La Dame de fer (Phyllida Lloyd, 2011)

de le 11/02/2012
 
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Voilà déjà 10 ans que Margaret Thatcher, aujourd’hui sénile, ne s’est pas exprimée en public. Elle devait manquer à la réalisatrice Phyllida Lloyd, visiblement fascinée outre mesure par la femme derrière le personnage politique, qui ne cache d’ailleurs pas sa volonté de livrer un film totalement apolitique, faisant de ce projet un non-sens absolu. Utiliser le portrait d’une femme pour bâtir la personnalité public et ses convictions politiques aurait été fascinant. Le traitement purement dramatique, presque admiratif et nostalgique, transformant le monstre Thatcher en simple femme forte et leader d’opinion féministe, fait de La Dame de fer un biopic tout ce qu’il y a de plus raté. Et peu importe le regard partial qu’y porte Phyllida Lloyd finalement, car le problème vient surtout du fait qu’elle passe, par ses choix, complètement à côté de la complexité de la machine politique Thatcher ainsi que de son héritage. En résulte un film d’un académisme ronflant et à l’intérêt malheureusement très limité, malgré une Meryl Streep impressionnante.

Il faut bien avouer que de la rencontre entre Phyllida Lloyd, réalisatrice de Mamma Mia! et Abi Morgan, scénariste de Shame, on n’attendait pas grand chose. Et on n’est finalement pas vraiment déçu. La Dame de fer est un film qui tente l’improbable, à savoir tirer un portrait reluisant de celle qui fut plus anticommuniste que les anticommunistes, qui fit de la fermeté son principe de défense et d’action, qui participa à déshumaniser encore un peu plus la politique. Dans une narration paresseuse construite sur une série de flashbacks, souvenirs épars d’une vieille dame qui déambule dans sa grande maison, La Dame de fer construit de façon assez didactique le parcours de Margaret Thatcher, de sa jeunesse à sa « gloire », en prenant toujours soin de lui trouver des excuses solides à son comportement de chef d’état. Non seulement on refuse d’y croire car il s’agit là d’un film honteusement manipulateur, qui passe sans même s’y attarder sur les deux évènements majeurs de sa carrière. Ainsi sont presque passés sous silence, ou sont traités avec négligence, la grève de la faim des prisonniers membres de l’IRA (évènements relatés dans Hunger) et la grève des mineurs de 1984. Ces deux évènements, tragiques, sont pourtant essentiels pour saisir la bête politique qu’était Margaret Thatcher, indissociable de la femme qu’elle était. Au lieu de ça, on nous vend une femme forte qui a dû s’imposer au parlement face à des hommes, une sorte d’héroïne féministe et peu importe si des gens sont morts à cause d’elle. Il n’y a bien que dans la toute dernière partie qu’on nous glisse à demi-mot que c’était peut-être une ordure car elle fit passer sa carrière avant sa famille. Mais finalement, Phyllida Lloyd, piètre conteuse d’histoire, cherche plus à tirer la petite larme en montrant le destin de cette pauvre vieille femme qui n’arrive pas à faire le deuil de son mari, qui se passionne pour Le Roi et moi, qui n’avait pas d’autre choix de se blinder et se déshumaniser, ne laisser aucune place à ses sentiments, pour s’imposer en haut de l’état britannique. C’est un parti-pris difficile à partager, surtout que la réalisatrice est bien incapable d’imposer sa vision qui parait tellement biaisée, tellement admirative qu’elle en occulte tout ce qui pourrait ternir le portrait. C’est presque embarrassant. Ainsi les attentats de l’IRA ne sont montrés que comme des actes de barbarie tandis qu’elle devient presque une héroïne éblouissante lors de la guerre des Malouines, les protestations du peuple ne sont que de vulgaires détails, seule la flamboyance de son accès au pouvoir et sa volonté de fer sont mis en avant. C’est plutôt étrange.

À la narration pataude et ses flashbacks lourdingues s’ajoute une mise en scène peu inspirée et académique au possible, en transcendant rien et tombant dans des effets de style désuets lors des scènes de crises de la vieille Margaret avec une caméra qui tout à coup s’incline comme dans un thriller. La vulgarisation est totale, du traitement de la politique à la forme du film, peu aidé par une composition tonitruante d’un Thomas Newman qu’on a connu plus juste et inspiré. La Dame de fer n’est finalement rien d’autre qu’un portrait grossier et falsifié d’une femme hors du commun mais qui n’avait rien de l’héroïne montrée ici. Toute la complexité du personnage est effacée au profit d’une dramaturgie classique en mode automatique qui aboutit sur un film déjà vieux, mou et sans formes, sans âme non plus. Alors bien entendu il reste Meryl Streep. L’actrice n’a plus à prouver son talent et même si son personnage est écrit bizarrement elle s’en sort dans une composition admirable. Et ce même si à l’écran, notamment dans les dernières années dépeintes, le maquillage fait d’elle un sosie de Martin Sheen avec une drôle de perruque. Le film est médiocre, et c’est bien dommage car le cinéma anglais sait parfois se montrer très incisif et intelligent, mais pas là.

FICHE FILM
 
Synopsis

Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée.