Irréversible (Gaspar Noé, 2002)

de le 23/05/2009
 
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PARCE QUE LE TEMPS DÉTRUIT TOUT – PARCE QUE CERTAINS ACTES SONT IRRÉPARABLES – PARCE QUE L’HOMME EST UN ANIMAL – PARCE QUE LE DÉSIR DE VENGEANCE EST UNE PULSION NATURELLE – PARCE QUE LA PERTE DE L’ÊTRE AIMÉ DÉTRUIT COMME LA FOUDRE – PARCE QUE L’AMOUR EST SOURCE DE VIE – PARCE QUE TOUTE HISTOIRE S’ÉCRIT AVEC DU SPERME ET DU SANG – PARCE QUE LES PRÉMONITIONS NE CHANGENT PAS LE COURS DES CHOSES – PARCE QUE LE TEMPS RÉVÈLE TOUT – LE PIRE ET LE MEILLEUR

Quand on voit Irréversible il faut garder en tête ces quelques lignes qui expliquent à elles seules toute la démarche artistique de Gaspar Noé, qui bien entendu va bien au-delà du scandale de la projection officielle en séance de minuit au festival de Cannes. Irréversible est la plus belle chose qui soit arrivée au cinéma français, tout simplement.

Provocateur Noé? Même s’il s’en défend c’est une évidence. Mais l’argentin cherche avant tout à provoquer le spectateur, à provoquer chez lui des réactions, car Irréversible n’est pas un film qu’on regarde du coin de l’œil, c’est une œuvre qui demande une implication totale, qui se vit comme une plongée en enfer suivie d’un retour aux cieux, une expérience de cinéma aussi rare que précieuse et qui nous hante encore même plusieurs années après l’avoir vue… des films aussi puissants, aussi hypnotiques il n »en vient que 2 en mémoire. Deux films qui ont pu transporter le spectateur dans un état presque second et après lesquels n’importe quel autre fiction parait bien fade: 2001 l’odyssée de l’espace de Kubrick et Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini, pour leur maîtrise formelle indiscutable et leur propos qui marque à jamais.

Monté comme un gigantesque plan séquence artificiel de 100 minutes, chaque raccord de montage étant dissimulé en post-production, Irréversible impressionne tout d’abord par sa virtuosité technique, qui s’éloigne du naturalisme qu’on avait pu voir dans Seul contre tous. C’est d’ailleurs le personnage du boucher (Philippe Nahon) qui ouvre ici le film dans un dialogue avec le cinéaste maudit Stéphane Drouot. Ensuite c’est la descente aux enfers dans l’antre du Rectum, club gay plus que glauque. Noé a tourné en 16mm pour une liberté de mouvement totale et on peut dire qu’il en profite! La caméra tourne dans tous les sens dans des mouvements complètement irréels, nous dévoilant des images absolument sordides quand elle décide de se poser. Il faut préciser que la mise en scène accompagne complètement le cheminement mental du personnage de Cassel.

En effet plus le film avance, plus on revient dans le passé, plus la folie disparaît et plus les mouvements de caméra se font calmes. Mais dans la première partie le spectateur est vraiment malmené physiquement, on ressent une sorte de vertige nauséeux qui vient autant de l’image que du son (utilisation intensive des infra-basses pour créer le malaise). Le spectacle est très éprouvant jusqu’à la fameuse scène de viol en plein centre du film, summum de violence physique et psychologique, spectacle douloureux pour le spectateur même quand on s’y attend. C’est d’autant plus sordide qu’on se sent impuissant, qu’on en veut à Cassel de l’avoir laissée partir, qu’on est révolté contre ce Tenia (Joe Prestia bluffant dans un rôle pas simple) et qu’on comprend l’erreur faite au début… mais comme le dit très bien Gaspar Noé, un viol ça fait très mal et c’est très long. Sa scène n’a rien de voyeur, c’est simplement l’illustration de l’horreur dont l’homme est capable.

Passée cette scène le film prend une autre tournure et nous laisse enfin respirer, c’est d’ailleurs très intelligent car s’il avait été monté chronologiquement on finirait la séance avec une nausée et une haine terribles. Mais non, le film devient de plus en plus lumineux, drôle, frais, les acteurs s’expriment enfin par des mots! Car c’est là l’un des thèmes principaux, que déclame clairement le personnage de Dupontel, le langage fait l’homme, et dans la première partie du film ces hommes sont devenus des animaux suite au drame… Mais si le film qui avance choque de moins en moins, il devient par contre de plus en plus triste et le final est d’une beauté absolue mais est avant tout bouleversant! C’est l’occasion de préciser même si ce n’est pas nécessaire que le trio d’acteurs est juste magique.

En construisant son film comme une vie, de l’innocence à la barbarie, de l’amour à la haine, Noé dispense un discours tout simplement universel, une vision de l’homme (l’être humain masculin) pessimiste mais malheureusement réaliste… Il n’y rien de fasciste, d’homophobe, il n’y a pas d’apologie de la vengeance… tout n’est que symbolique: l’homme est capable de tout, une simple étincelle peut le faire exploser, chacun de nos actes détermine notre destin, rien n’est définitivement écrit…

Irréversible c’est donc un véritable chef d’œuvre, terme tellement utilisé à tord et à travers qu’il en devient presque dénué de sens mais qui ici prend toute son importance. Un film d’une puissance visuelle et thématique rare, un film très éprouvant physiquement car on le vit à fond, très triste dans son constat,  organique, un film avant tout inoubliable et que le temps, j’espère, ne détruira pas.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une jeune femme, Alex, se fait violer par un inconnu dans un tunnel. Son compagnon Marcus et son ex-petit ami Pierre décident de faire justice eux-mêmes.