JC Comme Jésus Christ (Jonathan Zaccaï, 2011)

de le 07/02/2012
 
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Vincent Lacoste, ex-Beau Gosse, dans la peau d’un génie du cinéma consacré à 15 ans, il faut bien avouer que le postulat de départ du premier long métrage de l’acteur Jonathan Zaccaï avait tout pour séduire. D’autant plus que le traitement faux documentaire peut donner des choses incroyables. Cependant, à vouloir tout faire passer sous couvert de l’humour, JC Comme Jésus Christ est un film qui se prend rapidement les pieds dans le tapis. En oubliant d’être drôle au bout de dix minutes pour commencer, en laissant tomber son concept ensuite, et en adoptant un cynisme déplacé pour conclure. Jonathan Zaccaï est un excellent acteur, avec une gueule un peu hors du temps, mais en s’improvisant ainsi metteur en scène ce n’est pas certain qu’il fasse le bon choix. D’autant plus que ce premier film, voulu extrêmement libre, se range finalement dans un carcan très sage, faussement provocateur et qui passe véritablement à côté de son sujet. Vraiment dommage.

Pourtant pendant cinq à dix minutes, l’illusion prend le dessus. L’interview avec Claire Chazal, la présentation du personnage de JC, le charme de Vincent Lacoste, suffisent pour croire dur comme fer à ce projet. A près tout, cette plongée dans la célébrité précoce et ses dérives reste un des pitchs les plus alléchants de l’année et on se prend à rêver d’un film qui irait au bout de ce concept. Sauf que rapidement le ton change. Les vannes sont toujours présentes et ponctuent JC Comme Jésus Christ du début à la fin sauf qu’elles se font de moins en moins efficaces, de moins en moins drôles, de plus en plus gênantes. La présence des guests souffre également de cette évolution, l’apparition de Gilles Lellouche étant particulièrement savoureuse tandis que celle de Kad Merad beaucoup moins, rebondissant sur le même ressort comique (cette merveilleuse idée de comédie musicale sur Marc Dutroux). Et si au départ les réflexions du genre « la vision de l’argent de JC est proche du monopoly » le personnage construit autour de ça s’avère finalement grotesque et pas si intéressant. La faute à une succession interrompue de clichés ambulants, de l’actrice has been prête à vendre son corps pour un rôle au grapheur bobo, en passant par le mécène arabe, les parents cons comme la lune ou la fan qui se touche devant ses films. Le soucis vient principalement du fait que Jonathan Zaccaï, acteur confirmé mais réalisateur qui a tout à prouver, semble finalement balancer un bon gros crachat dans la soupe tout en essayant dans le film de se protéger de la critique. C’est tout de même amusant, dans un premier film, de voir le spectateur qualifié de labrador et de tourner en ridicule l’analyse de films. Sous couvert de l’humour bien sur, pour essayer de ne pas paraître pédant, sauf que malheureusement personne n’est dupe et Jonathan Zaccaï aurait sans doute mieux fait de garder une distance, de la jouer humble, plutôt que de se persuader qu’il était en train de réaliser un film important.

JC Comme Jésus Christ tombe pile poil dans les travers qu’il voudrait gentiment dénoncer. Dans les répliques imbuvables à la Lelouch notamment. Dans cette espèce de ton moralisateur embarrassant qui joue sur des caricatures et pense poser un regard intelligent autant sur l’adolescence que sur la célébrité. Pour les deux aspects c’est raté, et copieusement en plus. Le gros problème vient finalement d’un film qui n’a pas de direction précise, qui veut dénoncer quelque chose sans trip savoir quoi, qui ne va jamais au bout des pistes qu’il ouvre. Par exemple on nous construit un personnage complexe, visiblement génial même si sans doute déifié trop tôt, mais quand il ne va pas bien il va s’entourer de pétasses, de coke et d’alcool. Bonjour la finesse. Même sa relation, fascinante sur le papier, avec Marie est traitée par dessus la jambe. Œuvre libre serait donc synonyme d’œuvre foutraque ? C’est ce qui ressort de JC Comme Jésus Christ, un film qui oublie au bout d’un quart d’heure qu’il est un faux reportage, qui commence à multiplier les champs-contrechamps et les travellings alors qu’ils n’ont absolument aucun sens dans le concept de départ, mais qui paradoxalement garde cette drôle de volonté de faire du documentaire. La vérité est qu’on ne sait plus trop où Jonathan Zaccaï veut aller, et sans doute que lui non plus, alors qu’il vient conclure sur un faux Godard plus vrai que le vrai. Restent quelques beaux moments d’apesanteur où les dialogues insupportables s’effacent devant la sublime composition de Ghinzu, reste Vincent Lacoste qui malgré tout et en faisant toujours la même chose ou presque est un acteur fabuleux de nonchalance, reste surtout l’incroyable révélation d’Ella Waldmann, magnifique. Mais dans l’ensemble, ces pourtant courtes 75 minutes semblent parfois durer une éternité.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une Palme d’Or à 15 ans, un César à 16, cette année JC passe le bac… Jean-Christophe Kern, dit JC, n’est pas un adolescent comme les autres. Mélange de Jean-Luc Godard et Justin Bieber, à 17 ans il navigue entre ses Miel Pops devant la télé après l’école et une vie professionnelle digne d’un Stanley Kubrick.