Kill Bill : volume 1 (Quentin Tarantino, 2003)

de le 04/05/2010
 
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Il s’était fait relativement discret pendant les 6 ans qui ont suivi l’échec commercial de ce qui restera pourtant comme son chef d’oeuvre, Jacky Brown, préparant minutieusement le film qui le replacerait dans la A-List des réalisateurs américains. Et voilà qu’en 2003 déboulait sur les écrans celui annoncé en grande pompe comme le quatrième film de Quentin Tarantino (ce qui n’est pas tout à fait exact si on prend en compte son premier film aujourd’hui invisible My Best Friend’s Birthday et son segment de Four Rooms mais passons), le cinéaste le plus cinévore de la planète, au moins en apparence. Et ce qui est assez dingue au moment d’aborder Kill Bill, c’est quand même qu’après seulement 3 films et l’aura incroyable qu’ils lui ont crée il en arrive déjà à nous pondre ce qui s’apparente sans l’ombre d’un doute à un film somme. En grand artiste du remix, car c’est au fond ce qu’il est (il n’y a bien qu’Inglourious Basterds qui sorte de ce schéma), QT nous livre ici un immense best-of des bases de sa gigantesque culture cinématographique sans pour autant tomber dans le simple hommage pour l’hommage. Tarantino fait depuis toujours du cinéma ultra référentiel c’est clair, mais ses références ne peuvent pas parler à tout le public au premier coup d’oeil, c’est impossible. Il possède ce talent dingue pour marier élitisme cinéphile et cinéma pop grand public afin de ne laisser personne de côté, la marque des grands à l’image de son idole Brian De Palma. Mais Kill Bill marque également un changement profond dans le style Tarantino, une révolution même, et ça on ne l’attendait pas vraiment!

Se mettre en tête de lister les différentes influences qui se téléscopent dans ce premier volume tient de la folie tant elles sont nombreuses. Mais plus qu’à des films en particulier c’est à des genres que QT fait référence, parfois furtivement, parfois de manière frontale. Ainsi après la nouvelle vague et les polars HK dans Reservoir Dogs, la blaxploitation dans Jackie Brown et le véritable pot-pourri de Pulp Fiction, il nous fait partager cette fois sa passion sans limite pour le cinéma asiatique tout en adoptant la trame narrative simple et efficace du rape & revenge américain ou japonais, en la déstructurant comme à son habitude. Ainsi il cite volontiers le chambara, le yakuza eiga, le pinku eiga et le film de kung-fu, tout en se permettant d’insérer quelques emprunts au giallo ou au cinéma de De Palma. Ça pourrait rapidement tomber dans de l’hommage bas de gamme et sans intérêt dans d’autres mains, chez lui ça touche au sublime, du pur cinéma jouissif.

La révolution mentionnée ci-dessus vient en particulier du traitement réservé aux dialogues et à l’action. En effet QT s’était monté sa marque de fabrique, sa signature, sur des dialogues à rallonge, aussi savoureux que surréalistes et n’abordant de ce fait jamais l’action de manière frontale. Il n’y a qu’à se remémorer Reservoir Dogs qui était une relecture de City on Fire de Ringo Lam sans la scène de braquage, remplacée par une profusion de bavardages. C’est tout le contraire cette fois, Tarantino a réduit considérablement les dialogues pour se concentrer justement sur l’action. Et sur ce point il fait même dans la surenchère, le film filant à toute vitesse avec une générosité de tous les instants. Construit en chapitres comme autant de séquences indépendantes au sein d’un ensemble d’un cohésion totale, Kill Bill enchaine les morceaux de bravoure et n’en finit plus de créer des tableaux tout simplement inoubliables. Le premier fight chez Vernita Green, l’enfance d’O-Ren en animation, le passage sur l’archipel d’Okinawa et bien sur le combat final de la Blue House, du bonheur sur pellicule, rien de moins.

Un découpage millimétré, un montage dément, techniquement Kill Bill est bijou. Car si dans les sujets qu’il aborde QT recrache sa contre-culture, au niveau de la mise en scène c’est lui qui dicte les règles, et c’est un régal. Pas un cadre qui ne soit pas sophistiqué à l’extrême, des mouvements de caméra complètement fous (le plan séquence qui prépare à l’affrontement contre les crazy 88 est juste un modèle du genre!), il nous balance son talent pour l’image en pleine gueule en s’appuyant sur le non moins talentueux Yuen Woo-ping pour les séquences d’action à la fois virevoltantes et superbement cadrées pour ne rien gâcher du travail effectué sur les chorégraphies. Sur ce point Tarantino se démarque largement de l’ensemble des réalisateurs occidentaux incapables de filmer un combat correctement. Gerbes de sang irréelles, démembrements, ombres chinoises, le réalisateur s’amuse des codes et des techniques de cinéma pour en livrer sa vision en démystifiant cet art de l’illusion à sa manière (on voit des câbles dans le cadre, l’extérieur devient d’un coup enneigé…). Il en résulte un film non seulement orgasmique mais également intelligent sur le cinéma lui-même.

Comme à son habitude, pour mener à bien l’entreprise QT fait appel à une brochette d’acteurs tous plus charismatiques les uns que les autres, avec à leur tête une Uma Thurman qui n’a jamais été aussi belle et impressionnante. Lucy Liu entre dans la peau d’une Meiko Kaji moderne froide et brutale, Sonny Chiba illumine le film par sa simple présence et son statut d’icône, tandis que Gordon Liu (avec son masque de Kato) et Chiaki Kuriyama (la révélation de Battle Royale ici armée d’un instrument rappelant la flying guillotine) assurent les petits seconds rôles délicieux. On trouve également, une fois de plus, une bande son qui touche à la perfection, du culte instantané. En nous livrant ce premier volet, indissociable de sa suite (d’où la frustration terrible lors du cliffhanger final lors de la diffusion en salles), Quentin Tarantino réussit son pari de ne coucher que du plaisir brut sur pellicule. Forcément, le film touche encore plus les spectateurs sensibles aux genres qu’il aborde, mais il y a là quelque chose de sublime dans cette façon de se faire rencontrer des genres qui au cours de l’histoire se sont toujours nourris l’un de l’autre (le western et le film de sabres) dans une habile synthèse d’influences qu’il s’approprie complètement pour en faire son cinéma à lui, reconnaissable entre milles. Chapeau bas!

FICHE FILM
 
Synopsis

Au cours d'une cérémonie de mariage en plein désert, un commando fait irruption dans la chapelle et tire sur les convives. Laissée pour morte, la Mariée enceinte retrouve ses esprits après un coma de quatre ans. Celle qui a auparavant exercé les fonctions de tueuse à gages au sein du Détachement International des Vipères Assassines n'a alors plus qu'une seule idée en tête : venger la mort de ses proches en éliminant tous les membres de l'organisation criminelle, dont leur chef Bill qu'elle se réserve pour la fin.