La Légende de Beowulf (Robert Zemeckis, 2007)

de le 16/09/2009
 
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Voilà un film avec lequel il était nécessaire de se réconcilier… En effet la découverte au cinéma après avoir lu des papiers plutôt incroyables vantant le renouveau du cinéma de fantasy avait fait l’effet d’une douche froide. Sans doute à cause d’une séance pas vraiment idéale, ce film n’avait inspiré qu’ennui et déception… Mais la sensation de passer complètement à côté de l’oeuvre pousse toujours à s’y replonger, dans de meilleures conditions. Et si les adjectifs utilisés à l’époque par la critique sont un peu abusifs, il est vrai qu’au second visionnage, cette nouvelle vision de la légende de Beowulf et Grendel se dévoile comme un film très important, le plus épique qui ait été produit depuis des années et qui aurait été juste parfait si seulement Zemeckis était revenu au cinéma live traditionnel au lieu de continuer sur la voie de la Motion Capture, procédé certes passionnant mais qui ne tient pas la comparaison face à la performance de vrais acteurs…

Car cela reste le principal et énorme défaut de cette Légende de Beowulf… Si l’animation en images de synthèse a fait des progrès fabuleux, l’ensemble manque vraiment de naturel, ce qui engendre un sérieux manque de vie chez ces personnages pourtant complexes à souhait et torturés. D’autant plus que l’effort a surtout été fait sur les personnages principaux, les seconds héritant d’un traitement beaucoup moins appliqué qui leur hôte toute humanité… ils évoluent à l’écran comme des mannequins sans vie et ne présentent donc que peu d’intérêt. A l’inverse on sent bien que les premiers rôles ont été traités avec application, et ce sont simplement les limites de la technologie qui font qu’on n’est que partiellement convaincus…

Reste qu’au delà de la déception sur un plan purement graphique des personnages, tout le reste est magnifique! Les décors sont grandioses, que ce soit les vastes paysages danois, les intérieurs de la salle de réception Heorot ou la caverne de la mère de Grendel… c’est assez impressionnant. Les moindres détails, les jeux de lumières, on se croirait dans un un film live. D’ailleurs s’il n’y avait pas cette rigidité dans certains déplacements des personnages on arriverait presque à faire abstraction du fait qu’il s’agit d’un film d’animation! D’autant plus que le but de la motion capture est de s’approcher au plus des vrais acteurs crédités au génériques. Et à part Robin Wright Penn avec qui la ressemblance ne se situe que dans le regards, on reconnaît très bien les acteurs et leurs mimiques habituelles.

Le scénario part d’une légende vieille comme le monde (un poème pour être exact) qui a déjà été adaptée au cinéma par le passé. On retiendra le nanar flamboyant avec notre Totophe Lambert national, un grand moment! Sauf qu’ici au scénario on trouve deux noms qui en disent long quant aux ambitions de l’entreprise… L’immense auteur Neil Gaiman (dont on a pu voir il y a peu l’adaptation de Coraline) et le futur prisonnier Roger Avary (il devrait purger 11 ans de prison prochainement pour homicide suite à une conduite en état d’ivresse… dommage pour la suite de Silent Hill!), scénariste de renom à qui on doit entre autres Pulp Fiction et réalisateur de talent qui n’a plus rien fait depuis les Lois de l’Attraction. Autant dire qu’avec ces deux-là à l’écriture, on pouvait s’attendre à un très grand scénario.

Et en effet c’est pas mal du tout. Ils ont réussi un savoureux mélange entre la légende et une approche très humaine des personnages. Le mythe du héros se retrouve déboulonné, être imparfait en proie aux pulsions simples auxquelles on le croyait insensible, en particulier le désir. Beowulf a beau être un guerrier redoutable, il est un homme faible, à tel point qu’il bâtira son royaume, tout comme son prédécesseur, sur sa faiblesse. Une histoire d’hommes donc, de femmes aussi, soumises ou fatales, belles ou monstrueuses… Zemeckis et ses scénaristes réussissent à capter quelque chose d’assez profond qu’on n’a pas l’habitude de voir dans un film d’animation. Celui-ci est définitivement adulte par ses thèmes et ses images. On lui pardonnerait presque ce faux clin d’oeil à Austin Powers, ou comment chercher à tout prix à rester pudique flirte avec le ridicule…

Et il y a la légende, une réflexion sur comment elle se construit, comment la vérité y est occultée, maquillée… comment des hommes cherchaient avant tout à parfaire leur réputation plutôt que réellement chercher à faire le bien. Zemeckis adapte sa mise en scène à ce propos épique, l’animation lui permet des choses impossibles à réaliser en live, c’est bien là le seul intérêt. Et puis il y a cette musique, entêtante et héroïque, signée par un Alan Silvestri en très grande forme. Tous ces éléments mis en commun font de Beowulf un grand moment de cinéma qui, s’il n’était pas plusieurs fois plombé par une animation parfois faiblarde, ne serait pas très loin de venir titiller la référence absolue et inégalée du genre, Conan le Barbare. C’était sans doute le but, c’est raté sur ce point mais ça reste un film formidable et original avec un univers peuplé de monstres, de dragons et de héros qui ne peut que ravir l’amateur de fantasy.

FICHE FILM
 
Synopsis

En ces temps lointains, les sauvages contrées du Nord de l'Europe étaient peuplées de héros et de monstres, et des hommes audacieux, taillés pour la lutte et les conquêtes, pouvaient encore se forger des destins d'exception. Le plus glorieux d'entre ces aventuriers fut le Viking Beowulf, qui surgit un beau jour pour sauver le vieux roi Hrothgar et ses sujets des assauts d'une féroce créature. Son nom devint vite légendaire à travers le royaume et, partout, l'on chanta sa bravoure face au maléfique Grendel. Beowulf ne devint pas seulement célèbre, mais riche. Et avec la richesse vinrent bientôt de dangereuses tentations et une inextinguible soif de pouvoir. Car le héros était aussi humain, trop humain, sans doute, et le guerrier plus avide, plus ambitieux et bien plus faillible qu'on ne l'imaginait...