La Guerre des boutons (Yann Samuell, 2011)

de le 18/09/2011
 
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Si on ne va pas s’appesantir sur l’intérêt, nul, de proposer aujourd’hui une nouvelle lecture cinématographique de La Guerre des boutons de Louis Pergaud, et encore moins sur celui, incompréhensible et franchement con, d’en sortir deux à une semaine d’intervalle, voyons ce que vaut cette Guerre des boutons façon Yann Samuell pour ce qu’elle veut être : un divertissement populaire de rentrée des classes. En France, comédie populaire veut dire regarder en arrière, quand les enfants se faisaient taper sur les doigts avec une règle à l’école, que les agressions se limitaient à se balancer des prunes pourries sur la gueule et que l’arme la plus dangereuse c’était soit le lance-pierres soit le bout de bois. Après tout, pourquoi pas. Se rassurer en regardant en arrière, se souvenir d’un temps où les villages étaient bien vivants, où on jouait à une guerre inoffensive. Nostalgie ou refus de voir le monde tel qu’il est devenu? On peut se poser la question devant l’époque lointaine qu’a choisi d’illustrer Samuell, plus ou moins la même qu’Yves Robert qui lui n’était pas loin de dépeindre ses contemporains. Un choix qui ressemble bien à de la lâcheté quand s’occuper du cas de la jeunesse d’aujourd’hui aurait fait montre à la fois de courage et d’originalité, deux données malheureusement absentes de cette relecture fadasse dans laquelle le réalisateur ne parvient même pas à insuffler ce qui pouvait faire le charme de son Jeux d’enfants.

La Guerre des boutons est un film qui sent le vieux. Dans son sujet, dans sa mise en scène et dans ses personnages, tout est rance. La preuve irréfutable que cet essai est copieusement raté vient d’un détail à priori tout bête : les séquences les plus mémorables (le terme étant tout à fait relatif ici) mettent en scène des adultes et non des enfants. Pour un film à priori centré sur une guerre que se livrent de bandes de jeunes enfants, il y a comme un léger problème. Dans sa recherche permanente du bon mot, de la réplique qui pourrait devenir culte, dégoûté de ne pas avoir eu accès au fameux « Si j’avais su, j’aurais pas venu », Yann Samuell passe à côté de l’essentiel et livre un film amorphe, manquant cruellement de vie. Sa quête de cette ligne de dialogue qui tue l’enferme dans un film qui s’englue dans son absence de véritable fil narratif ou de personnages un brin construits. Pour faire simple, on se fout royalement de ce qui se passe à l’écran, de l’évolution grotesque des personnages, de l’histoire d’amour minable et régressive (la fille s’habille enfin en fille pour être reconnue, bravo la tolérance), quand on ne se marre pas devant la bêtise de certains éléments, la palme revenant au frère soldat revenu du front pour la leçon de morale la plus incroyable de l’année : quelle futilité que de jouer à la guerre entre villages quand de vrais jeunes soldats meurent au combat ailleurs. Ce genre de petites saillies aussi bêtes qu’inoffensives apparaissent parfois, comme si Samuell avait bien conscience que son récit principal manquait cruellement de matière. Il ajoute ainsi des petits éléments dont on n’a pas grand chose à faire, un message sur la trahison et le pardon à base de pommes d’amour, une charge avec des enfants tous nus dans l’herbe jaune, et c’est à peu près tout. On attend patiemment la prochaine apparition à l’écran d’Eric Elmosnino ou Alain Chabat, dont les joutes verbales servent de cache-misère et qui héritent d’une jolie scène moins bête que les autres lors d’un concours de ricochets. Mais globalement on s’ennuie sévère tant il ne se passe rien de concret.

Sans surprise, c’est assez pauvre sur le plan formel. Dans les séquences posées on a l’impression de se trouver devant un téléfilm haut de gamme pour le budget alloué aux décors tandis que les scènes d’action sont catastrophiques. Incapable de créer la moindre once de rythme, Yann Samuell ne trouve rien de mieux que d’agiter sa caméra dans tous les sens dès que ses personnages se mettent à bouger. Le résultat est aussi moche que générateur de migraine aiguë, le réalisateur n’ayant sans doute pas conscience que les artistes maîtrisant cet outil, tel Paul Greengrass, ne se contente pas de bouger et de surdécouper, ils impriment un point de vue à la scène et gardent ainsi une certaine lisibilité en plus du rythme. Là c’est insupportable, douloureux pour la rétine tant le cadreur semble atteint de la maladie de Parkinson à un stade très avancé. pas besoin d’en rajouter, la Guerre des boutons est moche, mal écrite, assez mal jouée, pas drôle (sauf une blague sur Jésus qui fait son petit effet) et manquant de rythme. Ce n’est pas une catastrophe pour autant, la version Barratier qui va jouer sur la traque des juifs pendant la seconde guerre mondiale semble relativement nauséabonde, on a vu pire, mais on a surtout vu bien mieux. Cette Guerre des boutons très oubliable est l’exemple type du film neutre. Incolore, inodore, inutile.

FICHE FILM
 
Synopsis

1960, un village dans le sud de la France. Une bande de garçons, âgés de 7 à 14 ans, menée par l’intrépide Lebrac, est en guerre contre les enfants du village voisin, leurs ennemis jurés. Une guerre sans merci, qui dure depuis des générations. On se bat pour l’honneur et la fidélité et, pour gagner, tous les moyens sont bons. Même, s’il le faut, combattre nu comme un ver, ou pire, accepter l’aide de Lanterne - une fille ! - la nouvelle recrue de la bande, pleine de panache et d’ingéniosité. Mais il n’est pas facile d’être une armée de petits hommes sans se faire attraper par Papa et Maman ! Quand, après la bataille, on rentre à la maison, les vêtements en lambeaux et des boutons en moins, mieux vaut se faire discret…