Killer Elite (Gary McKendry, 2011)

de le 21/10/2011
 
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Il était attendu ce film. Une affiche qui claque, un casting all stars, un titre qui reprend celui d’un Peckinpah méconnu (et mineur) et la caution « tiré d’une histoire vraie » qui apporte cette fois un véritable intérêt. En effet les Feather Men (du titre original du livre de Sir Ranulph Fiennes), organisation secrète d’anciens membres du SAS ((Le Special Air Service (SAS) est une unité de forces spéciales des forces armées britanniques, créée en 1941 par le lieutenant David Stirling avec des volontaires britanniques. Cette unité s’est fait connaître pendant la Seconde Guerre mondiale pour des raids menés derrière les lignes allemandes en Afrique du Nord.)), ont bel et bien existé dans l’ombre afin de protéger leurs arrières des conséquences d’actes barbares effectués par le passé. Il y a là un sujet en or, à la fois passionnant et polémique, mais qui sous ce titre racoleur de Killer Elite ne va jamais se révéler exploité à sa juste valeur. Au lieu d’être ce thriller noir qu’il aurait du être, Killer Elite joue la carte du film d’action. Pourquoi pas après tout, sauf qu’il la joue très mal et s’étale sur deux heures qui semblent de jamais vouloir se terminer. Gary McKendry a beau être un réalisateur de publicités très respectable, il signe pour son premier long métrage un des films d’action les plus ennuyeux de l’histoire, ou presque.

Killer Elite s’ouvre pourtant sur une séquence pendant laquelle l’illusion fonctionne. Une petite mission millimétrée avec une superbe gestion de l’espace et du timing, et on se dit qu’on tient un truc. Mais rapidement se mettent en place des éléments bien trop classiques pour un film coup de poing. Des figures bien connues des amateurs du genre : un tueur avec un cas de conscience et qui décide de raccrocher, son collègue/mentor criblé de dettes et qui se fait piéger, le tueur qui va reprendre du service pour aller le sauver… on connait la suite avant même de voir le film. À vrai dire le sujet même du film, ces fameux Feather Men, est complètement occulté à l’exception d’une poignée de scènes où ils sont en quelque sorte réduits au rôle du manipulateur, autre figure plus que classique du thriller d’espionnage musclé ou pas. Deux heures sans grande surprise et avec des archétypes de la série B assez mal utilisés car jamais renouvelés ou modernisés, c’est assez long. Et quand l’intérêt n’est pas là, on se prend à chercher des erreurs dans le récit et la mise en scène jusqu’à ne voir plus que cela. Et dans un film qui semble se réclamer autant de Munich que de Rambo 3, des coquilles on en trouve à la pelle. Et avec son scénario à trous, bourré d’incohérences et de bêtises en tous genres, mais qui se déclare tout de même inspiré de faits réels, Killer Elite a parfois la tête du film de la honte. Mais Gary McKendry a de quoi se défendre avec l’excuse ultime : il a fait une série B d’action. Et il est vrai que de l’action il y en a dans Killer Elite, qui peut clairement se voir sous l’angle d’un « Jason Statham Movie », mais le bas du panier dans cette catégorie là. Car si les gunfights, bastons et cascades de la mort sont bien présents, ils ne sont pas réussis pour autant. Et le simple fait de pondre un actionner à l’ancienne, tout en effets physiques et sans CGI, ce qui est plutôt cool en effet, n’excuse pas toutes les carences. Les scènes d’action de Killer Elite, à quelques rares exceptions près, comme celle de la chaise vue en partie dans la bande annonce, sont ratées car molles. Aucune exaltation, aucune vibration, rien, c’est d’une neutralité presque affligeante tant on s’ennuie.

Si on était venu voir un thriller intelligent c’est raté, et si on s’attendait à un film d’action bien musclé avec Statham qui pète la gueule à plein de monde c’est un peu raté aussi. Et c’est dommage car Killer Elite peut avoir du charme, dont celui d’exploiter quelques figures chères au cinéma américain des années 70 et 80. Mais il les exploite trop maladroitement pour convaincre et déroule un récit stupide autour de personnages qui n’existent pas à l’écran. des personnages mal écrits peu aidés par des acteurs mal castés en somme. Car si Jason Statham assure toujours au moment de balancer coups de pieds et coups de poings, c’est moins évident dans le registre dramatique et toute la construction narrative autour de son couple ne tient pas la route. D’un autre côté Clive Owen, qui au passage porte assez mal la moustache, possède lui tout el talent nécessaire mais hérite d’un personnage tellement binaire qu’il ne peut s’exprimer. Quant à Robert De Niro, s’il sort enfin de ses grimaces, son temps de présence à l’écran nous en dit long sur ses motivations pour participer à ce projet, évidemment d’ordre fiscal. Killer Elite c’est donc un faux look old school pour un vrai film d’action foiré et un thriller inexistant, avec des scènes d’action mises en scène un peu à l’arrache entre shaky cam agaçante et gestion de l’espace déplorable (de ce fait un des gros gunfights est incompréhensible). Un film raté donc, même s’il y aura toujours bien pire…

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour sauver Hunter, son ancien partenaire et mentor, Danny accepte de reprendre du service et de reformer son équipe. Mais celui qui était l’un des meilleurs agents des forces spéciales va cette fois affronter sa mission la plus périlleuse. Pour réussir, il va devoir percer les secrets d’une des unités militaires les plus redoutées qui soit, le SAS britannique. De doubles jeux en trahisons, il va découvrir un complot qui menace le monde et ce pour quoi il s’est toujours battu…