L’Agence tous risques (Joe Carnahan, 2010)

de le 20/06/2010
 
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« L’agence tous risques, c’est vraiment la dernière chance au dernier moment…« . Quiconque a grandi ou vécu dans les années 80 n’a jamais vraiment pu oublier les premières paroles d’un générique aujourd’hui devenu culte! Et en plein revival de cette décennie, pas vraiment étonnant de voir débarquer une adaptation cinématographique de l’Agence Tous Risques, série d’action bourrée à la testostérone et à l’humour bas du plafond. Mélange de nostalgie, d’excitation et de frayeur avant de voir le film. Appréhension car la série originale n’était pas vraiment un modèle de finesse et que le modèle de construction d’un épisode ne convenait pas forcément au format cinéma, nostalgie car on en aurait presque les larmes aux yeux quand on entend les premières notes du générique et excitation car ce n’est pas n’importe qui qui s’est retrouvé derrière la caméra. En effet Joe Carnahan c’est tout de même le type qui a enchainé Narc, polar mémorable cru et noir, et Mise à Prix, délire cartoon rempli de violence gratuite, une référence donc et son association sur ce projet produit entre autres par les frères Scott avait tout du truc plutôt intéressant. Sans grosse surprise, l’Agence Tous Risques version 2010 est une pure tuerie, deux heures d’action et de fun quasiment non-stop, du cinéma pop-corn de haut vol qui ouvre le bal des gros films badass de l’été, en attendant Predators de Nimrod Antal et The Expendables de Sylvester Stallone. Avec toutes leurs promesses, ils vont avoir du pain sur la planche pour faire encore mieux!

Plus qu’une adaptation qui n’aurait pas vraiment de sens, la série reposant sur l’échec du Vietnam, c’est une révision moderne en même temps qu’un prologue ouvrant en très grand les portes d’une éventuelle franchise (pas certain compte tenu des résultats loin d’être satisfaisant au box-office) que nous propose ce cinglé de Carnahan. Le bonhomme aime les armes, ne s’en cache pas, aime les métaphores politiques maladroites (selon ses dires son précédent film n’était qu’une métaphore de l’intervention américaine en Irak, chose pas évidente à déceler), et le voilà qui nous balance tout ce petit monde en Irak donc, sauf qu’ici il n’y a pas le moindre message politique mal fichu. L’Agence Tous Risques est le prototype même du film d’action décomplexé à niveau de lecture unique, con comme c’est pas permis, mis en scène par un évident frimeur, monté par un épileptique et scénarisé par des enfants montant un plan pour leur prochaine partie de G.I. Joe (si ces jouets existent encore). Une sorte de pot pourri qui pourrait être facilement vomitif sauf que comme par miracle, ça fonctionne du début à la fin sans la moindre fausse note!

Dingue! C’est le mot qui vient à la bouche une fois la séance terminée, et aucun autre, si ce n’est des synonymes. Concrètement des films d’action aussi ultimes, aussi barrés, on n’en voit que très peu. Ainsi l’Agence Tous Risques nous rappelle au bon souvenir d’un Bad Boys II modèle du genre, ou plus récemment de John Rambo ou Hyper Tension, avec pour seule ligne de conduite: tout faire péter de la façon la plus invraisemblable possible avec un rythme d’hyperactif sous coke. Quand la plupart des produits hollywoodien se la jouent petit bras à tendance avare au niveau du dosage de l’action, Joe Carnahan se permet une surenchère salvatrice. Il n’a pas peur du ridicule ou du grotesque, et sa générosité permet de faire accepter par le public les scènes les plus surréalistes vues sur un écran depuis Jodorowsky. C’est juste du délire, au moins quatre scènes d’évasion toutes plus folles les unes que les autres où le réalisateur fait sa référence à la série en même temps qu’il tend son majeur vers les grosses productions en 3D, mais pas seulement. On ne compte plus les séquences d’action qui s’enchainent à un rythme qu’on n’avait plus l’habitude de subir au cinéma, et ça fait un bien fou au gosse qui se tapit au fond de chaque spectateur.

Dans cet esprit général de bouffonnerie à tendance rétrograde, dans le bon sens du terme, Joe Carnahan nous fait une démonstration de ce qu’il faut faire pour mettre en scène un vrai film d’action sans limites et sans complexes. Pour mettre en images un scénario composé de raccourcis narratifs inacceptables et de situations rocambolesques pour ne pas dire invraisemblables, il fallait une certaine dose de folie. Et ceux qui ont vu Mise à Prix savent ce dont le réalisateur est capable en la matière. Armé de ses outils les plus m’as-tu vu, il en fait des tonnes à rendre jaloux Michael Bay et Guy Ritchie réunis mais réussit le miracle de rendre la chose digeste simplement par l’absence de sérieux de l’ensemble qui ne peut se voir qu’au quarante cinquième degré. Caméra virevoltante, montage ultra cut de clippeur (on sentirait presque la présence de Tony Scott à la production), c’est la fête de la frime cinématographique au royaume du n’importe quoi, où un tank peut voler grâce à la puissance de son canon et où un lance roquettes transforme un navire porte-containers en vision infernale. C’est juste dément et ultra jouissif.

C’est la grande récréation pour tout le monde, y compris les acteurs qui s’en donnent à coeur joie et en font des tonnes sans oublier de faire leur métier. À l’exception de l’ex combattant de MMA Quinton Jackson qui reprend le rôle de Barracuda au légendaire Mister T et qui livre une prestation pas loin d’être lamentable, les acteurs sont à la fête. Liam Neeson impose son style patriarcal et cool dans le rôle d’Hannibal Smith, le beau gosse Bradley Cooper incarne un Futé tout en finesse et en séduction, Sharlto Copley confirme après District 9 son talent tout simplement immense pour la comédie et Jessica Biel en impose en militaire. On n’oubliera pas de mentionner le toujours excellent Patrick Wilson et quelques caméos qui raviront les amateurs. Quelques idées de génie, une surenchère permanente dans l’action, des acteurs et un metteur en scène impliqués, voilà la recette du film d’action le plus badass de l’année (voir plus). On pouvait craindre une bouillie imbuvable, ce diable de Joe Carnahan nous sert un concentré de plaisir sur pellicule, deux heures de fun sans le moindre accroc.

FICHE FILM
 
Synopsis

Aucune équipe ne ressemble à celle de L’Agence Tous Risques. Quatre hommes, hyper qualifiés et autrefois membres respectés d’une unité d’élite de l’armée, sont chargés d’une mission classée top-secret destinée à les piéger, et qui les conduit en prison pour un crime qu’ils n’ont pas commis. Mais la somme de leurs talents leur permet une évasion sans accroc. Devenus des rebelles, ils décident de blanchir leurs noms et de retrouver les vrais coupables.