Jason Bourne : L’héritage (Tony Gilroy, 2012)

de le 31/08/2012
 
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La trilogie Jason Bourne, au-delà du style Greengrass récupéré souvent bêtement chez d’autres réalisateurs, a marqué une vraie évolution au sein du cinéma d’action par un style immersif et extrêmement stimulant pour les sens. Et si Jason se la coule douce dans une retraite bien méritée, les exécutifs qui tirent les ficelles n’en ont pas fini avec la franchise. En confiant Jason Bourne: L’héritage au scénariste wannabe réalisateur Tony Gilroy, on assiste à la pire idée possible qui entretient la vieille tradition du quatrième épisode maudit. Ou comment tirer une balle dans le pied d’une saga qui n’en avait pas besoin.

Chez The Kennedy/Marshall Company, ils étaient un peu tristes que Robert Ludlum se soit contenté d’une simple trilogie autour du personnage de Jason Bourne, matériau hautement lucratif. Et le dernier plan de La Vengeance dans la peau dans lequel le héros était redevenu cette silhouette au milieu d’une étendue d’eau qui ouvrait La Mémoire dans la peau ne pouvait pas mettre un terme définitif à la saga. Donc l’idée de ces génies est de reprendre le titre anglais de la suite des aventures de Jason Bourne écrite par Eric Van Lustbader (The Bourne legacy, devenu La Peur dans la peau en France) sans en reprendre le contenu pour relancer la franchise sur une nouvelle voie. Avec un scénario original écrit par Tony Gilroy et son grand frère Dan Gilroy (scénariste de The Fall et Real Steel), un tout nouveau héros interprété par Jeremy Renner et un casting 5 étoiles, l’illusion a tenu le temps de la promotion. Sauf qu’en confiant la réalisation du film à Tony Gilroy justement, dont les premiers essais derrière la caméra sont les pas très glorieux Michael Clayton et Duplicity, ils font une erreur énorme. D’un scénario assez médiocre, il ne peut que tirer un film médiocre qu’il met mollement en scène, tentant de reproduire sans en comprendre le principe le style de Paul Greengrass. À l’arrivée, c’est LA déception du cinéma d’action de l’année et un film complètement anecdotique, même si pas honteux pour autant.

Jason Bourne : L’héritage va jouer la carte facile du spin-off et tenter de se raccrocher pendant 2h15 à la trilogie, de façon tellement vulgaire que cela devient rapidement embarrassant. Pourtant la première partie du film s’avère presque convaincante, avec ce montage parallèle entre l’entraînement en pleine nature d’Aaron Cross et les réactions internes aux évènements mettant en scène le personnage interprété par Paddy Considine dans le film précédent. La mise en scène est plutôt soignée et certains enjeux ne manquant pas d’intérêt semblent se dessiner. Sauf que rapidement tout le projet prend l’eau, la faute à un script bien crétin. Dans les grandes lignes Jason Bourne : L’héritage n’est qu’un actioner basique dont le personnage principal n’a pour simple but que de ne surtout pas perdre ses capacités augmentées chimiquement. En gros c’est l’histoire d’un type bien bâti et aux sens aiguisés qui va passer tout un film à chercher ses médicaments pour ne pas redevenir un Monsieur tout-le-monde, voire un simple d’esprit. On peut y voir une réponse à la trilogie ou une énième vision d’un homme qui cherche à devenir (ou rester) un héros. Tout cela est bien sympathique sauf qu’on n’en a pas grand chose à faire tant tout est cousu de fil blanc quand le récit de devient pas tout simplement grotesque. A vouloir jouer dans la surenchère de rebondissements tous plus abracadabrants les uns que les autres, le film finit par ressembler à un gigantesque n’importe quoi interminable. Derrière Treadstone il y avait Blackbriar, dans Jason Bourne : L’héritage c’est la foire aux organisations et programmes qui n’en finissent plus de se multiplier jusqu’à ne plus rien y comprendre. Et visiblement Tony Gilroy s’y perd également tant son scénario est la preuve qu’il n’a pas la moindre idée d’où il va. Là où il assure, c’est quand il s’évertue à garder le personnage d’Aaron Cross sous le radar, le faisant évoluer de façon invisible par ses poursuivants qui n’ont pas la moindre idée de son identité. Mais en même temps, il ne fait que recycler des idées et séquences entières de la trilogie qui n’ont plus aucun sens ici tant le film possède un point de vue diamétralement opposé. Le personnage féminin faible sur lequel se porte toute l’attention de la traque, la poursuite en moto, celle sur les toits construite à l’identique de celle de La Vengeance dans la peau (le héros sur les toits, la fille traquée dans la rue en dessous) à la différence qu’elle ne se situe plus à Tanger mais à Manille (un tel génie, ça filerait presque le vertige), le bad guy implacable qui arrive dans le dernier acte sauf qu’il est introduit comme un cheveu sur la soupe sans la moindre attention portée à une quelconque construction du personnage, contrairement à Clive Owen, Karl Urban et Edgar Ramirez dans les films précédents, et c’est ainsi du début à la fin.

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Aucun enjeu, aucune vision personnelle, et une incapacité chronique à tirer quelque chose d’acteurs géniaux qui n’ont jamais paru aussi fades, voilà comment on pourrait résumer le travail de Tony Gilroy sur ce spin-off mou du genou. Car non content de développer un script simplet, le bonhomme n’est pas vraiment capable de l’illustrer afin d’éventuellement passer outre ses carences scénaristiques. Les séquences d’action de Jason Bourne : L’héritage sont pour la plupart copieusement ratées, singeant sans en comprendre le mécanisme ce qu’il pouvait y avoir de plus agaçant chez Paul Greengrass et produisant une sorte de bouillie visuelle franchement indigeste. Cadrées à l’arrachée et montées de façon illogique, elles représentent bien ce que le « style Greengrass » a produit de plus détestable dans le cinéma d’action avec cette absence de lisibilité et une grosse dose d’incohérences, à l’image de ce passage grotesque lors de la poursuite en moto avec Rachel Weisz qui s’appuie sur un camion dont la position change d’un plan à l’autre jusqu’à briser tout repère visuel logique. Incapable de gérer l’action, il l’est tout autant quand il s’agit d’imprimer un semblant de rythme à son film qui finit pas se révéler franchement ennuyeux, en plus de prendre le spectateur pour un débile profond. La faute à un mode de narration défiant la logique, qui enchaîne systématiquement une séquence suivant Aaron Cross et Marta Shearing avec une autre qui nous explique la séquence qu’on vient de voir mais selon le point de vue des hommes de l’ombre interprétés par Edward Norton, Stacy Keach et Scott Glenn. Cette épuisante tendance à la répétition finit d’achever le rythme de Jason Bourne : L’héritage qui n’avait pas besoin d’accumuler ainsi les casseroles pour se planter. Ces maladresses se retrouvent également dans l’ambivalence du film, entre surréalisme (des assaillants éliminés de façon cartoonesque) et une volonté marquée de réalisme. Il suffit de voir le premier acte du film, qui n’est pas sans rappeler Le Territoire des loups, nourri par de nombreux détails en terme de gestion de la survie en milieu hostile, pour se convaincre de cette volonté. Malheureusement tout est sacrifié au profit du vide, à l’image d’une séquence formidable dans un laboratoire qui cristallise une des plus grande peurs de l’Amérique moderne, mais qui ne sert à rien si ce n’est à étayer la liste des belles idées inexploitées d’un film qui n’a rien à dire.

FICHE FILM
 
Synopsis

On croyait tout connaître de l'histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets…
De Treadstone est né "Outcome", dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un "héritage" explosif : compromis, les agents "Outcome" sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le "père" du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités.
Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’"Outcome", Marta Shearing, elle-même menacée de mort…