L’Apprenti Sorcier (Jon Turteltaub, 2010)

de le 15/07/2010
 
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Il avait de quoi effrayer ce projet. Un réalisateur dont le seul véritable coup d’éclat reste Rasta Rocket (bien que son succès et sa présence ici soit dû aux deux Benjamin Gates, les Indiana Jones du pauvre), un Nicolas Cage qui revient sur une production Bruckheimer et retrouve ses cheveux longs, un jeune acteur très « in », un scénario qui s’appuie sur un segment de quelques minutes du plus grand chef d’oeuvre Disney (Fantasia) et qui est l’oeuvre de pas moins de 6 scénaristes, en bref tous les éléments pour accoucher d’un produit bâtard, ultra formaté et sans intérêt. Sauf qu’avec la magie de la souris les miracles se produisent parfois, et si l’association Disney/Bruckheimer n’avait rien donné de bon depuis Pirates des Caraïbes (on peut enfouir le très décevant Prince of Persia le plus profondément possible dans notre mémoire), elle fonctionne de façon assez incroyable sur cet Apprenti Sorcier qu’on était pourtant prêts à assassiner de bon coeur. Il faut avouer que dans le genre du film d’aventure pour jeune public, nous sommes obligés de subir tellement de films médiocres, de Harry Potter au Dernier Maître de l’Air en passant par Percy Jackson, que le premier qui sort un peu du lot et présente un spectacle de haut niveau sans prendre nos chères têtes blondes pour des attardés mentaux se voit forcément quelque peu consacré. Mais s’il présente quelques faiblesses et facilités évidentes, l’Apprenti Sorcier est le type même de divertissement estival idéal pour toute la famille. Les plus jeunes s’en prennent plein les yeux et les oreilles, les plus âgés se régaleront d’un film qui ne se prend pas au sérieux, ça fait du bien de régresser parfois!

Une introduction grandiloquente sur fond de légende arthurienne avec la lutte légendaire entre Merlin et Morgane pour poser maladroitement les bases du mythe, bien loin de l’univers de Fantasia, et nous voilà déjà dans un décor contemporain. L’Apprenti Sorcier ne se veut à aucun moment novateur ou très original, il sent d’ailleurs quelque peu la poussière, celle des vieux grimoires ou de nos films chéris des années 80 où le fantastique le plus pur s’invitait dans le quotidien. Sorte de mélange entre la magie de l’Histoire sans Fin et un petit côté les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, le génie visuel de John Carpenter en moins, le budget colossal et l’orientation jeune public en plus. Le récit est également très classique et déjà vu, un jeune génie quelque peu introverti se voit révélé des pouvoirs magiques qu’il va apprendre à maitriser par un maître/mentor. On sait dès le début que ça va bien se terminer, que derrière le divertissement on aura une nouvelle métaphore d’un passage à l’âge adulte, mais peu importe si le récit est efficace.

Et il l’est incontestablement! Parallèle pas con du tout entre la science et la magie ancienne, second degré et manque de sérieux salvateur, l’Apprenti Sorcier redéfinit une certaine idée du divertissement familial qui s’était légèrement égaré depuis quelques années. Et c’est plutôt amusant de voir qu’il s’agit d’une production Bruckheimer, car c’est tout de même lui qui a contribué à instaurer une norme cinématographique de l’entertainment basée sur des sous intrigues sans intérêt pas vraiment aidées par un montage ultra cut. En cela le film de Turteltaub renoue avec une certaine idée du cinéma qu’on croyait presque perdue. Intrigue simple et qui ne dérive jamais, personnages bien définis avec de vieilles blessures crédibles, humour majoritairement efficace et basé sur une culture populaire (en vrac Star Wars, 2001 l’Odyssée de l’espace ou même Depeche Mode), mais le principal atout du film est son rythme effréné qui ne faiblit jamais. Le spectacle est au rendez-vous, le pognon se voit à l’écran, que demander de plus à un tel film? pas grand chose en fait.

Rien de bien original dans le scénario, et c’est plus ou moins la même chose sur le plan de la mise en scène. Le réalisateur ne cède jamais à la tentation d’en faire des tonnes, assure des jolis plans propres qu’il ne sabote pas par un montage haché, prend son temps pour faire évoluer ses personnages et s’il emprunte quelques jolis mouvements de caméra à d’autres on sent l’application et le sérieux afin de livrer autre chose qu’un objet filmique à la mode. Tant mieux car il se passe suffisamment de choses dans le cadre pour ne pas en rajouter de façon démesurée. Tout cela reste très propre et calibré mais permet d’imprimer cet esprit légèrement old school du film. Car si on ne le ressent pas dans la technique, il y a pourtant bien de la folie à l’écran. Cette petite guerre entre sorciers transforme New York en vrai champ de bataille et entre les gargouilles qui se réveillent et les dragons de Chinatown qui prennent vie on en a pour son argent et même si on ne comprend pas pourquoi des sorciers surpuissants capables de voler s’embêtent à se faire une course poursuite en voiture de luxe, il faut avouer qu’on prend souvent son pied devant les scènes d’action qui nous ramènent gentiment vers notre enfance. Et gros moyens aidant, tout cela est même parfois très impressionnant (bruyant aussi) même quand ça ne tient pas la comparaison avec certains modèles, comme la séquence hommage à Fantasia qui est assez ratée.

Outre son côté action/aventure parfaitement géré, c’est du côté du casting qu’on s’amuse aussi beaucoup. Jay Baruchel fait du Jay Baruchel, donc on aime ou on n’aime pas (il est vrai que sa voix peut vite devenir insupportable) mais son personnage de looser dépassé par les évènement lui va très bien (et puis il maitrise à la perfection le geste du kameha directement emprunté à Dragon Ball). Alfred Molina semble prendre son pied à jouer des super vilains dans des grosses productions, lui qui représentait un peu le cinéma indépendant US, Monica Bellucci fait de la figuration et Toby Kebbell force le trait en interprétant un magicien d’opérette assez drôle. Mais c’est ce bon vieux Nicolas Cage qui remporte les suffrages. L’acteur est dans une bonne période, ça se sent dans tous ses derniers rôles, et il assure encore une fois par son absence de sérieux et son goût pour l’auto-dérision qui lui permet de se parodier sans cesse après un premier festival de moumoutes à toutes les longueurs. On voit qu’il se fait plaisir et il n’est jamais aussi bon que dans cette optique là.

[box_light]L’Apprenti Sorcier est plutôt une bonne surprise. Pas le film de l’année ni même de l’été mais il s’agit du divertissement familial et estival par excellence. De grosses scènes d’action, du rythme, de bons acteurs et pas mal d’humour (parfois lourd, surtout les pets de bouledogue qui ne feront sourire que les enfants), la recette Disney/Buckheimer trouve enfin le bon dosage et touchera sans doute sa cible principale, à savoir le jeune public. On ne s’ennuie pas, et c’est bien tout ce qu’on lui demande.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Balthazar Blake est un grand sorcier vivant de nos jours à Manhattan. Il tente de défendre la ville contre son ennemi juré, Maxim Horvath. Balthazar ne pouvant y arriver seul, il engage alors - un peu malgré lui - Dave Stutler, un garçon apparemment ordinaire qui a pourtant un vrai potentiel, pour devenir son apprenti. Le sorcier donne à son apprenti réticent un cours express sur l’art et la science de la magie, et ensemble, ces deux associés improbables vont tenter de stopper les forces des ténèbres. Il faudra à Dave tout son courage, et même davantage, pour survivre à sa formation, sauver la ville et embrasser la fille qu’il aime…