La Dernière maison sur la gauche (Dennis Iliadis, 2009)

de le 14/01/2010
 
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Wes Craven est sans aucun doute un réalisateur masochiste. En effet on ne lui enlèvera jamais qu’il est un type qui sent venir les modes et est même capable de les lancer même s’il n’a pas de véritable talent en tant que metteur en scène. Mais pourtant, il s’est imposé comme mission de produire et de mettre en chantier les remakes de ses propres films par de jeunes réalisateurs bien plus doués que lui… Premier film à en faire les frais, la Colline a des Yeux. Non seulement le remake d’Alexandre Aja pulvérise l’original à tous les niveaux, qui se prend au passage ses 30 ans dans la gueule et n’en sort pas grandi, bien au contraire. Et comme Craven semble satisfait que des petits jeunes mettent bien en avant les défauts masqués par le statut de classique de ses films, il continue avec la Dernière Maison sur la Gauche, de loin son meilleur film, son seul et unique grand film même. Il met à la barre un jeune réalisateur grec à qui l’on doit un Hardcore parait-il assez sulfureux, tout le monde est prêt à tomber sur le film malgré son classement R aux States (plutôt bon signe en général), sauf que non, Dennis Iliadis réussit son coup avec brio, son remake est à la fois respectueux de l’original et s’en démarque largement et intelligemment, car la Dernière Maison sur la Gauche à la sauce Craven ne pouvait plus avoir le moindre impact aujourd’hui.

Car le film de 1972, officiellement premier long-métrage de Wes Craven (il aurait réalisé un porno avant…), est un film qu’il est difficile de sortir de son contexte, les années 70. A l’époque c’était clairement du jamais vu, mais aujourd’hui sans dire que c’est du banal le choc n’a plus de raison d’être. Sans parler du flower power et de la guerre du Vietnam, éléments essentiels pour bien saisir l’importance de l’original.  Dennis Iliadis abandonne l’aspect ultra cheap et limite amateur, ancre le récit dans notre époque et s’il n’atteint pas la puissance de la Colline a des Yeux, il livre un bout de pelloche de genre hautement recommandable.

Il en garde finalement que la trame générale (agression des filles suivie de la punition par les parents) pour en faire un rape & revenge moderne qui flirte avec le cinéma bis et craspec des 70’s par le sujet mais aussi avec le cinéma contemporain d’Haneke pour la représentation de la violence (même s’il reste plus « hollywoodien » dans le sens démonstratif) ou de Rob Zombie. La comparaison avec ce dernier sonne comme une évidence, le film se posant dans le même panier d’œuvres à la violence sauvage semblant hors du temps comme The Devil’s Rejects… mais il renoue également avec le film qui était l’inspiration principale de Wes Craven, la Source d’Ingmar Bergman, avec la présence permanente de l’eau comme lieu de renaissance ou d’absolution. Mais le jeu des comparaisons s’arrête là, la Dernière Maison sur la Gauche pouvant se targuer d’être un film totalement autonome.

L’introduction est vite expédiée et nous montre l’essentiel à savoir sur le trio de psychopathes sans les analyser. Ce sont des bêtes incontrôlables, qui ne réagissent qu’à l’instinct, et c’est ce qui les rendra aussi dangereux et effrayants tout le long du film, car ils n’ont pas la moindre morale. On passe rapidement à la famille « victime » là aussi écrite intelligemment, sans qu’on trouve le temps long. Dans le genre exposition efficace, le film se pose là. Bien entendu tout ça dégénère assez vite et on a droit à un déchainement de violence relativement malsaine qui culminera lors d’une scène de viol sauvage même si moins éprouvante que celle de l’original. En fait aujourd’hui, pour quiconque a vu Irréversible avant, les scènes de viol au cinéma en deviennent presque « légères »… De plus Dennis Iliadis prend le parti de rendre l’agression des jeunes filles un peu plus violente physiquement mais moins humiliante que dans le film de Craven, ce qui entraîne la disparition d’au moins deux scènes presque cultes du cinéma d’exploitation. Choix artistique ou volonté de ne pas vouloir trop en faire… le résultat est que tout cela est quand même bien moins choquant.

Ce désir de se démarquer autant que possible de son modèle entraîne une autre modification majeure, un peu plus gênante au premier abord. Sans faire de spoiler, cet élément modifie totalement les motivations du comportement des parents dans la seconde partie du film. On reste toujours dans la même thématique, à savoir que la violence peut faire irruption chez n’importe qui selon la situation dans laquelle on se retrouve et que l’homme peut rapidement devenir un animal, mais dans le remake les parents paraissent finalement plus inhumains que dans l’original et l’empathie pour les trois psychopathes est donc plus forte. Ce qui engendre un autre soucis, les trio d’agresseurs, même s’ils restent effrayants, sont moins impressionnants! La faute également à des acteurs peut-être moins naturels…

Non pas qu’ils soient mauvais, loin de là! Mais même si Garret Dillahunt confirme tout le bien qu’on pouvait penser de lui grâce à ses seconds rôles (la série Deadwood, la Route, No Country for Old Men, l’Assassinat de Jesse James…) il n’imprime pas autant que Davis Hess dans le rôle de Krug. Idem pour les autres, très bons mais moins imprévisibles… Par contre le couple de parents interprétés par Tony Goldwin et Monica Potter est bien plus efficace et crédible. La mise en scène on l’aura compris est bien plus maitrisée que celle de Craven, ce qui donne de peut-être trop belles images, peut-être trop propres pour le sujet… ça n’en reste pas moins très réussi et le score de John Murphy trouve bien mieux sa place que les gentilles balades complètement décalées de l’original. Au final on se retrouve devant un film très loin de tous ces remakes minables qui pullulent dans le cinéma d’horreur d’aujourd’hui. Et si le film dérange beaucoup moins que son modèle il est en fin de compte sans doute plus efficace, beaucoup plus rythmé, plus sérieux, avec une violence sourde et bien graphique omniprésente… en contrepartie il ne possède pas le charme nostalgique et déviant du chef d’œuvre fauché fier représentant d’un certain cinéma des années 70…

FICHE FILM
 
Synopsis

Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d'un paisible lac. Leur fille, Mari, et sa copine Paige ne vont pas tarder à se faire enlever par un psychopathe évadé, Krug, sa compagne Sadie, son frère Francis et son fils, Justin. Laissée pour morte, Mari tentera de rejoindre à la nage la demeure familiale, sa dernière chance de survie...