Killing Fields (Ami Canaan Mann, 2011)

de le 26/12/2011
 
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Absent derrière une caméra depuis son Public Enemies accueilli assez froidement, Michael Mann en a profité pour explorer d’autres univers. D’un côté il a développé la série Luck avec David Milch (créateur de la série Deadwood) tout en produisant ce Killing Fields présenté à la dernière Mostra de Venise est qui n’est autre que le nouveau film de sa fille Ami Canaan Mann, son second après Morning, inédit en France. Attendu comme un polar tendu à l’ambiance poisseuse et aux gueules de cinéma comme les maîtrise tant Mann père, Killing Fields risque bien de décevoir son monde tant le film passe en permanence à côté de ce qu’il devrait être. Killing Fields c’est une overdose de sous-intrigues toutes plus intéressantes les unes que les autres sur le papier, et c’est au final un long métrage qui s’embourbe dans toutes ces pistes qu’il défriche, plombé par un scénario mal écrit et d’une finesse pachydermique. La déception de cette fin d’année, et un beau casting gâché pour l’occasion.

Pourtant ce qui frappe d’entrée dans Killing Fields, c’est le soin apporté à la mise en scène. L’héritage de Michael Mann, pour qui elle avait assuré le rôle de réalisatrice de seconde équipe sur le tournage de Heat, se fait ressentir dans la mise en image d’Ami Canaan Mann. Également dans divers choix artistiques, et notamment musicaux, sorte de signature familiale, et c’est d’autant plus rageant de voir un résultat final si faiblard. En jouant sur les gros plans sur les visages et l’utilisation de panoramiques, on sent bien sa volonté de créer des personnages consistants et torturés, auscultés au plus près de leur âme. Sauf que c’est bien beau de savoir les filmer, mais cela ne sert pas à grand chose s’ils sont écrits de manière à ce qu’il soit impossible de les comprendre. Killing Fields est ce qu’on pourrait appeler un thriller choral au nombreux personnages qui entrent et sortent du récit principal tel des êtres déjà morts mais qui voudraient continuer à vivre leur vie. À grands coups d’ellipses conséquentes et en foirant complètement toute notion d’exposition pour définir un background cohérent à tous ces caractères, Ami Canaan Mann fait une erreur grossière qui empêche ainsi non seulement toute identification mais pire, toute empathie. Ainsi, on sent bien qu’un drame se joue à l’écran, au visage des acteurs qui sont de plus en plus marqués, mais on ne ressent absolument rien pour eux. Incapable également de créer des interractions logiques entre personnages, elle ne livre ni plus ni moins qu’un thriller sans le moindre intérêt alors qu’elle avait toutes les cartes en mains pour en faire quelque chose de grand. Pourtant, dans cette multiple descente aux enfers, on ressent parfois le spectre de beaux thrillers modernes, tels Surveillance ou Dans la brume électrique, notamment pour leur ambiance, ou pour la possibilité d’embrasser le fantastique. Mais malheureusement jamais le film ne passionne autant que ces deux exemples, la faute toujours à cette volonté incompréhensible de construire des personnages sans les doter de fondations solides et/ou logiques. D’où viennent-ils exactement ? Quelle est la nature de la relation de chacun avec l’ex-femme ? Que représente le feu de la religion pour Brian ? Pourquoi Mike disparaît parfois sans répondre aux appels d’urgence ? On se retrouve avec la sale impression qu’Ami Canaan Mann nous dit droit dans les yeux « Regardez bien comment je peux faire un film avec les personnages les plus troubles que vous ayez jamais vus » et ça marche, sauf qu’ils sont tellement troubles qu’ils n’ont plus aucune consistance, juste du mystère insoluble dont on n’a plus grand chose à faire au fil des bobines. En multipliant les pistes de réflexions pour finalement les avorter toutes et ne se concentrer que sur une intrigue principale qui ne s’en alimente pas et s’avère des plus classiques, Killing Fields se pose en exemple du film à fort potentiel ruiné par un scénario écrit bêtement. Même le final sensé jouer sur l’émotion n’en provoque aucune.

Si Ami Canaan Mann possède la signature familiale pour composer des cadres évocateurs et créer des sensations par la mise en place d’une ambiance bien palpable, ses efforts se retrouve souvent mis à mal par un montage assez étrange. Et c’est tellement dommage de voir ces images souvent sublimes, la lumière de Stuart Dryburgh (directeur de la photo sur La Leçon de piano), un univers musical extrêmement riche, tout cela réduit à néant, ou presque, par des approximations. Elle gère pourtant bien certaines séquences, de la fusillade au bain de sang final, mais se retrouve à la peine pour le reste. Il faut dire qu’elle est également coupable d’un miscast édifiant. Sam Worthington n’a toujours aucun charisme ni véritable talent d’acteur, et sa présence physique n’est pas suffisante. Ecrasé dès qu’un autre acteur bien plus efficace entre dans le cadre, du sage et tragique Jeffrey Dean Morgan à la troublante Jessica Chastain dans un rôle embarrassant de bêtise, en passant par Chloë Grace Moretz qui multiplie les efforts pour se dégager de son image d’enfant, y parvenant sporadiquement. Sur le papier, on tenait le thriller qui allait clore une grande année de cinéma en beauté. Dans les faits, Killing Fields est d’une médiocrité inattendue.

FICHE FILM
 
Synopsis

À Texas City, la police fait face à une série de meurtres, mais les rivalités internes qui minent le service et l’endroit épouvantable où ont été retrouvés les corps – le terrain vague de Killing Fields – compliquent l’enquête. Dans le comté voisin, les inspecteurs Mike Souder et Brian Heigh travaillent sur la disparition d’une jeune fille. Pas de cadavre, aucune piste. Lorsque Anne, une gamine des rues que Brian a prise sous son aile, est portée disparue à son tour, les deux inspecteurs commencent à se dire que la solution se cache peut-être du côté de Killing Fields…