La Défense Lincoln (Brad Furman, 2011)

de le 23/05/2011
 
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Après l’inédit, et c’est sans doute mieux ainsi, The Take, avec John Leguizamo et Tyrese Gibson, Bred Furman s’attaque à l’adaptation du best-seller éponyme de Michael Connelly, La Défense Lincoln. Pour fêter ça c’est Matthew McConaughey, plus reconnu pour son physique et ses montées people que pour ses talents d’acteur, qui reprend le barreau au sens le plus strict du terme. La Défense Lincoln n’apporte strictement rien de nouveau au genre du thriller judiciaire, jouant avec les mêmes cartes que tous ces films insipides qui n’ont rien appris des leçons du regretté Sidney Lumet et se contente de rabacher ce vieux discours moralement douteux sur la justice du plus fort (ou du plus riche, c’est la même chose). Ajoutons à cela une intrigue sympathique mais qui ne s’élève jamais vraiment au dessus du tout venant de la production télévisuelle (tendance Les Experts, sans l’épate Bruckheimer) et on obtient un film juste fade et sans véritable pouvoir de séduction, et dont le succès conséquent aux USA ne s’explique que par son discours qui brosse le citoyen américain moyen dans le sens du poil, sans le faire trop réfléchir.

Sans qu’on puisse dire qu’on possède un train d’avance sur l’action du film, il n’y a rien qui soit véritablement surprenant non plus. En gros Brad Furman se contente d’un récit paresseux classique du film de tribunal avec un avocat brillant et arrogant qui tombe dans un piège un peu con. La Défense Lincoln est construit en trois temps : d’abord la longue mise en place avec présentation de l’orateur génial à qui tout sourit, le piège à con et le dernier acte vengeur. Il y a là-dedans des tonnes d’idées scénaristiques pour en faire un grand film noir judiciaire, sauf qu’aucune n’est jamais exploitée comme elle le devrait. Brad Furman préfère la jouer petits bras en entrouvrant des portes qu’il referme aussitôt, en repartant sur les sentiers balisés du thriller mou. La plus belle idée tient du retournement de situation que constitue le piège dans lequel tombe Mick Haller, qui se retrouve face à un dilemme moral assez fascinant. Cependant, grâce au scénariste de feu Côte Ouest, toutes les questions d’éthique s’évaporent aussi vite qu’elles apparaissent. Ainsi les petites magouilles d’avocats ne vont jamais trop loin, la proximité avec les petits gangsters non plus, tandis que la remise en cause possible du fonctionnement de la justice aux USA enfle puis explose telle une baudruche. Ce qu’il manque à La Défense Lincoln c’est une sérieuse paire de cojones. Et ce n’est pas en prônant à mi-mots la peine de mort ou la vengeance personnelle, mais sans trop appuyer non plus, qu’il lui en pousse miraculeusement. La Défense Lincoln est un film mou à la trame et aux idées de téléfilm du dimanche qui n’a pour lui qu’une esthétique léchée directement tirée de la culture gangsta.

Alors c’est super cool une esthétique bling bling à grands renforts de couchers de soleil sur le capot de la Lincoln Continental aux chromes rutilants dans les rues de Los Angeles, ça veut se la jouer rebelle en balançant du rap US dans un film de procès, en faisant du héros une racaille en costard, mais c’est n’importe quoi. On ne se prend jamais vraiment au jeu de dupes car on n’éprouve jamais la moindre sympathie pour les personnages incarnés par des acteurs has been fades comme jamais (dont le fantôme de Ryan Phillippe) et même la belle Marisa Tomei parait à côté de la plaque. C’est mis en scène par un frimeur sans talent qui aurait mieux fait de laisser sa place à Antoine Fuqua, qui à défaut d’être bon serait allé jusqu’au bout du délire gangsta. Ce n’est pas tant que La Défense Lincoln est un film ignoble et indéfendable, c’est juste que derrière le vernis bling bling west coast, ce n’est qu’un thriller judiciaire ringard.

La Défense Lincoln version Connelly est sans doute un très bon roman, la version cinéma n’est qu’une baudruche. Un scénario paresseux, des acteurs peu inspirés, une esthétique gangsta qui est la seule originalité du truc… Il n’y a rien de bien nouveau à se mettre sous la dent. La Défense Lincoln est un film fade, sans la moindre saveur, qui sans les moyens mis en oeuvre ne vaudrait pas mieux qu’un vulgaire téléfilm. Le scénario pataud en est la preuve implacable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Michael Haller est avocat à Los Angeles. Habile, il est prêt à tout pour faire gagner les criminels de bas étage qu’il défend. Toujours entre deux tribunaux, il travaille à l’arrière de sa voiture, une Lincoln Continental. Ayant passé la plus grande partie de sa carrière à défendre des petits voyous minables, il décroche pourtant ce qu’il pense être l’affaire de sa vie : il est engagé pour défendre un riche play-boy de Beverly Hills accusé de tentative de meurtre. Mais ce qui semblait être une affaire facile et très rentable se transforme en redoutable duel entre deux maîtres de la manipulation…