Je me suis fait tout petit (Cécilia Rouaud, 2012)

de le 10/07/2012
 
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Pour son premier film, Cécilia Rouaud ne prend pas beaucoup de risques. Vanessa Paradis est revenue sur le devant de la scène, Denis Ménochet est devenu une valeur sure qui n’attendait plus qu’un rôle principal à la hauteur de son talent, et les histoires d’amour toutes jolies font toujours recette. Pourtant, Je me suis fait tout petit est un échec. Et pas un petit, un échec sur à peu près toute la ligne. Avec son scénario cousu de fil blanc, ses personnages caricaturaux au possible, sa mise en image impersonnelle et ses vrais moments de malaise de spectateur, le film déçoit. Il déçoit pour cet acteur formidable qui méritait mieux que ça, pour son sujet traité des millions de fois et qui n’hérite d’aucun regard nouveau, pour son manque d’empathie, son absence de style, pour sa maladresse. Il déçoit pour à peu près tout, et c’est bien dommage.

Je me suis fait tout petit reprend toutes sortes de thèmes déjà bien usés de la comédie romantique et du drame léger indépendant. Derrière la romance improbable façon conte de fées, on trouve le sempiternel sujet du deuil amoureux impossible pour le gros nounours imposant de l’extérieur mais au cœur tout guimauve, mais également celui de l’homme qui a toujours refusé de grandir et donc d’être père, et qui, coup de chance, se retrouve tout à coup avec un enfant sur les bras. Et là, pas le choix, il va bien devoir évoluer et devenir un homme, voire un père en puissance, car un homme un vrai ça ne se morfond pas dans une passion évaporée destructrice. Surtout qu’entre ses filles qu’il ne peut assumer et sa sœur qui combat comme elle peut ses troubles obsessionnels compulsifs, il n’est pas aidé le pauvre Yvan. Alors il joue au prof cool et passe sont temps libre à se bourrer la gueule en attendant sa mutation en Bretagne, loin de tout. Sur le papier, le matériau pour un film franchement désespéré et avançant vers la lumière à travers une rencontre amoureuse surréaliste est là, et toujours intéressant. Sauf qu’en n’osant pas jouant la carte de la noirceur, Cécilia Rouaud évite tout contacte avec un ton dépressif et reste à la surface de son sujet, préférant jouer la carte de la romance à la noix qu’on a vu tellement de fois qu’elle finit par ne provoquer que de l’agacement. Lui est un dur au cœur tendre en plein alignement des planètes pas très cool tandis qu’elle est une jeune mère complètement lunaire, une miss catastrophe en puissance dont le charme bizarre opère immédiatement. C’est mignon tout plein, dopé à la folie douce et à la musique folk, avec quelques apartés poétiques plutôt jolis, mais tout cela ne va jamais bien loin et la progression du film se voit arrêtée net à diverses reprises à la suite de choix franchement mal vus. Faire danser Denis Ménochet sur « It’s a shame » quand il est censé se sentir enfin libre, multiplier plus que de raison les rencontres fortuites, construire une relation au déroulement totalement improbable, et tant d’autres erreurs de script qui frisent le ridicule.

L’utilité des névroses de la sœur dans le récit ? Aucune. Celle du mutisme du gamin ? Aucune. Celle du collègue prof pot de colle ? A peu près aucune si ce n’est faire prendre conscience à Yvan que c’est un con. Entre les chantages grotesques des gamines, la femme partie sans raison et qui en oublie ses filles, le beau-frère qui fait des vilaines menaces qu’il ne tiendra pas et autres éléments tous aussi inutiles les uns que les autres, Je me suis fait tout petit manque non seulement d’émotion mais surtout de sens, de propos. A vrai dire, dès les premières images on se prend à imaginer comment tout cela va finir et c’est précisément ce qui se passe. Sans aucune surprise, sans la moindre audace ni grand talent, le film déroule sa pauvreté narrative et son style de téléfilm de luxe sans aucun but. Restent Vanessa Paradis et Denis Ménochet, que Cécilia Rouaud ne parvient pas à rendre totalement ridicules malgré tous ses efforts. Ils sont beaux et bourrés d’un talent que personne ne leur enlèvera, mais de bons acteurs, aussi impliqués et sincères soient-ils, ne seront jamais qu’une goutte d’eau dans l’océan de médiocrité que constitue ce tout petit film un brin embarrassant tout de même.

FICHE FILM
 
Synopsis

Plus rien ne retient Yvan à Paris. Sa femme l’a quitté pour vivre en Thaïlande. Ses filles, adolescentes, ont choisi d’habiter chez sa soeur Ariane, aussi angoissée qu’admirable. Yvan est prêt à partir… quand débarquent dans sa vie la belle Emmanuelle, qui fait des enfants comme elle tombe amoureuse, et Léo, le petit garçon que sa femme a eu avec un autre. Yvan va devoir changer ses plans.