La Colline a des yeux (Alexandre Aja, 2006)

de le 07/08/2010
 
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En 2003 sortait sur les écrans un petit film français qui allait beaucoup faire parler de lui, ce film s’appelait Haute Tension. Film d’horreur viscéral mettant en scène une Cécile de France habitée par son rôle et un Philippe Nahon une fois de plus impressionnant. Le film n’a pas trouvé son public en salles, en particulier en France alors qu’il a très bien marché ailleurs dans le monde, la faute à un final en total décalage, imposé par Luc Besson mais finalement pas si hors sujet. Si ce film n’est pas un chef d’œuvre, il a le mérite d’avoir un peu dynamité le cinéma de genre français, même s’il souffre d’une seconde vision. Mais il a permis de faire connaître son réalisateur plus que prometteur, Alexandre Aja, fils d’Alexandre Arcady. Un réalisateur qui aime le cinéma d’horreur, qui en a assimilé les ficelles et qui sait parler à son public. En 2006 il s’attaque à un projet d’une toute autre envergure, le remake de la Colline a des Yeux, film aussi culte que surestimé du non moins surestimé Wes Craven, ici producteur. On se souvient de la grosse excitation pour le fan d’horreur de base, les premières images dans Mad Movies, les premières previews, la première bande annonce… Tout cela annonçait un film de malade, sauvage et définitif. On se souvient de l’attente insupportable et de la découverte fébrile. Le résultat? Imparfait mais facilement dans la poignée de très grands films d’horreur de ces dernières années.

La Colline a des Yeux s’inscrit dans un genre bien précis, à savoir le survival, genre très fréquenté dans les années 70 et dont les meilleurs représentants sont Massacre à la Tronçonneuse, Chiens de Paille et Délivrance, 3 chefs d’œuvres inégalables et intemporels. Au millieu des années 2000, sous l’impulsion de jeunes réalisateurs amoureux du genre, on a vu réapparaître le survival au cinéma. Et on a même eu droit à quelques bombes telles que the Descent, Wolf Creek ou Jeepers Creepers. Aja a vu the Descent avant de se lancer dans l’aventure de la Colline a des Yeux et il a très vite compris qu’il serait difficile de faire mieux, il a donc décidé d’aborder le genre sous un autre angle, laissant de côté la terreur pure. L’idée est risquée et fatalement son film ne fait pas peur. On sursaute peut-être à une ou deux occasions mais on ne ressent pas cette peur viscérale qui peut nous suivre après le générique final, celle des plus grands films d’horreur, de l’Exorciste à Dark Water (version Nakata bien sur). Par contre Aja réussit à créer une ambiance malsaine, oppressante, pesante, et qui rend l’exercice ultra efficace.

La scène d’introduction est juste un modèle avec ces scientifiques au travail. On sait qu’il va leur arriver des bricoles et on se retrouve devant un concentré d’hystérie totale pré-générique… choc assuré! Le spectateur ne peut pas lâcher l’écran ni son fauteuil. La séquence d’exposition qui suit est dans le plus pur style du survival: lieu peu accueillant, station service paumée, pompiste étrange. La menace ambiante se fait sentir chaque minute un peu plus, mais sans se dévoiler. La recette fonctionne toujours depuis les Dents de la Mer ou Predator. Aja connaît donc ses classiques, c’est indéniable, la preuve est qu’on peut vraiment vivre très mal ce qui va arriver à cette famille, on éprouve une vraie sympathie pour eux. Pourtant entre le père beauf fan d’armes à feu, la mère catholique impuissante en admiration devant son mari, Brenda l’ado rebelle, ces personnages qui ne méritent aucune compassion mais ce leur arrive est tellement extrême qu’on ne peut s’en empêcher. Et c’est à ce moment, lorsque les mutants passent vraiment à l’action, le film s’envole vers ce qu’on attendait et la boucherie commence. Et ça fait mal!


Alexandre Aja fait preuve d’une telle énergie dans ses cadrages que la tension qui se dégage de cette caravane en devient presque palpable. Immolation, viol, meurtres sauvages, tel est le cocktail préféré des pauvres mutants. Sérieusement cette partie du film est vraiment impressionnante de sauvagerie, les belles couleurs chaudes du désert laissent place à une nuit crade et le sang coule vraiment à flots. Il convient de saluer le superbe boulot effectué par Maxime Alexandre à la photographie, il réussit encore à faire des miracles. Passée cette longue séquence éprouvante de massacre, le film entre dans sa partie revenge et le personnage tout faible se transforme en guerrier badass qui va régler ses comptes avec les dégénérés dans un nouveau déchaînement de violence assez inouï mais pour lequel on se sent beaucoup moins impliqué.

On touche là un autre problème du film, les mutants. Alors certes leur look est des plus réussis, ils sont très effrayants mais ils auraient mérité un véritable développement de leur background qu’on sent simplement esquissé. Mais l’autre point étrange est qu’ils sont montrés comme des victimes de la politique militaire américaine lors du générique d’intro mais ne sont ensuite que des bêtes qui ne méritent rien d’autre que la mort. Ces deux points font qu’on ne ressent pas grand chose envers ces mutants, ils n’ont que ce qu’ils méritent et c’est tout. Il y avait pourtant matière à en tirer quelque chose de légèrement plus complexe et qui se serait intégré parfaitement au récit. Mais tout ceci n’est finalement que de l’ordre du détail tant ce film est jusqu’auboutiste, tellement jouissif, tellement nihiliste qu’on prend un plaisir énorme.

[box_light]La colline a des Yeux version 2006 est une véritable réussite. Certes il présente quelques défauts évidents mais il dégage une telle puissance, une telle sauvagerie et surtout un tel amour du genre qu’il n’a aucun mal à convaincre. C’était un film presque inespéré et grâce à lui, grâce aux autres survivals qui l’ont précédé et l’ont suivi, grâce au fabuleux Devil’s Rejects par exemple, toutes ces petites bombes souvent imparfaites mais produites avec amour, honnêteté et avec des grosses burnes, le cinéma de genre sans concessions est en train de se trouver un nouveau souffle, et c’est tant mieux! Et même si c’est une évidence que de le dire, cette version d’Alexandre Aja pulvérise le film original de Wes Craven sur tous les points.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour fêter leur anniversaire de mariage, Big Bob Carter, un ancien policier de Cleveland, et sa femme Ethel ont demandé à leur famille de partir avec eux en Californie. Big Bob est sûr que faire la route tous ensemble les aidera à resserrer des liens familiaux un peu distendus. Même si tout le monde vient, personne n'est vraiment ravi d'être là. Lynn, la fille aînée, s'inquiète du confort de son bébé. Son mari, Doug, redoute de passer trop de temps près de son beau-père. La jeune Brenda regrette de ne pas être allée faire la fête à Cancun avec ses amis. Et Bobby ne s'intéresse qu'aux deux chiens de la famille. Une route désertique va conduire les Carter vers le pire des cauchemars...