Jeux d’enfants (Yann Samuell, 2003)

de le 08/05/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Un film français original ça fait toujours plaisir, et celui-ci l’est assurément. En partant d’un concept tout bête (le jeu cap/pas cap), il va transformer un jeu tout d’abord enfantin en sadisme total. Ou comment deux adultes restés coincés dans une enfance irréelle ne savent pas comment s’aimer et vont jouer finalement à qui fait le plus de mal à l’autre. La critique n’y a vu qu’un étalage d’effets de mise en scène et une utilisation balourde d’effets numériques, mais le public ne s’est pas trompé, vu la très bonne réputation qu’il se trimballe.

Et le côté complètement barge et enfantin de son réalisteur lui aura ouvert les portes d’Hollywood avec un projet qui semble taillé sur mesure: le remake de My Sassy Girl, une perle coréenne d’humour sadique avec une belle histoire d’amour presque impossible.

Le film est clairement scindé en deux parties bien distinctes, l’enfance de Julien et Sophie d’un côté (au moins un tiers du film) et leur période adolescents/adultes qui voit apparaite le couple d’acteurs Canet/Cotillard de l’aute.

La première partie est très drôle car on est en plein jeu innocent, même si quelques scènes dramatiques son bien présentes elles sont vite désamorcées par l’humour des deux enfants. Extrêmement stylisée cette partie regorge de couleurs superbes qui font immédiatement penser au fabuleux destin d’Amélie Poulain, sorti deux ans plus tôt et qui se pose là comme l’influence principale de jeux d’enfants, aussi bien sur le plan graphique que narratif (voix off, succession de petites scènes, séquences de rêve…). Il ne faut jamais oublier qu’il s’agit là d’un premier long métrage pour le réalisateur, et comme dans toute première oeuvre il recrache ses influences thématiques et picturales. On assiste donc à un festival de blagues de plus en plus osées mais ces deux là sont tellement mignons que ça passe sans problème.

La deuxième partie fait table rase de toute forme d’innocence et l’amitié se transforme vite en jeu amoureux, en plus du jeu de base qui reste toujours le fil conducteur. Mais un jeu amoureux qui devient de plus en plus malsain, le scénario devenant de plus en plus tordu et qui culmine dans la scène du restaurant, absolument abominable! On peut regretter que ça tourne parfois en rond, comme si les scénaristes ne savaient plus trop comment les faire se quitter puis se retrouver… mais au final ça colle plutôt bien. Dans un dernier acte qui multiplie les folies, le film s’envole mais laisse également beaucoup de place au romantisme, et perd un peu de son côté pervers sur la fin qui aurait pu être beaucoup plus méchante.

Mais finalement même si la métaphore de l’amour infini est un peu lourde, il reste de ce film quelque chose de vraiment spécial et de jamais vu, c’est ce qui fait son charme. Accorder un visuel très travaillé et un scénario qui tient la route n’est pas une habitude du cinéma français mais c’est pourtant le cas ici, avec en plus deux couples de comédiens qui sont juste parfaits, contrairement aux seconds rôles vraiment pas top (dommage il y avait de quoi faire avec les parents).

C’est un très bon film, avec son lot de scènes vraiment fortes, qu’elles soient drôles, tragiques ou perverses, et un grain de folie vraiment bienvenu, un beau premier pas en somme.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une vie entière pour se dire "je t'aime". 80 ans pour démarrer une histoire d'amour. Et tout ça à cause d'un jeu. Ou peut-être grâce à un jeu. Sophie et Julien ont défini les règles du jeu. Ils en sont, pour le restant de leurs vies, les arbitres et souvent les victimes. "Cap ou pas cap ?" "Cap ! Bien sûr ! " Ils sont cap de tout : du meilleur comme du pire. Bafouer tous les tabous, défier tous les interdits, braver toutes les autorités, rire, se faire mal. Cap de tout !? sauf, peut-être de s'avouer qu'ils s'aiment. Ce jeu commence avec un pari innocent : un pari afin d'oublier que Maman est gravement malade, afin d'oublier quand toute la classe te traite de sale polak. Et quelques paris plus tard, le jeu devient ce qu'il y a de plus beau, de plus fort dans la vie des deux enfants. Ils jouent, ils s'aiment ? Le jeu, l'amour ? L'amour, le jeu : finalement c'est tellement plus simple d'être ami. Et ainsi la vie passe, le jeu reste, de plus en plus intense, comme la passion. Et chaque fois qu'ils se répondent "Cap !", ils se disent "Je t'aime plus que ma propre vie". "Plus que ma propre vie ?" "Cap !"