La Couleur des sentiments (Tate Taylor, 2011)

de le 26/10/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Le racisme et l’esclavagisme c’est mal. Heureusement qu’en 2011 il reste des films engagés pour nous le rappeler. Fort d’un succès hallucinant – il a remboursé intégralement son budget lors du premier week-end d’exploitation – et précédé de l’aura d’un roman best-seller mondial, La Couleur des sentiments vient nous rappeler quelques faits oubliés pour nous montrer à quel point nous vivons une époque bénie par rapport aux terribles années 60. Et pour bien nous le rappeler, Tate Taylor signe un deuxième long métrage (après un certain Pretty Ugly People qui devrait rester inédit) qui avoisine tranquillement les 2h30, de quoi bien faire passer le message. On répète : le racisme c’est mal. En parangon de la subversion faite film, La Couleur des sentiments déroule son récit convenu lancé sur des rails dont il ne déviera jamais, cherchant sans doute à obtenir le statut de nouvelle Couleur pourpre sauf que Tate Taylor n’est pas vraiment Steven Spielberg et son film, tout à fait regardable te au demeurant pas désagréable non plus, n’a rien d’un grand. Pire, en creusant un peu derrière les apparences, le message semble se contredire un peu bêtement.

La Couleur des sentiments est une sorte de monstre à deux têtes qui cherche à s’imposer sur deux tableaux moraux et en oublie presque ce qu’il a vraiment à dire. D’un côté la peinture du milieu des bonnes afro-américaines dans l’état du Mississippi et plus globalement dans le Sud des Etats-Unis, et de l’autre une montée de féminisme et de liberté d’expression à la veille de mai 68. C’est très bien tout ça sauf trop vouloir nous faire la leçon sans en avoir véritablement les moyens, Tate Taylor accouche d’un film gentillet qui fera sans doute verser une larmichette aux spectateurs les plus sensibles. Mais cela n’étant pas nécessairement synonyme de film de qualité, il convient de dépasser le stade lacrymal initial pour ouvrir les yeux et ne voir qu’un portrait bourré de clichés sur une époque et des catégories sociales, quand tout n’est pas juste embelli un brin malhonnêtement par la magie du cinéma. Dans La Couleur des sentiments les bonnes noires font les gros yeux, se mettent les mains sur les hanches et crient très fort quand elles ne se gavent pas de poulet frit. L’énoncé est un brin caricatural mais les images le sont également, d’autant plus que le film finit par se fourvoyer dans son propos. Au départ l’idée est d’intenter un procès au peuple blanc qui a honteusement exploité le peuple noir. Rien de nouveau mais la démarche reste louable à condition de traiter le sujet avec finesse et un brin d’originalité. Au final, en extrapolant ne serait-ce qu’un minimum, on assiste à la célébration de la jeune bourgeoise blanche qui va réveiller les consciences et en quelque sorte sauver les bonnes noires de leur existence invivable. En gros on appelle ça un film qui se prend les pieds dans le tapis et rate complètement son message. Sauf que tout est tellement enrobé de bons sentiments et de montées émotionnelles artificielles que le happy end obligatoire ne gênera personne.

Ajoutons à ce constat embarrassant que La Couleur des sentiments a beau bénéficier d’une direction artistique haut de gamme, on peine à croire à l’authenticité des images. La faute pas seulement à toute une gamme de stéréotypes agaçants et de coiffures incroyablement moches, mais essentiellement à des gros problèmes dans l’écriture des personnages. D’un côté l’ensemble du casting noir est impeccable et bénéficie des rôles les plus intéressants sur le plan dramatique, notamment Aibileen et Constantine, souvent bouleversantes, et de l’autre un casting blanc haut de gamme mais incroyablement fade. De l’ensemble du film on retiendra surtout les performances de Viola Davis, sublime, mais aussi de la délicieuse Jessica Chastain qui hérite du seul personnage blanc avec un brin de relief. Toutes les autres, y compris la belle Emma Stone, doivent composer avec des personnages tellement lisses et fades qu’on ne comprend pas bien leur présence dans le récit. Fade, c’est l’adjectif qui conviendra le mieux également à la mise en scène et au scénario, les deux flirtant dangereusement avec le téléfilm mélodramatique à de trop nombreuses reprises. La Couleur des sentiments est un de ces films bardé de bonnes intentions et qui aurait pu être appelé à devenir un classique sauf qu’il n’en a aucune qualité, manquant autant de finesse que de souffle, et bien trop long sans cette passion nécessaire au grands sujets.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans la petite ville de Jackson, Mississippi, durant les années 60, trois femmes que tout devait opposer vont nouer une incroyable amitié. Elles sont liées par un projet secret qui les met toutes en danger, l’écriture d’un livre qui remet en cause les conventions sociales les plus sensibles de leur époque. De cette alliance improbable va naître une solidarité extraordinaire. À travers leur engagement, chacune va trouver le courage de bouleverser l’ordre établi, et d’affronter tous les habitants de la ville qui refusent le vent du changement...