Jack Reacher (Christopher McQuarrie, 2012)

de le 13/12/2012
 
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Il y a 12 ans, le scénariste oscarisé pour Usual Suspects, Christopher McQuarrie, passait derrière la caméra pour réaliser Way of the Gun, polar en marge, désarticulé, pop et violent, sans rencontrer un succès gigantesque. Il revient enfin sur le devant de la scène avec un « Tom Cruise movie » pas comme les autres. En marge des nouvelles conventions du film d’action ou du polar, il signe un hymne old school aux vigilantes très masculins, drôles, accessoirement violents et mal élevés. Le tout porté par un Tom Cruise toujours impérial.

A partir du roman Folie furieuse de Lee Child, dans la série de thrillers mettant en scène l’ancien militaire Jack Reacher, Christopher McQuarrie puise un matériau totalement inattendu. Le réalisateur occasionnel, grand amateur de scénarios déconstruits et de multiplication du nombre de personnages, change complètement son fusil d’épaule avec ce Jack Reacher, thriller anachronique et petit miracle au sein d’une production toujours plus formaté. Long (2h11), porté par un rythme étrangement lent, dopé aux punchlines machistes et aux éclairs de violence aussi soudains que brefs, remettant au goût du jour l’application d’une justice arbitraire, Jack Reacher semble tout droit sorti d’une autre époque. Une époque à laquelle le cinéma n’était pas nécessairement jugé en fonction de sa moralité, où des cinéastes pouvaient se permettre toutes les transgressions et où des acteurs-stars y apportaient leur caution. En cela, Jack Reacher est bien un petit miracle qui transporte le spectateur dans un autre temps, sorte de temporalité alternative faite du meilleur du cinéma des 70’s et des 90’s. Le film d’action attendu, véhicule logique pour une superstar qui ne voulait pas vieillir, se transforme alors en un thriller paranoïaque et amoral de haut vol. Jack Reacher est un film libre et inattendu, c’est en cela qu’il est intéressant, et il se permet le luxe d’un scénario redoutable et d’une mise en scène d’une précision qu’on n’attendait pas, sans tentatives d’effets de petit malin. De quoi terminer l’année en beauté.

JACK REACHER

Christopher McQuarrie est un cinéaste qui prend son temps – comment pourrait-il en être autrement pour quelqu’un qui prend 12 ans entre deux films – et cela se traduit à l’écran dès l’ouverture avec une séquence magistrale. Pendant 10 minutes aucun mot n’est prononcé et le seul son entendu est une série de coups de feu. Il s’agit d’une opération d’un sniper découpée avec un tel sens du tempo, montée avec une telle précision et avec un vrai sens du cadre, qu’en découle une sensation de suspension du temps diabolique. Il s’agit sans doute de la plus belle scène de sniper depuis Démineurs, et tout le film est à l’avenant. Avec un Tom Cruise tout puissant mais toujours capable de se laisser aller devant une caméra compétente, Jack Reacher va évoluer sur plusieurs tableaux mais jamais celui attendu. Ainsi, il ne vaut mieux pas s’attendre à voir un film d’action tel que voudrait nous le vendre la bande-annonce, car le film avance sur un rythme qui n’a rien à voir avec le cinéma d’action actuel. En ligne de mire de Christopher McQuarrie, on retrouve tout un pan de cinéma passionnant allant des films paranoïaques et polars hard boiled des années 70, de Don Siegel à Alan J. Pakula, à leurs descendants et dérivés des années 90, de Shane Black à Richard Donner. Avec son rythme en dents de scie appuyé sur la mise en place d’une théorie du complot à la fois très simple et merveilleusement écrite, et ponctué par des accès de violence fulgurants, Jack Reacher se pose lentement mais surement en référence du Tom Cruise Movie nouvelle génération, avec un héros massif toujours aussi conscient de son statut et qui en joue en permanence, s’imaginant ici assez clairement dans la peau d’un nouveau Clint Eastwood ou Charles Bronson, n’ayant plus rien à prouver dans sa carrière exemplaire. Mais jamais ne transparait la désagréable sensation d’un film de petit malin, comme pouvait l’être Usual Suspects, car Christopher McQuarrie n’a pas besoin d’un récit tarabiscoté pour jouer sur l’illusion des apparences et construire sa théorie du complot autour d’un univers qui broie ses personnages par la manipulation. Tendu, sec, posé, Jack Reacher avance avec une efficacité qu’il ne quitte jamais, une forme de rigueur dans la narration contrebalancée par un aspect bien plus léger et second degré au niveau des dialogues et du personnage de Tom Cruise.

JACK REACHER

Car Jack Reacher renoue avec une tradition un peu abandonnée, celle des héros badass dont chaque ligne de dialogue est une punchline. L’essence des héros nonchalants, de quoi l’iconiser immédiatement. Ainsi, la star peut à la fois briller et proposer une prestation inédite, bien aidé par un Christopher McQuarrie dévoué à la cause. Le réalisateur fait preuve d’une efficacité et d’une sobriété assez étonnantes dans la mesure où son premier film tenait bien plus de la démonstration. Toutefois, à l’image de son introduction millimétrée, il livre quelques séquences qui font de Jack Reacher un peu plus qu’un film d’action ou un thriller lambda. On y trouve ainsi une course-poursuite en Chevrolet Chevelle SS (une des nombreuses voitures américaines venues des 70’s dans le film, pas un hasard) époustouflante, marchant sur les traces de Driver et French Connection, longue, rythmée et bénéficiant autant d’un découpage assez génial que de belles idées de mise en scène pour transmettre autant une impression de tension que de vitesse, avec toujours cette dilatation du temps créée par le montage. Autre morceau de bravoure, un gunfight dans une carrière qui n’est pas sans rappeler celui de Heat mais perturbé et allégé par la malchance du personnage de Jack Reacher et quelques interventions extérieures savoureuses. Dans ce film à la gloire d’un cinéma old school et mal poli, qui ne s’embarrasse d’aucune morale à partir du moment où elle colle parfaitement au héros, on règle un différent d’une balle dans la tête et les bastons au corps à corps laissent des traces. Il n’est pas si étonnant d’y trouver Werner Herzog en bad guy venu du froid, le réalisateur allemand a du flair pour les projets en marge, et il y apporte sa présence si impressionnante. D’ailleurs Christopher McQuarrie traite chacune de ses apparitions avec un soin presque maniaque. Et pour ne rien gâcher à la fête, le génial Caleb Deschanel (La Passion du Christ, Killer Joe) livre une photographie d’une beauté à couper le souffle, jouant habilement sur le clair-obscur pour souligner l’illusion des apparences et la bande-son concocté par Joe Kraemer est une petite merveille. Après 30 ans de carrière, Tom Cruise n’a toujours pas fini de nous surprendre

FICHE FILM
 
Synopsis

Un homme armé fait retentir six coups de feu. Cinq personnes sont tuées. Toutes les preuves accusent l’homme qui a été arrêté. Lors de son interrogatoire, le suspect ne prononce qu’une phrase : « Trouvez Jack Reacher. »
Commence alors une haletante course pour découvrir la vérité, qui va conduire Jack Reacher à affronter un ennemi inattendu mais redoutable, qui garde un lourd secret.