La Guerre est déclarée (Valérie Donzelli, 2011)

de le 10/07/2011
 
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Valérie Donzelli est un cas un peu à part au sein du cinéma français. Actrice avant tout jusqu’à maintenant, chez Gilles Marchand, Anne Fontaine ou Benoît Jacquot, elle forme un couple de cinéma fascinant avec Jérémie Elkaïm. C’est de cette complicité qu’est née sur grand écran La Reine des pommes, premier essai de long métrage bancal mais hautement séduisant. La suite de l’aventure c’est La Guerre est déclarée, film à priori un brin mystérieux de par son titre et qui fut présenté en ouverture de la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes. À la vision de la chose, deux évidences. Tout d’abord Valérie Donzelli crée en deux films un univers cinématographique concret et ne se renie jamais, retrouvant à peu près les mêmes codes de narration, voire visuels parfois. Deuxièmement l’évolution technique entre les deux films est considérable, et ce même si elle n’a pas bénéficié d’une profusion de moyens.

Armée de cet outil magique pour les jeunes cinéastes qu’est le Canon 5D, Valérie Donzelli va mettre en scène ce drame tout à fait poignant en multipliant les bonnes idées de cinéma, tout simplement. Sans ne rien dévoiler du film qui ne soit dans le synopsis, La Guerre est déclarée, avec cette lutte de jeunes parents contre la maladie, possède un sujet en or mais à double tranchant. Quelque part autobiographique pour la réalisatrice et le co-scénariste Jérémie Elkaïm, il possède la force des grandes tragédies qui aurait très bien pu se transformer en une chose imbuvable entre de mauvaises mains. On en a vu se casser les dents dans des torrents de pathos dégueulasse. Ce n’est pas le cas ici. Car plutôt que de jouer la carte du drame, la réalisatrice va passer son film à tenter de le désamorcer. À l’arrivée il n’en est que plus beau et percutant, parfois étourdissant alors qu’à aucun moment on ne sent la moindre lourdeur émotionnelle. Là où on pouvait légitimement craindre un attentat lacrymal, Valérie Donzelli nous propose un conte moderne et une incroyable histoire d’amour avant tout. Lucide sur la maladie sans nous y plonger bêtement et de façon complaisante, sans s’apitoyer sur le sort de ses personnages, elle choisit de s’intéresser à tout ce tourne autour du drame, et en particulier au couple. Un choix intelligent et payant car elle trouve un naturel qui nous cueille dès le départ pour ne plus nous lâcher, et nous broie littéralement sur le plan émotionnel sans qu’on ne ressente l’ombre d’une démonstration de force. Et c’est dans un scope flamboyant, en opposition totale au 4/3 un peu dégueulasse de son précédent film, qu’elle trouve un superbe moyen d’expression.

Il se dégage de La Guerre est déclarée comme un parfum d’artisanat que le cinéma semble parfois oublier. On n’est ni dans le l’amateurisme, et cela se sent dans la moindre composition de cadre ou dans un découpage intelligent, ni dans le sacro-saint cinéma d’auteur à la française. Valérie Donzelli est en marge de tout cela et elle expérimente gentiment avec son appareil photo, allant de trouvaille en trouvaille pour un résultat débordant d’énergie comme on n’en voit pas souvent. Plutôt que de se laisser écraser par un sujet pesant, elle le pervertit à merveille, livrant une composition criante de réalisme sur l’autopsie d’un couple face au pire, mais également dans le rapport aux autres et à la mort. Le film puise toute sa puissance d’un optimisme qui ne faiblit jamais, moteur principal du récit, de l’action et de l’émotion. Jouant en permanence entre pudeur naturaliste et flamboyance théâtrale, allant jusqu’aux codes du polar ou du conte de fée dans la composition des plans, La Guerre est déclarée est tout simplement l’opposé de ce qu’il était censé être, et c’est ce qui le rend si attachant. Il s’en dégage une telle dose et d’amour et un tel désir de vivre qu’il est impossible d’y rester insensible, sans pour autant être contraint par quelque manipulation émotionnelle que ce soit.

Il s’avère que Valérie Donzelli gagne son pari dès la première séquence. Un flashforward, de l’ellipse, un montage rythmé par la bande-son et des transitions magiques, c’est gagné. Le reste suivra, sur le même mode et en variations. Le film est porté par cette rythmique incroyable qui convoque autant Ennio Morricone que des composition plus contemporaines et parvient à devenir aussi ludique qu’émouvant. Ce qui est beau, c’est que tout ce qu’elle entreprend, elle le réussit, ou presque. Et que les imperfections du film, nombreuses, participent à sa folle réussite. Valérie Donzelli nous touche en plein cœur et parvient à nous tirer des larmes, de tristesse et de joie, de par cette incroyable histoire de Roméo et Juliette qu’elle emballe avec une folie douce et une volonté de faire du cinéma qui est immense. Avec autant de sincérité et d’envie, les effets les plus fous deviennent acceptables, à l’image de cette conclusion magistrale toute en ralenti, à priori inadmissible sur la papier et pourtant si juste à l’écran.

On a envie de tout pardonner à Valérie Donzelli, du jeu parfois approximatif des acteurs à l’utilisation de la voix off pas toujours efficace, d’effets de style ringards à des dialogues qui peuvent sonner faux, tellement le résultat final parvient à une émotion vraie sans tomber dans une imagerie « réaliste ». C’est juste beau, simplement. On en ressort bouleversé, entre le rire et les larmes, et cela fait un bien fou de voir une jeune réalisatrice ne pas plier sous le poids de son sujet. Au lieu de ça elle le transcende littéralement et accouche d’une petite merveille.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un couple, Roméo et Juliette. Un enfant, Adam. Un combat, la maladie. Et surtout, une grande histoire d'amour, la leur...