Kick-Ass (Matthew Vaughn, 2010)

de le 26/03/2010
 
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Étonnant parcours que celui de Matthew Vaughn, ami et producteur de Guy Ritchie, avant que celui-ci ne parte à la dérive, et passé ensuite à la réalisation avec un certain succès. Après deux films, le thriller british Layer Cake, efficace, et le merveilleux Stardust, seul digne héritier du Princess Bride de Rob Reiner, il a prouvé que non seulement il possédait un véritable sens de la mise en scène mais qu’en plus il avait la culture cinéphile nécessaire pour être un réalisateur capable de s’attaquer à n’importe quel genre. Après avoir refusé (à raison, sinon c’était le coup d’arrêt de sa carrière par la Fox) de réaliser X-Men: l’Affrontement Final, il revient tout de même à une adaptation de comic-book en s’attaquant au très controversé Kick-Ass (précédé d’une aura culte instantanée assez étonnante) du non moins controversé Mark Millar, qui apporte sa bénédiction au film jusqu’à le co-produire. Controversé car comme d’habitude s’opposent dans des joutes verbales sanglantes d’un côté les simples amateurs non-initiés qui lisent du comic à l’occasion en appréciant la violence habituelle du bonhomme (le rédacteur de ces quelques lignes est à inclure dans cette catégorie) et de l’autre ceux qu’on nommera les ayatollahs geeks qui ont tout vu et tout lu. Des « spécialistes » blasés qui ne considèrent Millar que comme un opportuniste très malin qui recycle ses thèmes et sur lequel il est de bon ton de cracher, car quand on est intégriste il est nécessaire de descendre en flèche tout ce qui porte la mention « hype ». Quoi qu’il en soit, Mark Millar est un type qui dénote, de par son univers m’as-tu-vu et surtout par son égo surdimensionné et sa grande gueule, c’est ce qui rend le personnage attachant et le film, qu’il est nécessaire de juger indépendamment du comic, est à son image.

Très franchement, et en particulier si on n’avait pas lu les planches du duo Millar/Romita Jr., on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre de cette adaptation. Les différents visuels et trailers n’en montraient pas tant que ça, et c’est tant mieux, la surprise n’en est que plus délicieuse. Car Kick-Ass est une p***** de bonne surprise! C’est tout d’abord la confirmation que les anglais sont aujourd’hui les maîtres du pastiche intelligent, dans le sens où contrairement aux ricains ils sont capables d’aborder un genre avec humour et recul sans pour autant s’en moquer vulgairement, ce qui n’a que peu d’intérêt. En cela Kick-Ass au cinéma rejoint bien évidemment les films d’Edgar Wright (dont l’adaptation de Scott Pilgrim est plus qu’attendue), Shaun of the Dead et Hot Fuzz qui étaient à la fois des pastiches autant que de véritables représentants du genre. On joue avec les codes en les caricaturant avec respect, sans les dénigrer. C’est d’ailleurs ce que font également des réalisateurs aussi majeurs que Quentin Tarantino ou Rob Zombie sur tous leurs films, en approchant des genres de manière détournée.

En bon réalisateur foncièrement geek et cinéphile, Matthew Vaughn nous déroule une trame ultra classique de film de super-héros qu’il s’amuse à gentiment dynamiter de l’intérieur. Oui sur la forme du récit on pense bien sur à Spider-Man, sauf qu’il y a une différence essentielle entre Dave Lizewski et Peter Parker, ou même avec tous les autres alter-égos de super-héros. Dans tous les films du genre, le personnage central subit un accident ou un drame, ce qui facilite forcément l’empathie et l’identification du spectateur, et qui apporte finalement une justification assez facile aux agissements masqués. Et là, pas du tout, loin des lamentations insupportables de certains, on se retrouve avec un jeune un peu idéaliste, looser sur les bords (terriblement normal en fait), et pour qui être un super-héros est cool. Le propos est loin d’être con, abreuvé par un certain réalisme dans la thématique et surtout assez bien exécuté pour redonner un souffle salvateur à un genre qui a sombré en même temps qu’il a explosé et dont les réussites se comptent sur les doigts d’une seule main.

En s’intéressant à un adolescent relativement immature Matthew Vaughn signe le film de super-héros le plus adulte qu’on ait pu voir depuis the Dark Knight, tout simplement. Résolument adulte par ses thèmes, qui viennent de l’oeuvre de Millar, mais aussi par son traitement. Loin du rollercoaster Spider-Man (dans ses meilleurs moments) ou du style poseur de Watchmen, Kick-Ass assume parfaitement son statut de film de super-héros hors norme. À côté de tous les codes parfaitement respectés on nous sert des réflexions pertinentes sur la fin de l’adolescence, sur la responsabilité de devenir adulte, sur le sexe ou les dérives de la société électronique.  De plus dans la seconde partie le film se permet de plonger dans une forme de noirceur presque surprenante. Mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un film dépressif ou introspectif, au contraire la grosse réussite vient de ses deux niveaux de lecture. Car en le prenant au premier degré, Kick-Ass est un spectacle diablement jouissif!

Des dialogues vulgaires au possible (que la VF doit bien massacrer), une violence omniprésente et jamais édulcorée même si on l’aurait presque souhaitée plus graphique (le comic a l’air plus gore que le film), un mauvais gout parfaitement assumé, Kick-Ass enchaine les plaisirs déviants à un rythme parfaitement négocié. Fluide et sans faute majeure, le récit est un modèle qu’illustre Matthew Vaughn avec style. On pourra lui reprocher des figures tapa à l’oeil, il n’empêche que le réalisateur cherche l’originalité et l’efficacité. Gunfight en mode FPS, séquence complète en cel-shading, il paye même son tribut à John Woo dans une scène inspirée d’À Tout Épreuve. Comme dans tout bon film de geek, les références fusent: Hellboy au détour d’une affiche, Watchmen sur un toit d’immeuble, Batman, Superman pour les plus visibles. Mais elles ne paralysent pas le récit qui est loin de s’engluer dans une succession de clins d’oeils se permet des parti-pris qui paraissent même assez couillus.

Car si Dave/Kick-Ass est l’anti-héros par excellence, on trouve à ses côtés un duo plutôt harcdore, Hit-Girl et Big Daddy. Lui est un mélange entre Batman et the Phantom of the Paradise, le personnage le plus mature du film mais dont les motivations sont les plus noires, sa fille est une version de 10 ans de the Bride dans Kill Bill, une machine à tuer qui demande des couteaux en cadeau d’anniversaire et qui a droit aux plus grosses scènes du film, les plus violentes aussi. À ce titre, les acteurs sont tous excellents. Grosse surprise de la part d’Aaron Johnson, très attachant, ou Chloe Moretz et son énergie décalée. Nicolas Cage confirme après Bad Lieutenant qu’il est dans une bonne période (en roue libre il est toujours bon) et Mark Strong assure bien comme il faut en bad guy.

Politiquement très incorrect, fun, décomplexé, doté d’une BO prodigieuse (mélanger du punk, du Morricone et du John Murphy il fallait oser), parfois très drôle, construit sur des ruptures de ton étonnantes, Kick-Ass surprend. Divertissement très haut de gamme avant tout, il se pose sans trop de difficultés dans le haut du panier des films de super-héros et propose un spectacle hautement jubilatoire sans être con. Et si en plus on y trouve un gros black avec un bazooka qui nous cite si bien Tony Montana, on est prêt à lui pardonner tous ses petits défauts sans grande importance…

Vu en projection du Club 300 Allociné

FICHE FILM
 
Synopsis

Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d'incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom – Kick-Ass – se fabrique lui-même un costume, et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Dans son délire, il n'a qu'un seul problème : Kick-Ass n'a pas le moindre superpouvoir... Le voilà pourchassé par toutes les brutes de la ville. Mais Kick-Ass s'associe bientôt à d'autres délirants copycats décidés eux aussi à faire régner la justice. Parmi eux, une enfant de 11 ans, Hit Girl et son père Big Daddy, mais aussi Red Mist. Le parrain de la mafia locale, Frank D'Amico, va leur donner l'occasion de montrer ce dont ils sont capables...