La Famille Jones (Derrick Borte, 2009)

de le 17/11/2010
 
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Présenté cette année en sélection au festival du film américain de Deauville, la Famille Jones fait partie de ces comédies sociales au potentiel énorme mais qui se vautrent assez lamentablement, n’osant jamais aller au bout de l’idée de départ. Pourtant la Famille Jones s’avère surprenant, à l’unique condition de ne pas savoir de quoi il s’agit à l’entrée de la salle. En effet comment ne pas tiquer devant cet étalage brutal d’images de marques à l’écran en quelques minutes? On a l’impression de revivre les pires moment d’I, Robot, Transformers et Minority Report tous réunis en un film, une overdose immédiate et indécente de placements produits, une terrifiante machine marketing. Oui sauf que c’est bien là l’idée de génie du film, ainsi que son excuse en béton, la puissance du marketing sur la société de consommation américaine. Dingue! On en viendrait presque à crier au génie. Au départ on est presque certain de tenir le film le plus intelligent de l’année, d’autant plus que le ton adopté a de quoi surprendre. Mais malgré tous les efforts possibles, la Famille Jones ne tarde pas à tomber dans les travers habituels et agaçants de ce type de production, une affreuse tendance au pathos et une bonne morale qu’il n’est pas de bon ton de bafouer excessivement. Dommage, pendant une bonne moitié du film on y croyait. Et puis plouf! Au propre comme au figuré, c’est le drame.

Tout est dans le changement de ton, maladroit et inintéressant. Derrick Borte, dont il s’agit là du premier long métrage, sait de quoi il parle. Ancien fils de pub, les sans foi ni loi du marketing sauvage lui sont visiblement familiers et cette famille qu’il a crée pourrait très bien voir le jour dans un avenir très proche. Un peu comme quand Jan Kounen utilisait le délire cartoonesque pour dénoncer les abus des publicitaires, ses employeurs pendant longtemps, dans 99F, Derrick Borte dénonce avec un décalage réjouissant, un cynisme séduisant. Toute la première partie, avec une superficialité digne des pires publicités pour cuisines aménagées, touche juste. Le mélange entre séduction immédiate, appât du luxe, et répulsion vis-à-vis de ces escrocs sans scrupules ou presque, fonctionne à plein régime. Le propos à charge contre la société consumériste et les méthodes de plus en plus vicieuses pour rendre indispensable l’inutile reste ce qu’il y a de mieux dans la Famille Jones. C’est tellement ancré dans notre quotidien!

Mais bien trop vite ce propos général assassin est délaissé au profit des personnages individuels. La femme bien trop ambitieuse qui oublie de vivre, l’homme éternel adolescent qui ne sait pas quelle est sa place, la fille bizarrement attirée par les hommes plus âgés et le fils homosexuel refoulé. On avait rarement vu telle accumulation de clichés minables. À ce titre on a droit au coming-out le moins surprenant et le plus pathétique de l’histoire du cinéma. C’est simple, quand Derrick Borte arrête de tirer à boulets rouge sur la société du tout marketing, il se plante. La Famille Jones devient une comédie de moeurs lamentable, une romance pitoyable, un conte moral aussi creux qu’épuisant. Et ce n’est pas le pseudo retournement de situation final qui changera quoi que ce soit, la Famille Jones est un film raté car il oublie tout simplement ses couilles en cours de route pour tomber dans le fadasse, et ça ne passe pas.

Pourtant on ne va pas blâmer le réalisateur d’utiliser une mise en scène parfois kitsh mais tellement en accord avec ce qu’il souhaite raconter au départ. Ceci dit il ne fait pas non plus de miracle même s’il sait clairement comment mettre en valeur les logos des marques. À tel point qu’on en vient à se demander si finalement la Famille Jones n’est pas justement ce qu’elle dénonce, un pur placement de produits divers. Et cette sensation est assez désagréable. Côté acteurs, malgré le glamour qui règne, on ne peut pas dire que Ben Hollingsworth soit convaincant, de la même manière que Demi Moore qui devrait se calmer sur la chirurgie au risque de ressembler à une fillette de 12 ans très prochainement. Amber Heard est bien loin de sa prestation dans Tous les Garçons aiment Mandy Lane mais le simple fait de la voir à l’écran (topless en plus) est une raison valable pour aller voir le film. Plus sérieusement c’est bien sur David Duchovny qui constitue l’attrait principal de la Famille Jones. Hyper à l’aise dans le rôle du grain de sable qui fat tout dérailler, il est une fois de plus impeccable.

[box_light]Derrière sa charge envers la société de consommation et le marketing sauvage, la Famille Jones s’avère être le véhicule idéal pour ce qu’il fait semblant de dénoncer: le placement produits. Si on reste séduit par la première partie cynique à souhait et bercée d’un humour noir surprenant, la suite est moins rose. Romance boiteuse, bonne morale dégueulasse, personnages cumulant les clichés, c’est trop. Heureusement David Duchovny s’élève au dessus de toute cette masse d’acteurs peu inspirés et s’impose comme la vraie raison motivant à se déplacer en salles. Un demi-film intéressant et un acteur, c’est peu pour espérer convaincre un public un brin exigeant.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque les Jones emménagent dans la banlieue chic d’une petite ville américaine, ils apparaissent tout de suite comme une famille idéale. Non seulement ce sont des gens charmants, mais ils ont en plus une magnifique maison et sont mieux équipés que toutes les autres familles du quartier. Le problème c’est que la famille Jones n’existe pas : ce sont les employés d’une société de marketing dont le but est de donner envie aux gens de posséder ce qu’ils ont…