Jusqu’en Enfer (Sam Raimi, 2009)

de le 24/12/2009
 
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Et si le bonheur c’était l’horreur finalement? En revenant au genre qui l’a fait connaître grâce aux Evil Dead et qu’il a complètement abandonné par la suite, malgré une scène sacrément efficace dans Spiderman 2 où en quelques minutes il atomisait toutes les tentatives horrifiques récentes, Sam Raimi prouve que c’est bien lui le maître, qu’il est le seul au monde à savoir jongler aussi efficacement entre horreur pure et comédie (Peter Jackson avait une autre approche beaucoup plus portée sur le gore qui tâche et Edgar Wright fait plus dans la référence). Et ce fait a même été salué par le festival de Cannes qui lui a ouvert les portes de la sélection officielle, en séance de minuit certes, mais tout de même un film d’horreur tout ce qu’il y a de plus « anti-intello » à Cannes c’est une belle victoire pour le genre!! Et pour son retour aux affaires Raimi signe un film extraordinairement jouissif, qui parlera autant aux nostalgiques de l’époque Evil Dead qu’aux nouveaux amateurs de sensations fortes. Aucun doute, Sam is « The Man ».

Ce qui fait le plus plaisir c’est de voir un réalisateur devenu hyper bankable grâce à sa trilogie du tisseur, capable d’engranger des bénéfices énormes, revenir à un genre loin de toute considération commerciale… Comme à son habitude il nous pond une introduction qui est un modèle d’efficacité, en quelques minutes on a déjà compris tout l’enjeu du film, et ce avant même qu’apparaisse l’actrice principale! La scène est complètement folle, une scène de possession redoutable qui ne nous laisse pas le temps de respirer… un générique animé de toute beauté, ça y est ça peut commencer! Et là surprise, pour la première fois Raimi ajoute à son film un côté social évident en choisissant comme héroïne une jeune assistante dans une banque qui est issue d’une famille paysanne. Le choix du décor de la banque n’est pas un hasard non plus.

Raimi semble avoir trouvé avec Alison Lohman la réincarnation féminine de son ami de toujours Bruce Campbell. Elle représente à merveille la fille simple et va s’en prendre plein la gueule pendant tout le film… Sam Raimi serait-il sadique avec ses acteurs? Possible tant la pauvre va en baver!!! Des coups, du sang (mais pas trop, PG13 oblige…),  tout plein de liquides plus ou moins douteux et dégueulasses (dont du liquide d’embaumage… en provenance d’un cadavre, franchement c’est à vomir!), la pauvre elle subit et du coup on éprouve une vraie empathie pour elle. Côté casting on retrouve à ses côtés Justin Long très sobre et en retrait, et tous les seconds rôles excellents avec en tête bien sur la vieille gitane qui est énorme!! On croirait un des zombie d’Evil Dead… elle est vraiment flippante la mamie!

Niveau mise en scène que dire… C’est juste parfait! Caméra virevoltante, décadrages, jump cuts, et même l’utilisation de sa fameuse « shaky-cam » lors de la séquence d’invocation… un vrai plaisir qui renvoie directement tous les réalisateurs du genre loin loin loin!!! On n’avait pas vu un film d’horreur aussi efficace depuis très longtemps (le seul à vraiment pouvoir sursauter dernièrement c’était [•REC], et avant… je ne sais même plus). Sam Raimi joue en permanence avec le spectateur, créant la surprise même quand on l’attend! Et puis son film est super drôle, et le va et vient entre horreur et comique passe tout seul, ça fonctionne tout le temps même si les changements de ton sont brutaux.

C’est cruel, sale, flippant (il arrive quand même à créer une tension avec des feuilles mortes qui s’envolent ou une mouche!!), drôle à en pleurer, dégueulasse… et c’est bourré de scènes déjà cultes!! La baston dans la voiture c’est un modèle de mise en scène et de gestion d’un espace confiné, la séance d’invocation du démon est énormissime, le dîner chez les beaux parents vaut aussi son pesant de cacahuètes et la scène du cimetière est superbe (Ah on l’attend la main qui ressort façon Evil Dead!!)… en plus Sam Raimi se permet un peu tout en exécutant un enfant et en sacrifiant un petit chat (two thumbs up!!) et il y a ce final, cruel, sans concession… On s’y attends en se disant qu’il ne le fera pas et puis si!! Le dernier plan est juste magnifique de jusqu’auboutisme.

Bref, en un film loin du gigantisme auquel il s’est habitué, Sam Raimi revient mettre de l’ordre dans le genre, ridiculisant tous ceux qui s’y sont essayé depuis des années et affirmant bien fort que le patron, c’est lui. Des films aussi jouissifs que celui-là c’est que du bonheur!!!

FICHE FILM
 
Synopsis

Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar. Hantée par un esprit malfaisant, incomprise de son petit ami, elle se fait aider du medium Rham Jas, qui l'entraine dans une course frénétique contre la damnation éternelle, pour inverser le sortilège...