Jarhead – la fin de l’innocence (Sam Mendes, 2005)

de le 06/04/2009
 
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Troisième long métrage pour Sam Mendes après American Beauty et Road to Perdition, Jarhead (tête de jarre… pour la coupe de cheveux des marines mais surtout pour le vide crée par leur formation) se situe un peu à part dans la courte filmographie du réalisateur car il n’y est plus vraiment question d’analyse du thème de la famille, qu’on retrouve même dans son dernier Revolutionary Road… Par contre on retrouve celui de l’aliénation, du modèle à suivre (société modèle dans American Beauty et Revolutionary Road, une certaine idée des gangsters dans Road to Perdition, ici le corps des marines). Pas vraiment un pamphlet contre la guerre en irak, pas vraiment juge… Jarhead se pose plutôt comme un constat, un journal de bord du soldat qui se retrouve trahi par tout le monde, sauf ses frères.

Tiré du livre d’Anthony Swofford, qui est aussi le personnage central du film, Jarhead s’intéresse au sort des soldats américains envoyés par centaines de milliers en Irak pour une guerre à laquelle ils ne comprennent pas grand chose mais qui constitue pourtant leur seul rêve. En effet l’entrainement des marines une telle influence psychologique (en plus du côté physique qu’on connait bien) que ces élèves n’ont plus qu’un seul but, tuer. On voit bien l’évolution de tous ces jeunes qui perdent peu à peu leur innocence pour devenir des moutons dans leur troupeau de soldats…

Bien sur, d’autres films l’ont fait avant, et plutôt bien… Platoon, Full Metal jacket pour les plus réussis. Jarhead suit à peu près la même construction « entaînement puis combat » sauf qu’ici le combat n’a pas vraiment lieu, il n’y a que l’attente et la constatation du résultat du « combat » mené par l’aviation… Et ces jeunes, comme descendants de ceux du Vietnam, plongent peu à peu dans un état mélange de léthargie et de folie, plein de frustrations et de manques…

C’est donc un nouveau film centré sur ses personnages que nous offre Mendes, et on peut dire qu’il sait cerner les égarement de l’être humain… Aidé par un grand Jake Gyllenhaal, qui est décidément un grand acteur et le prouve encore de belle manière avec un personnage toujours à la limite de péter un câble! Avec lui de beaux second rôles comme Jamie Foxx période post-Ray, c’est à dire en faisant des tonnes mais là en sergent ça marche pas mal du tout.

On trouve une belle réflexion sur la solitude finalement bien qu’en étant au milieu d’un groupe qu’on pourrait presque assimiler à une famille… Tout dans la mise en scène souligne cet isolement pour ces soldats, avec les grandes étendues désertiques qui semblent sans fin et qui écrasent presque les soldats. On a d’ailleurs droit à de superbes images (au hasard les derricks en feu ou la scène où a eu lieu un bombardement…), c’est donc plus le Mendes formaliste des Sentiers de la Perdition que celui plutôt naturaliste d’American Beauty qui s’exprime ici, se permettant même quelques effets plutôt sympas!

Finalement c’est un très beau film que ce Jarhead, à la fois drôle et touchant, voir grave dans son constat qui se résume dans les premières parole de Swofford, une fois qu’on a tenu un fusil nos mains ne l’oublient jamais, quoi qu’on fasse…

FICHE FILM
 
Synopsis

Eté 1990. Anthony Swofford, fils et petit-fils de militaires, vient tout juste de fêter son vingtième anniversaire lorsqu'il est envoyé dans le désert saoudien. La Guerre du Golfe vient d'éclater, son bataillon de Marines est parmi les premiers à se déployer dans cette aride et immense étendue de sable. Pour ces jeunes déracinés, gavés d'images et de phraséologie guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d'un ennemi fantôme. La soif, la peur, l'épuisement, l'ennui, les frustrations lancinantes, les tensions extrêmes s'additionnent dans un climat de plus en plus délétère et explosif. Dans cet enfer naîtront pourtant de surprenantes et inaltérables amitiés entre compagnons d'armes liés par le vieux serment des Marines.