La Colère des Titans (Jonathan Liebesman, 2012)

de le 31/03/2012
 
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Si Louis Leterrier s’était attiré les foudres populaires et critiques avec son Choc des Titans loin d’être honteux mais écrasé par l’héritage de Ray Harryhausen et une conversion en 3D absolument dégueulasse, l’idée d’une suite n’était à la base pas si mauvaise, malgré le viol littéral de tous les récits mythologiques. L’idée d’engager Jonathan Liebesman beaucoup moins, le bougre ayant agressé physiquement de nombreux spectateurs avec son World Invasion: Battle Los Angeles totalement illisible, lui dont le seul fait d’arme honorable restera Massacre à la tronçonneuse – Le commencement. Et en voyant le résultat, caché à la presse contrairement aux habitudes chez Warner Bros, force est de constater que l’ensemble est une très mauvaise idée, une des pires de l’année. Avec un budget supérieur de quelques dizaines de millions de dollars au premier opus, Jonathan Liebesman fait de La Colère es Titans une sorte de bouse cosmique qui permet à la fois de réévaluer Le Choc des Titans mais également le pourtant foiré Les Immortels qui devient un très grand film face à ce machin totalement improbable.

Premièrement, La Colère des Titans est un film qui souffre d’un mal assez ennuyeux pour tout objet cinématographique : il lui manque un scénario. Ils sont pourtant au moins trois crédités aux postes de scénaristes, une fine équipe made in Warner dont les précédents méfaits ne sont autres que Green Lantern, Esther ou encore Le Petit chaperon rouge. Ceci expliquant sans doute cela. Quoi qu’il en soit, il était bien impossible de prévoir un récit aussi débile, qui cumule les ellipses jusqu’à n’en être qu’une seule, béante, qui ne pose aucun enjeu valable et ne prenne le temps ou l’envie d’impliquer un minimum le spectateur. Alors certes, toute la production a dû penser qu’un film avec des gros monstres mythologique, des dieux et un héros aux cheveux longs et au regard bovin n’avait pas besoin de s’embarrasser d’un scénario trop complexe pour l’étroitesse des esprits auxquels il souhaite s’adresser en priorité. Mais tout de même, il faudrait arrêter de prendre le public pour une bande de demeurés. Car non seulement on se fout royalement de toute la progression dramatique, sabordée toutes les 3 minutes, mais le film en tient même pas ses promesses de spectacle. c’est d’une tristesse incroyable. Plutôt que de dérouler un actioner bourrin dopé aux créatures toutes plus gigantesques les unes que les autres, La Colère des Titans se paye le luxe idiot d’être un film bavard. Un non-sens absolu qui s’explique par la volonté évidente de construire un film crépusculaire censé conter la disparition des dieux et des créatures mythologiques. Un pari pas con du tout sur le papier mais qui l’est à l’écran, par une accumulation nauséeuse de n’importe quoi à tous les niveaux. Entre son format bâtard, son absence totale de style à l’exception d’une poignée de plans et qui laisse penser que les 3/4 du résultat final sont le fruit de la seconde équipe de tournage, son rythme inexistant et ses choix graphiques douteux, La Colère des Titans laisse le choix des armes pour se faire exécuter. Le ratage est monumental, orchestré sans doute en partie par Jonathan Liebesman qui n’a clairement pas réussi à s’imposer sur une équipe, mais également par le monteur Martin Walsh (lauréat d’un Oscar pour Chicago) ou son remplaçant mystère qui semble s’être chargé de diminuer la durée du film juste avant la sortie. La Colère des Titans est un exemple d’incohérence totale dans le montage, ce qui rend la chose incompréhensible. Entre ce problème et la mise en scène pataude – ou hystérique quand Liebesman semble reprendre le contrôle de la caméra – la narration visuelle est tout simplement impossible. Ainsi des séquences qui auraient pu être formidables sont réduite à une succession d’aberrations topographiques à l’image de toute la scène du labyrinthe qui ne tient pas compte de la géographie du lieu et de la position des personnages. Placer des ellipses à ce moment là c’est dégager des plans essentiels à la compréhension de la scène, et ce n’est qu’un exemple parmi les dizaines qui composent le film.

Une fois de plus le film est excessivement cheap dans sa direction artistique, les quelques créatures à l’écran (car même là-dessus le film est radin) sont en majorité très moches, entre un minotaure en latex qui meurt d’une façon tellement drôle, des cyclopes d’un autre temps et un Pégase toujours mal intégré. Les quelques duels entre les personnages sont risibles tant on n’y croit pas une seule seconde, avec une mention spéciale à comment Persée assure pour feindre l’agonie. Les motivations des dieux semblent changer d’une scène à l’autre, et notamment celles d’Hadès, véritable girouette divine, et le final risque bien d’entrer dans les annales du ridicule absolu, avec un baiser sorti de nulle part et une pointe d’humour jamais à sa place. Pourtant dans ses grands moments, entre deux clins d’œils grossiers (à la chouette mécanique notamment) La Colère des Titans laisse entrevoir le film qu’il aurait pu être. La première attaque du village possède quelques bonnes idées tout en empruntant pas mal à une séquence similaire dans Transformers, et le réveil ainsi que l’attaque de Cronos sont parcourus de quelques morceaux de bravoure. Mais là encore, pour un plan impressionnant et qui justifie à lui seul l’ampleur du budget, on nous le ressert encore et encore jusqu’à l’overdose et jusqu’à ce qu’il ne soit plus impressionnant du tout. Même en passant sous silence la multitude d’incohérences scénaristiques grossières, comme ralentir des êtres faits de lave avec des barrières de feu (!) ou traverser sur le dos de Pégase la lave de Cronos qui détruit pourtant la terre qu’elle touche, La Colère des Titans reste un film visuellement indigne et qui semble souffrir de tellement e problèmes de post-production qu’il y a de quoi se poser de sérieuses questions quant à sa sortie en salles. Et il ne suffit pas de pomper des images des Zu de Tsui Hark, de la saga God of War, de Dark City ou d’aligner un casting 5 étoiles pour que cela change quelque chose. Même la ligne de dialogue ultime « Release the Kraken », prononcée cette fois par un Bill Nighy en roue libre, n’a plus aucune saveur. L’échec est total.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dix ans après avoir vaincu le monstre Kraken, au terme d'une bataille héroïque, Persée, demi-dieu et fils de Zeus, tente de mener une vie paisible dans un village où il est pêcheur et s'occupe, seul, de son fils de dix ans, Hélius. Mais Persée ne se doute pas que les dieux se sont engagés dans une lutte de pouvoir qui menace son existence tranquille. Affaiblis par le manque de dévotion des hommes, les dieux risquent bien de perdre leur immortalité et de ne plus pouvoir garder le contrôle sur leurs redoutables prisonniers, les Titans, et leur chef cruel, Kronos, père de Zeus, de Hadès et de Poséidon : les trois frères ont détrôné leur père depuis longtemps et l'ont envoyé croupir au plus profond du Tartare, donjon situé dans les entrailles des Enfers. Désormais, Persée n'a d'autre choix que d'accepter son destin lorsque Hadès et Arès, fils de Zeus, changent de camp et passent un accord avec Kronos pour capturer le roi des dieux. Tandis que les pouvoirs divins de Zeus diminuent, la puissance des Titans, elle, s'accroît, et les forces des ténèbres se déchaînent sur Terre. Persée fait appel à la reine guerrière Andromède, au fils de Poséidon, le demi-dieu Agénor, et au dieu déchu Héphaïstos pour s'enfoncer dans les Enfers dans le but de libérer Zeus, de vaincre les Titans et de sauver l'humanité…