La Chute du Faucon Noir (Ridley Scott, 2001)

de le 04/05/2009
 
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Les années 2000 ont été comme une renaissance artistique pour le grand Ridley Scott (Gladiator, le mal aimé Hannibal, ensuite Kingdom of Heaven… avec toujours des films plus mineurs qui s’intercalent) et lui ont permis de revenir avec cette Chute du faucon noir à ses toutes premières amours, le film de guerre. En effet la carrière de Scott n’a pas commencé avec Alien mais avec l’excellent The Duellists, en 1977.

Il s’attaque ici à une des nombreuses interventions douteuses de l’armée américaine, la Somalie, ou comment un pays va envoyer ses hommes vers une mort certaine au milieu d’une guerre qui n’est pas la leur, le fiasco de cette opération fulgurante a été tel (guerilla urbaine, un milliers de morts chez les somaliens, 19 soldats américains tués…) que par la suite l’armée américaine puis l’ONU ont décidé de laisser le pays sombrer sans plus intervenir… c’était la bataille de Mogadiscio.

Ici, comme dans à peu près l’intégralité de sa filmographie, il va s’intéresser avant tout à ses personnages et laisser l’aspect politique comme simple toile de fond. Il n’offre donc aucun jugement, ne prend pas vraiment parti (même si les rebelles somaliens nous sont clairement montrés comme des sauvages armés jusqu’aux dents, sanguinaires et complètement impersonnifiés… mais c’est sans doute la réalité, au moins en partie) et se contente de nous conter différents destins croisés dans une urgence permanente, sur une ligne temporelle très courte. D’ailleurs on a en permanence des repères horaires.

Mais si sur ces thèmes et cette façon d’aborder les personnages on est en plein dans du cinéma made in Ridley Scott, La Chute du Faucon Noir apporte quelque chose de nouveau, quelque chose qu’on ne voit d’habitude que chez son frère, l’omniprésence d’action pure. Il faut sans doute y voir là la patte imposante du producteur Jerry Bruckheimer, pas vraiment un habitué de la finesse

C’est sans doute à cause de ce film au traitement plutôt exceptionnel chez Scott que beaucoup ont été déçus ensuite par Mensonges d’état. Car dans la Chute du Faucon Noir, pendant presque 2h30, on n’a que très peu le temps de souffler! Immersif au possible avec l’utilisation permanente de la caméra portée (mais aujourd’hui un film de guerre sans caméra à l’épaule ça ne se fait plus…), Scott réussit à créer une sensation de danger permanent. Les tirs de mitraillettes et autres roquettes ne s’arrêtent que le temps des prières, le reste est un festival pyrotechnique de tous les instants. Et il faut avouer que s’il n’est pas habitué dans le genre (même si il y était déjà retourné avec GI Jane), le bougre s’en sort drôlement bien!!

Monté un peu comme la succession de chutes de dominos, on assiste à un spectacle éprouvant de destruction massive sans réellement voir d’issue pour les soldats… chaque décision du général se voit conclure par la perte d’appareils ou d’hommes, hommes qui une fois au sol deviennent clairement la cible de la totalité de la population, et ne cessent de fuir pour sauver leur peau et celle de leurs camarades tombés sous les balles ennemis. La tension est palpable, la peur sur les visages aussi… le fait qu’on soit dans une guerre urbaine y est pour beaucoup.

On retrouve un casting plutôt impressionnant mais constitué surtout de seconds rôles… A la rigueur on pourrait voir le fade Josh Harnett dans un rôle central mais on est tellement à suivre plusieurs destins qu’on ne focalise véritablement sur aucun, c’est une suite de petits drames au milieu d’un immense conflit. Tous sont justes, même si on regrettera de ne finalement trouver qu’un casting de « belles gueules ». Visuellement par contre c’est absolument magnifique, Scott faisant appel à ce chef op de génie qu’est Slawomir Idziak, qui avait entre autres éclairé la Double Vie de Véronique.

On regrettera sans doute l’absence de véritable critique de l’interventionnisme américain, on la sent à peine, comme cachée derrière ce patriotisme exacerbé, marque de fabrique de Bruckheimer. Mais en l’état, la Chute du faucon Noir renoue avec une tradition du film de guerre oubliée depuis longtemps : du pur combat pour survivre, sans questionnement extérieur, du gros spectacle.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le 3 octobre 1993, avec l'appui des Nations Unies, une centaine de marines américains de la Task Force Ranger est envoyée en mission à Mogadiscio, en Somalie, pour assurer le maintien de la paix et capturer les deux principaux lieutenants et quelques autres associés de Mohamed Farrah Aidid, un chef de guerre local. Cette opération de routine vire rapidement au cauchemar lorsque les militaires sont pris pour cibles par les factions armées rebelles et la population, résolument hostiles à toute présence étrangère sur leur territoire.