Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare (Lorene Scafaria, 2012)

de le 28/07/2012
 
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Steve Carell et Keira Knightley, une association à priori improbable qui s’avère être une des plus belles idées de Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare, comédie romantique et apocalyptique sous forme de road movie mélancolique.

Est-ce la peur d’une fin du monde annoncée par une certaine interprétation du calendrier maya ou un état d’esprit général qui en est la cause ? Dans tous les cas, la fin du monde est devenue l’un des principaux thèmes de cinéma de la décennie en cours. Le monde n’est pas à la fête, cette satanée crise globale n’est pas décidée à se taire, de nombreux pays sont au bord de l’implosion quand ils ne sont pas déjà en guerre, et le 7ème art se fait l’écho logique des maux qui habitent la Terre, comme ce fut déjà le cas dans les années 60/70, à la différence près que le cinéma post-apocalyptique laissait ouverte une porte sur l’espoir d’un avenir possible quand aujourd’hui c’est bien la fin de tout qui est filmée. Avec Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare (quand le titre original donne un autre ton « Chercher un ami pour la fin du monde ») Lorene Scafaria, qui fait ses grands débuts derrière une caméra après avoir écrit Une Nuit à New York de Peter Sollett, décide de prendre à contrepied toute cette vague dépressive et très sérieuse en proposant une drôle de romance sur fond d’apocalypse à venir. Une variation intéressante à défaut d’être totalement réussie.

La perspective d’un monde qui s’éteint, annoncée dès la tragique pathétique séquence d’ouverture, est un détonateur bouleversant. Au bord de l’extinction, on imagine aisément que l’humanité développerait un spectre de réponses assez vaste. Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare ne nous la joue pas façon blockbuster hollywoodien en ne laissant aucune place à l’espoir d’un Bruce Willis fonçant pour détourner l’astéroïde, ou à une arche gigantesque sortie d’on ne sait où. La fin du monde est annoncée et elle aura bien lieu, l’espèce humaine va s’éteindre et les personnages qu’on nous propose de suivre vont mourir. Ce simple fait impose aux personnages une épée de Damoclès qui, s’il elle n’est pas toujours exploitée comme elle le pourrait, crée une ombre sur leur caractérisation. Ainsi, l’apocalypse à venir n’est pas une fin en soi mais un simple élément de décor pour une comédie romantique douce amère relativement convenue au delà de ce contexte hors du commun. Cette histoire c’est celle d’un loser dont la femme s’enfuit pour enfin vivre avec un peu de folie le jour de l’annonce de la fin du monde, un type lambda tiraillé entre une histoire d’amour de jeunesse qui le hante et la la perspective de finir sa vie seul, sans compagne mais surtout sans famille. C’est cette peur là qu’exploite plutôt bien Lorene Scafaria. Au départ la rencontre entre les deux personnages ressemble à une rencontre entre losers comme on a l’impression d’en avoir vu des milliers de fois : ils n’ont rien en commun, son calme la rassure, sa folie à elle le stimule, ils se retrouvent forcément attirés… sauf que c’est là qu’intervient l’idée de la fin du monde en toile de fond, il ne peuvent pas s’aimer et espérer un destin de comédie romantique. Dans le premier acte on rit parfois de bon cœur, avec les schémas habituels revus et corrigés par une vision féminine (orgies et émeutes trouvent une nouvelle jeunesse) mais plus le film avance, moins on y trouve d’humour. Il se laisse même submerger par une vaste mélancolie.

Steve Carrell est taillé pour ce type de film, aussi bien à l’aise dans l’humour pathétique que dans le tragique, tandis que Keira Knightley révèle un talent comique très naturel et rafraichissant. A travers eux et leur quête qui prend rapidement la forme d’un road movie classique, avec ses étapes bien balisées, Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare évolue sans cesse entre un schéma de comédie de trentenaire ou quarantenaire dépressif déjà vu en bien plus étudié chez Apatow, et la perspective de quelque chose de plus ambitieux concernant une vision de l’humanité toute entière. Là où le film devient très intelligent, c’est quand il pointe des détails à priori insignifiants comme l’idée du suicide qui devient un assassinat volontaire pour pouvoir tout de même aller au paradis, ou ce besoin de rassemblement inconscient, dans l’excès (de sexe, de drogue ou de violence) ou dans un mouvement sain de communion. Derrière ses passages obligés, on trouve dans le film une certaine pertinence dans le propos, et son aspect très dépressif le rendrait presque bouleversant dans son dernier acte qui tranche littéralement avec le ton comique du début. Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare est un film assez bien écrit, jonglant entre les figures imposées des genres qu’il tente de marier, auquel il manque peut-être un vrai regard de cinéaste qui saurait donner du rythme et de l’ampleur à ces longues séquences de dialogues ici filmées en champ-contrechamp basique, cadré serré sur les visages sans donner de souffle à la scène. Un manque de rythme qui se retrouve du début à la fin, rythme qui aurait sans doute permis de transcender les lieux communs et de donner une toute autre portée à une morale finalement simpliste. Toutefois, pour un premier essai, le film est loin d’être une catastrophe et possède ses très beaux moments, dont un final très courageux et plutôt bien vu.

FICHE FILM
 
Synopsis

Que feriez-vous si la fin du monde arrivait dans 3 semaines ? C’est la question que toute l’humanité est obligée de se poser après la découverte d’un astéroïde se dirigeant tout droit vers notre planète. Certains continuent leur routine quotidienne, d’autres s’autorisent tous les excès, toutes les folies. Dodge est quant à lui nouvellement célibataire, sa femme ayant décidée que finalement, elle préférait encore affronter la fin du monde sans son mari. Il décide alors de partir à la recherche de son amour de jeunesse, qu’il n’a pas vu depuis 25 ans. Mais sa rencontre avec Penny risque de bouleverser tous ses plans.