Justin Bieber: Never Say Never (Jon M. Chu, 2011)

de le 17/02/2011
 
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En voilà un exercice périlleux: aborder un documentaire sur Justin Bieber avec un minimum d’objectivité pour ne pas tomber dans l’attaque facile. Car soyons francs, ce « film » n’importe qui peut l’enterrer sans même l’avoir vu, et ce serait facile. Après avoir eu la chance de le voir, un seul constat s’impose: c’est précisément le film qui était attendu, ni plus ni moins. Avec son titre digne d’un James Bond (en réalité le titre d’un morceau de la bande originale de The Karate Kid, on y revient plus bas), la présence derrière la caméra du très hype, mais pas très bon, Jon Chu (le show TV The LXD, Sexy Dance 2 et 3…) et le nom du gamin star jusque dans le titre, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Justin Bieber: Never Say Never n’a rien d’un documentaire, c’est une oeuvre entièrement à la gloire de son sujet, de la même façon que ce qui avait été fait sur les Jonas Brothers (le « concert évènement 3D », tout un programme). On ne mentionnera pas Shine a Light de Scorsese, car si dans l’idée c’est la même chose, les Rolling Stones ont tout de même 50 ans de carrière derrière eux. Justin Bieber n’en a que 2. Que peut-on voir d’autre dans cette entreprise qu’une vaste opération marketing pour exploiter un filon à la mode jusqu’à la moelle? Rien. Mais vraiment rien du tout. Dès lors le film ne peut s’aborder que selon deux postures totalement opposées pour deux visions du film totalement différentes, sachant qu’entre les deux catégories de spectateurs le dialogue est à priori impossible.

D’un côté il y a le spectateur appartenant au coeur de cible du projet: les fans de Justin Bieber. Des jeunes adolescentes donc qui seront probablement aux anges de voir leur idole sur un écran géant, qui pousseront des râles de plaisir quand, dans un effet 3D du plus bel effet (le seul ayant une utilité dans le film), il pointera un doigt vers elles, qui pleureront de joie au détour d’un énième mouvement de mèche et qui iront peut-être jusqu’à chanter les nombreux extraits de chansons lors des scènes de concert. Elles seront aux anges de voir Justin enfant même si les images sont atrocement moches, applaudiront quand dans un de ses innombrables moments de générosité il distribuera des places gratuites pour son concert ou donnera un peu d’argent à la pauvre fille qui joue du violon sur un trottoir, le même où il fit ses débuts. Et elles trouveront que les autres fans américaines, celles qu’on voit à l’écran, sont ridicules de pleurer comme ça car elles ne le feraient pas elles, ces cruches. Elles ne verront donc pas la manipulation digne des pires oeuvres de propagande russes. Car en prenant le film au premier degré, on en viendrait presque à se demander pourquoi le petit Bieber n’a pas une auréole au-dessus de la tête tellement il a l’air parfait.

Et c’est là que la seconde catégorie de spectateur intervient, celui qui a l’oeil détaché et s’est sans doute planté de salle dans son multiplexe. Car comment avoir l’idée d’aller voir ce truc de son plein gré en ne portant aucun amour particulier pour le chanteur? C’est impossible. Lui il la verra la manipulation, elle lui éclaboussera la rétine pendant presque deux heures. Lui il le subira l’attentat auditif que constituent ces horribles chansons qui tiennent plus de la soupe que de la musique. Il rigolera d’apercevoir le père de Justin laisser échapper une larme dans les coulisses d’un concert alors que l’enfoiré s’était échappé à sa naissance. Il n’en pourra plus de cette 3D qui ne sert à rien et ne met rien en valeur. Il trouvera le temps long, le pauvre, mais trouvera aussi quelques occasions de rire avec moquerie, un peu par dépit. Il verra des artistes plus ou moins talentueux dans le rôle de simples placements produits (Jaden Smith, Miley Cyrus… les Boys II Men!) et n’apprendra strictement rien sur un personnage au succès fulgurant mais sur lequel aucune ombre ne semble peser. C’est ça la manipulation et c’est une méthode assez dégueulasse si on y réfléchit un peu.

À part de gros travellings au Madison Square Garden, il n’y a pas vraiment de mise en scène à proprement parler dans Justin Bieber: Never Say Never, juste une succession d’images parfois belles, parfois moches. Jon Chu qui faisait des folies sur Sexy Dance 3 n’est là que pour mettre un nom à côté de la case « réalisateur » et ne se risque pas à tenter de mettre en valeur des pas de danse assez médiocres du chanteur. Et comme le film se passe au pays des bisounours où tout le monde est gentil et s’aime d’amour, il n’y a pas grand chose à dire. Toutefois, l’espace de quelques séquences, on peut y voir un maigre intérêt, notamment sur la méthode peu orthodoxe qui aura mené le chanteur vers le succès, mais dans l’ensemble c’est très mauvais, à moins d’être fan hardcore. Le plus triste dans tout ça, c’est tout de même de voir ce garçon exploitant de la pire des façons un talent fou, bien réel lui, et d’assister à ces crises de fans hystériques sur un des plus beaux morceaux du monde: In the Hall of the Mountain King.

[box_light]Faux documentaire monté totalement à la gloire de la star Justin Bieber, dans la veine de This is it, Never Say Never n’a rien de bon. Alors oui les fans avec leurs oeillères seront aux anges, voire en transe, mais si on leur montrait un plan fixe de 3h sur l’oeil gauche du chanteur ça serait la même chose. Les autres n’y verront qu’un film salement manipulateur, aux effets de style foireux, une ode à une superstar qui n’a que deux ans de carrière… bref un un film improbable. Et tout ceci sans même parler de la qualité incroyablement mauvaises des chansons de ce pauvre garçon.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Ce film raconte l’histoire vraie de Justin Bieber, devenu le phénomène mondial que l’on connaît. Le public découvrira son incroyable parcours, de Stratford au Canada où il jouait dans la rue jusqu’à son concert à guichets fermés au Madison Square Garden. Découvrez cette fulgurante ascension et rentrez dans l’intimité de cette jeune star internationale.