Jimmy Rivière (Teddy Lussi-Modeste, 2011)

de le 05/03/2011
 
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Réalisateur sorti de la Femis et issu de la communauté des gens du voyage, Teddy Lussi-Modeste se défend d’avoir voulu faire un film communautariste et politique. C’est sans doute vrai que son projet est antérieur au récent débat stérile sur les expulsions de roms mais tout de même, il n’est pas vraiment neutre, au contraire. Jimmy Rivière n’est pas tout à fait un film sur cette communauté il est vrai, même si elle est au centre du propos du film. Il n’empêche qu’elle pèse lourd sur la caractérisation des différents personnages englués dans leurs communautés respectives. Non pas que Jimmy Rivière soit un film au discours d’une comédie de Dany Boon, loin de là, mais on sent tout de même une légère manoeuvre en sous-marin et pas forcément assumée. Alors Jimmy Rivière c’est qui? C’est un jeune gitan qui cherche à se racheter une conduite, qui décide d’arrêter la boxe, d’arrêter de voir sa copine musulmane, et veut embrasser à bras ouvert la religion de ses compagnons pantecôtistes. Une perspective d’évolution intéressante pour un personnage de cinéma qui va se retrouver tiraillé entre autant de passions qu’une figure biblique, même si jamais ne s’évapore de notre esprit la figure imposante de Jake La Motta, icône du chef d’oeuvre de Martin Scorsese, Raging Bull, et modèle parfait du boxeur au cinéma bouffé par ses vices.

On ne sait pas trop qui croire, l’un étant clairement issu de la communauté des gens du voyage et l’autre en étant tombé amoureux il y a bien longtemps, mais le portrait que nous brosse Teddy Lussi-Modeste n’a absolument rien à voir avec ceux qu’a mis en avant depuis des années Tony Gatlif. Moins haut en couleurs, le monde décrit ici est bien plus brut et semble finalement plus réaliste. Encore que, si c’est très appuyé, le message ne soit pas du côté communautaire. Alors certes, on y trouve quelques mouvements et piques politiques, dont une séquence avec les élus locaux pour l’organisation d’un rassemblement et qui se pose en écho à tout ce qu’on entend chaque année. Mais bizarrement, la charge reste sobre et à aucun moment n’est ouvertement avancée la crainte de ceux qu’on appelle toujours malheureusement des voleurs de poules. On sent donc comme un léger déséquilibre. La volonté de faire passer un message mais retenue par les craintes liées au premier film. Pour l’oeuvre véritablement engagée, on attendra. Et en attendant on s’intéresse (ou on essaye) aux petits soucis de Jimmy Rivière.

Il y a quelque chose de fascinant dans l’évolution de ce personnage écartelé entre quatre tentations autant que de perspectives d’avenir. En toile de fond il y a cette appartenance à la communauté incarnée d’un côté par la soeur de Jimmy, entre tradition et modernité, et de l’autre par le pasteur José. Ce dernier, seul élément masculin fort, représente l’idéal communautaire, abandonné corps et âme à la parole de Dieu. Ces deux pôles se font symboles d’une absence de libre arbitre dans la communauté, comme des aimants desquels Jimmy tente de se défaire. Car son attirance va également vers Gina, seconde mère pour lui et entraîneur de boxe qui peut réaliser son rêve, et Sonia, représentation de l’amour et plus encore du désir sexuel dont il peine à se défaire. Jimmy Rivière c’est donc le portrait d’un jeune homme tiraillé entre une tonne de sentiments antagonistes et qui devra faire des choix vitaux. C’est sacrément intéressant sauf que le traitement s’avère au final maladroit, sans surprise et assez ennuyeux.

Malheureusement ce récit n’évite pas clichés et lieux communs et manque cruellement d’intérêt au final alors qu’il partait sur d’excellentes idées. Ce genre de personnage on l’a déjà croisé tellement de fois au cinéma, en France comme ailleurs, qu’il n’a quasiment plus rien à raconter. Pourtant Jimmy Rivière possède de sérieux atouts, à commencer par une mise en scène aérienne et symbolique qui en impose dès le premier plan (même s’il faut avouer qu’on est surpris qu’une scène aussi onirique se conclue sur des types faisant caca ensemble dans les bois). Porté par une lumière parfois presque irréelle et une composition musicale tout aussi planante, le premier film de Teddy Lussi-Modeste en impose visuellement et marque sans doute la naissance d’un auteur. Il lui faudra par contre apprendre à gérer ses acteurs car à part Guillaume Gouix, très juste et à vif, et Serge Riaboukine carrément imposant en figure paternelle et religieuse surpuissante et passionnée, les autres sont relativement délaissés. Et particulièrement la belle Hafsia Herzi qui en fait des tonnes dans le surjeu et passe le plus clair de son temps à gueuler, chose des plus agaçantes qui soient. Bizarrement c’est tout de même du côté du manque d’originalité du scénario co-écrit avec Rebecca Zlotowski (réalisatrice de Belle épine) que se situent les principaux écueils de Jimmy Rivière. Essai prometteur mais imparfait donc.

[box_light]Pas vraiment un film sur la boxe, pas vraiment un film sur les gitans non plus, Jimmy Rivière utilise ces deux éléments comme toile de fond à un sujet finalement bien plus ambitieux, celui du portrait d’un homme et de sa quête identitaire. Le sujet et passionnant, le traitement visuel l’est tout autant avec une mise en images comme en apesanteur parfois et au plus près des personnages. Sauf que pour son premier film Teddy Lussi-Modeste n’apporte finalement rien de bien nouveau et nous sert des caractères et situations déjà vues. Quelques fautes dans le casting et la direction d’acteurs entachent un peu plus cet essai parfois brillant, parfois bien trop laborieux. Mais on tient sans doute un talent à suivre.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Jimmy Rivière est un jeune Gitan, solaire, nerveux, parfois trop. Sous la pression de sa communauté, il se convertit au pentecôtisme et renonce à ses deux passions : la boxe thaï et Sonia. Mais comment refuser le nouveau combat que lui propose son entraîneur ? Et comment résister au désir si puissant qui le colle à Sonia ?