà présents dans l’original de 1983 mais ici le ton diffère pour quelque chose de beaucoup plus sérieux. En effet les pitreries de Yuen Biao ne sont plus à l’ordre du jour et l’humour est donc totalement absent.

La Légende de Zu c’est aussi une fable sur la difficulté des immortels à être heureux, l’amour leur est interdit. Quand il apparaît leur statut d’immortel s’en trouve remis en cause voire brisé et le chaos fait son apparition. Il en est de même pour les êtres humains, leur désir de changer de statut, de passer à un niveau supérieur, se traduit par une lutte sans merci comme par exemple le second rôle de Zhang Ziyi qui accède au pouvoir de l’univers. Il est amusant au passage de noter que le seul combat au sol met en scène une humaine, tous les autres se situant dans les airs avec pour les illustrer un gros trip de Yuen Woo-Ping qui s’en est donné à coeur joie sur les chorégraphies complètement dingues. Sur ce point d’ailleurs on a rarement vu des personnages en vol auxquels on croit autant.

Pour l’occasion Tsui Hark a réuni un beau casting à la mode constitué de Cecilia Cheung qui remplace sans totalement convaincre la grande Brigitte Lin ou Ekin Cheng qui fait du Ekin Chen. On retiendra particulièrement la belle prestation de l’immense Sammo Hung qui est vraiment trop rare ces derniers temps ou encore le second rôle comme dit plus haut de Zhang Ziyi, seul personnage plus terre à terre que les autres. Le reste de la distribution s’en sort à merveille pour donner vie à toute cette fantaisie. Au final, si le spectacle visuel est tout simplement bluffant, on assiste à une œuvre métaphorique sur le respect des normes, l’impossibilité d’aimer librement, la corruption du pouvoir et la difficulté pour y accéder (l’image de la « blood cave » où Insomnia va acquérir son pouvoir d’immortel), les personnages sont devant le choix impossible du bien inhumain ou du mal trop humain. C’est donc bien plus profond qu’il n’y parait pas faussement complexe.

[box_light]La légende de Zu est une sorte d’œuvre crépusculaire d’un lyrisme incroyable, synthétisant à merveille les technologies disponibles pour livrer un véritable tableau vivant, une œuvre d’art belle comme une toile et un récit aussi émouvant qu’intelligent. Derrière le vernis magnifique mais incompréhensible il y a donc une vraie réflexion qui flirte volontiers avec la philosophie. Pour toutes ces raisons la Légende de Zu est une oeuvre majeure, d’une beauté à couper le souffle mais tout de même légèrement élitiste et inaccessible.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Le royaume de Zu est une contrée magique protégée du mal par des ordres de preux chevaliers. Mais le Mal est de retour. Le cruel Insomnia, véritable concentré d’énergies maléfiques, va tenter une nouvelle attaque sur Zu qui aboutira à la destruction d’un des ordres protecteurs. 200 ans plus tard, Insomnia lance un nouvel assaut…