La Disparition d’Alice Creed (J Blakeson, 2009)

de le 07/05/2010
 
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On le sait maintenant, le cinéma de genre anglais est capable de miracles. Impossible d’oublier les claques de The Descent, 28 Jours plus Tard ou Shaun of the Dead pour les plus mémorables. Chaque année apporte ses nouveaux talents, on pense à Christopher Smith parmi les dernières révélations par exemple. C’est donc tout naturellement qu’on attend beaucoup de chaque nouvelle incursion britannique dans le genre, ce qui nous amène à cette Disparition d’Alice Creed sortie d’un peu nulle part (si ce n’est une présence en compétition au festival de Beaune) et qui possédait suffisamment de bonnes intentions et de mystère pour créer l’évènement. Sauf que construire un film d’une heure quarante qui ne repose que sur une accumulation de rebondissements de qualité inégale est un pari extrêmement risqué, l’effet de surprise s’essouffle rapidement une fois que sont plus ou moins assimilés les mécanismes mis en place. Ainsi on se retrouve finalement avec un film oubliable, plein de bonnes idées mais aussi de relativement mauvaises qui n’empêche pas l’ensemble de tomber dans le déjà vu, un comble.

On ne va pas dévoiler ici des éléments de l’intrigue, ce serait éliminer tout l’intérêt de la Disparition d’Alice Creed, titre qui ferait presque penser à un titre de giallo et qui ne prend toute sa signification que lors d’un plan final presque attendu mais savoureux. Avant cette conclusion qui se veut surprenante alors qu’elle reste relativement convenue, on passe à peu près par toutes les phases du film de kidnapping. On saluera tout de même l’effort du réalisateur de ne jamais vraiment dévier du genre, ou alors à peine. Ainsi J Blakeson, scénariste du calamiteux The Descent 2, nous plonge plutôt rapidement dans le bain grâce à une merveilleuse scène d’introduction de 10 minutes pendant lesquelles aucune parole n’est prononcée. Épurée au possible, c’est un modèle de découpage qui laisse de beaux espoirs pour la suite, d’où la légère déception qui plane devant la suite en question.

Qui dit film de séquestration dit variation autour du thème du syndrome de Stockholm, on n’y loupe pas mais c’est abordé d’une façon assez originale au détour d’une des nombreuses surprises que nous réserve le scénario jusqu’à l’overdose. Concrètement, la plupart sont assez invraisemblables quand elle ne tombent pas dans le pas crédible du tout. Mais il y a au moins un des rebondissement qui risque de surprendre tout le monde, et qui est plutôt bien emmené. À part ça, on se contentera d’apprécier l’ambiance du huis clos assez réussie, et heureusement car le film se déroule à 90% dans un petit appartement. Bien entendu, et on s’en doutait un peu, outre la trame générale assez fine, c’est du côté des personnages que se situe l’intérêt de la chose. En effet, avec 3 personnages en tout et pour tout leurs relations complexes sont exploitées au maximum et donnent lieu à quelques scènes assez savoureuses qui atteignent un joli niveau de suspens à de rares occasions.

Tout cela est emballé de manière assez froide afin d’accentuer la tension inhérente au genre, la mise en scène est relativement posée la majorité du temps pour prendre un peu d’ampleur quand s’approche la conclusion. J Blakeson s’appuie sur un trio de comédiens convaincants (il fallait bien ça!)  avec dans le rôle des ravisseurs l’habitué des seconds rôles Eddie Marsan dont on a vu la sale trogne dans Miami Vice ou Sherlock Holmes et l’ex-révélation de Sweet Sixteen, Martin Compston. Et pour incarner la victime (ou pas) Alice Creed, c’est Gemma Arterton qui s’y colle après avoir interprété une James Bond Girl dans Quantum of Solace et après sa prestation pleine de transparence dans le Choc des Titans. Elle est un peu la révélation du film et écrase ses compagnons de jeu sans trop de problème à chaque apparition, avec un jeu plein de nuances des plus appréciables.

On se console comme un peu car objectivement malgré quelques très bonnes choses parsemées par ci par là, il n’y a rien de vraiment mémorable dans la Disparition d’Alice Creed. Le film ne passionne pas, surprend très peu, et même si on ne peut pas le qualifier de totalement mauvais pour les raisons évoquées ci-dessus, il n’est pas vraiment bon non plus. Il convient tout de même le voir une fois, ne serait-ce que pour la prestation remarquable des acteurs, mais il est clair que c’est typiquement le genre de long-métrage qui ne survivra pas à une seconde vision. Dommage, on pouvait espérer quelque chose de plus original, tendu et sauvage, alors qu’il pêche par excès de surprises bidons qui au bout d’un moment ne surprennent plus personne.

FICHE FILM
 
Réalisateur
Date De Sortie
Scénariste
Directeur Photo
Compositeur
Distributeur
Nationalité
Synopsis

Dans un quartier huppé, deux hommes enlèvent une jeune femme : Alice Creed. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi elle ?