Jack le chasseur de géants (Bryan Singer, 2013)

de le 21/03/2013
 
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Avec 8 films en 20 ans de carrière, Bryan Singer n’est pas vraiment le plus prolifique des réalisateurs américains. Et avant de retourner une troisième fois dans le monde des X-Men, il s’attaque avec Jack le chasseur de géants, variation autour de deux contes anglais, Jack et le haricot magique et Jack le tueur de géants. A l’arrivée, on trouve un vrai film d’aventure porté par un rythme qui ne faiblit jamais, une mise en scène de haut vol et de vraies idées, mais affaibli par un manque global d’ampleur et un second degré qui frôle le cynisme. Pas si étonnant après la succession de galères lors de la production.

L’ambition de Bryan Singer est simple : produire et réaliser aujourd’hui un film d’aventure à l’ancienne dans la lignée de Jason et les argonautes et autres classiques impliquant Ray Harryhausen. C’est clairement la tournure qu’il a voulu donner au film dès son implication et la phase de réécriture du script par le fidèle Christopher McQuarrie. De l’autre côté il y a Warner Bros qui finance un film d’aventure familial dont le scénario de base est signé Darren Lemke (Shrek 4, il était une fin…) et David Dobkin, un pur produit de divertissement destiné au plus grand nombre, calibré au possible. Deux approches radicalement différentes qui se télescopent au sein de Jack le chasseur de géants, film bancal qui oscille entre le formatage du blockbuster lambda et l’hommage grandiloquent. On ne pourra pas reprocher à Bryan Singer de ne pas s’appliquer car il met clairement du cœur à l’ouvrage et tente en permanence de donner du souffle à son récit, multipliant les séquences impressionnantes pour assurer un spectacle de qualité. Sauf qu’avec son premier climax arrivant trop tôt, il montre de véritables signes de perte de contrôle de sa narration et semble commencer un nouveau film dans son dernier acte. De ces faiblesses évidentes naît la sensation d’un film certes solide dans sa globalité et qui devrait contenter le plus grand nombre, mais également celle d’un projet pas toujours maîtrisé.

JACK THE GIANT SLAYER

Tout commence pourtant admirablement en choisissant un type d’introduction bien précis fait de légendes. De la même façon que Guillermo Del Toro sur Hellboy II, Bryan Singer a recours à l’animation pour illustrer les récits mythologiques ayant bercé l’enfance de ses deux héros. S’il n’y a rien de bien novateur là-dedans, renforçant encore un peu la drôle de sensation de voir un film sorti trop tard (la production a commencé en 2009), l’effet reste efficace et permet de glisser justement vers le fantastique et l’ampleur des légendes. Il n’y a d’ailleurs rien de novateur nulle part tant Jack le chasseur de géants n’aménage aucune surprise dans sa construction. Tout y est attendu, limpide, tout glisse très bien et les scènes attendues répondent à l’appel. Il y a bien sur quelques morceaux de bravoure qui rappellent que Bryan Singer est loin d’être un manche, qu’il s’agisse de sa gestion des rapports d’échelle entre humains et géants, son sens du spectacle dès qu’il s’agit de filmer une séquence d’action, ou encore son talent pour ménager un suspense. Le plus bel exemple est sans doute la séquence de la première apparition d’un géant dans laquelle le réalisateur récupère à son compte une grammaire de films de monstres et livre un mouvement panoramique assez génial autour de son héros. De la même manière, qu’il s’agisse de la poussée du haricot, de l’attaque des géants ou d’une poignée d’autres scènes d’action, elles bénéficient d’un traitement de haut vol en termes de découpage et de mise en scène, trouvant un véritable impact graphique digne des grands films d’aventure. Malheureusement, ce n’est pas suffisant. Et si tout s’enchaîne à un rythme d’enfer, avec ce faux climax qui relance la machine à un moment donné, pour transformer Jack le chasseur de géants en film de siège – mais le temps d’une péripétie là encore attendue – il est clair que le film manque de puissance.

Jack The Giant Slayer

Un problème majeur qui se traduit à deux niveaux. Il y a tout d’abord ces effets visuels incroyablement ratés. C’est le problème de commencer la production d’un film par les modèles 3D lorsque le film sort 4 ans plus tard. Le visuel des géants possède un train de retard, la plupart des incrustations sont dégueulasses, et la conséquence est immédiate : on n’y croit pas une seule seconde. Pas d’immersion, qui s’ajoute à l’impossibilité de ressentir la moindre sympathie pour Jack, campé par un Nicholas Hoult vide de toute substance. Si l’aventure est bien au rendez-vous, l’héroïsme l’est beaucoup moins avec des enjeux extrêmement basiques et des personnages tellement creux que cela en devient embarrassant. On en vient donc à se pencher sur les personnages secondaires, bien plus intéressants à première vue. Entre un Stanley Tucci qui en fait des caisses en traitre, Ian McShane engoncé dans sa tenue de roi et surtout Ewan McGregor, brillant en noble chevalier, ce sont trois acteurs de gros calibre qui se lâchent complètement. C’est souvent très drôle, parfois répétitif (la construction en miroir de plusieurs scènes y joue pour beaucoup) mais il y a là un léger problème. Jack le chasseur de géants est-il un vrai film d’aventure et d’action à l’ancienne ou est-ce une parodie qui se moque assez ouvertement des comportements héroïques faisant l’âme de ces films ? A plusieurs reprises on sent poindre le cynisme des auteurs (la signature de Shrek évidemment) qui n’aiment peut-être pas tant que ça les histoires de jeunes héros qui sauvent les princesses. Avec ce second degré qui dérange et pose de vraies questions sur l’ambition réelle de ce projet malade, Jack le chasseur de géants balaye sans raison des thématiques fascinantes qu’il n’aborde que le temps de quelques secondes. Les rapports de pouvoir entre hommes et créatures gigantesques, le temps qui transforme les êtres en légendes, tout est à peine survolé au profit d’une bête illustration de la forme cyclique du temps, avec cet épilogue un peu idiot. Bryan Singer fait ce qu’il peut pour capter au mieux l’immensité de ses créatures, mais ce n’est visiblement pas ce film qu’on retiendra de sa drôle de carrière.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsqu’un jeune fermier ouvre par inadvertance la porte entre notre monde et celui d’une redoutable race de géants, il ne se doute pas qu’il a ranimé une guerre ancienne… Débarquant sur Terre pour la première fois depuis des siècles, les géants se battent pour reconquérir leur planète et le jeune homme, Jack, doit alors livrer le combat de sa vie pour les arrêter. Luttant à la fois pour le royaume, son peuple et l’amour d’une princesse courageuse, il affronte des guerriers invincibles dont il s’imaginait qu’ils n’existaient que dans les contes. L’occasion, pour lui, de devenir une légende à son tour.