Là-Haut (Pete Docter & Bob Peterson, 2009)

de le 03/09/2009
 
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Dans la grande famille Pixar on fait tourner les réalisateurs à chaque film et pour le petit dernier c’est celui qu’on n’avait plus vu depuis le génial Monstres & Cie qui revient, accompagné du scénariste du Monde de Nemo. Présentation en grande pompe au festival de Cannes 2009 où le film fera même l’ouverture, l’attente suscitée, comme à chaque Pixar, a de quoi faire peur… Il faut dire que depuis quelques années, le niveau de chacune des productions du géant de l’animation continue de grimper, et que le dernier en date, Wall-E, était un véritable bijou malgré une dernière partie plus faible. Avec Là-Haut, c’est encore une nouvelle étape qui est franchie. Pas tant au niveau de l’animation qui reste au même niveau, c’est à dire parfaite) mais plus au niveau du récit. Un tournant avait été amorcé avec Les Indestructibles qui s’adressait clairement aux adultes derrière l’aspect enfantin, laissé de côté jusqu’à Wall-E qui brassait également des thèmes forts et qui se confirme ici dans un film étonnant… C’est peut-être ça la magie Pixar, réussir un film qui touchera les enfants par leur premier degré mais aussi les adultes par un discours beaucoup plus mature.

Déjà dans une introduction virtuose, on nous présente le personnage de Carl Fredricksen jeune, doux rêveur maladroit en quête d’aventures, qui idolâtre l’aventurier Charles Muntz et qui va rencontrer celle qui partage ses rêves et partagera sa vie, Ellie. C’est leur vie qui va occuper la première partie du film, c’est aussi là la partie la moins enfantine… certes on y trouve quelques gags mais ça nous parle surtout de choses très sérieuses. Comment en s’installant dans une forme de routine, sans pour autant laisser l’amour de côté car ils ne perdront jamais leur passion, on en oublie ses rêves. A ce titre le montage des différents incidents qui les poussent à casser leur tirelire, celle qu’ils voulaient utiliser pour leur voyage, est très intelligent. Et ce n’est qu’à la fin, quand Ellie s’en va, que Carl devenu vieux réalise qu’ils n’ont jamais réalisé leur rêve… ils n’ont jamais été malheureux mais le temps qui passe trop vite a eu raison de cette part de fantaisie qui nous habite tous.

Dès lors Là-Haut prend un ton beaucoup moins grave en laissant derrière l’émotion pour se concentrer sur l’aventure. On suit donc le vieux Carl, autant grincheux que refermé sur lui-même, à qui vient se greffer un sidekick qui vient servir de ressort comique, Russell. Leur voyage dans la maison tirée par des milliers de ballons est grandiose, de purs moments de magie… et ce n’est que le début. Leur arrivée miraculeuse en Amérique du Sud va donner lieu à toute une suite de péripéties plus ou moins passionnantes, plus ou moins drôles, mais qui restent tout à fait dans la logique de l’ensemble. Mais malgré tous les efforts déployés pour en faire un véritable divertissement, il nous est rappelé à de nombreuses reprises que le message n’est pas là du tout.

Ainsi la relation entre Carl et Russell se transforme vite en une relation père/fils, on comprend rapidement que le jeune garçon vit dans une famille recomposée et que son père est souvent absent, Carl lui voit peu à peu en Russell le fils de substitution qu’il n’a jamais eu. Et à cette famille inédite viennent rapidement se greffer l’oiseau Kevin et le chien Doug. Les animaux qui parlent sont une constante chez Pixar mais c’est bien la première fois qu’un dialogue avec les humains est instauré! Et franchement Doug est un des personnages les plus réussis du film. Adorable car très bête, il représente à merveille l’idée du chien fidèle et c’est à lui qu’on doit le running gag le plus hilarant (« écureuil! », c’est à mourir de rire).

Beaucoup d’autres chiens sont présents, peut-être un peu trop d’ailleurs, et viennent apporter une légère sensation de danger mais qui ne fonctionne pas toujours. Par contre superbe idée d’avoir ridiculisé la voix du doberman, ça aussi c’est très drôle! Mais le vrai danger il vient de la rencontre avec Charles Muntz, qui paradoxalement a lui voué sa vie entière à la poursuite de son rêve qui lui permettrait de laver son honneur. Et autant ce personnage de méchant par intérim fonctionne, autant il pointe directement une grosse faiblesse du scénario, le genre d’erreur grossière plutôt surprenante de la part du studio… En effet, quand Carl est enfant, Muntz est un adulte, quand il se rencontrent, Carl semble être le plus vieux des deux… étrange! Du coup, ça ne colle pas et il vaut mieux ne pas se focaliser sur cette incohérence au risque de ne pas apprécier ce qui suit.

Alors bien sur on est chez Pixar, donc chez Disney et il ne faut pas s’attendre à une fin trop badass mais pour une fois il y a eu un effort avec des scènes où on voit du sang (c’est rare chez Mickey!). Question divertissement on en a bien sur pour son argent, d’ailleurs en 3D ça doit être vraiment pas mal, mais honnêtement l’intérêt de Là-Haut n’est pas là… On est devant un film très émouvant et très lucide sur la vie, qui vient poser dans un film d’animation de vrais thèmes adultes et qui donc va forcément toucher en plein coeur le public. Bien sur les enfants verront en Carl Fredricksen l’image de leur papy, en tant qu’adulte il nous renvoie à notre propre image, comment réagira-t’on le jour où on perdra celui ou celle qu’on aime… jusqu’où pourra-t’on aller pour célébrer son souvenir et réussira-t’on à lâcher prise pour continuer à vire… Difficile de dire quel Pixar est mieux que les autres, mais celui-là c’est clairement le plus intelligent.

FICHE FILM
 
Synopsis

Des studios Disney-Pixar arrive la comédie d'aventure «Up», qui suit un vendeur de ballons de 78 ans, Carl Fredricksen, au moment où il réalise enfin le rêve de sa vie. Son désir de vivre une grande aventure le pousse à attacher des milliers de ballons à sa maison pour s'envoler vers les régions sauvages de l'Amérique du Sud. Mais il s'aperçoit trop tard de la présence d'un colis ayant la forme de son pire cauchemar : Russell, un jeune explorateur de 8 ans un peu trop optimiste, l'accompagnera dans son voyage.