Ip Man (Wilson Yip, 2008)

de le 05/03/2010
 
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Le kung-fu se fait rare, depuis le Maître d’Armes en 2006 on n’avait plus grand chose pour se consoler. Mais heureusement Wilson Yip (à qui on doit entre autres l’excellent SPL) qui continue sa collaboration plus qu’intéressante avec Donnie Yen vient remettre un peu d’ordre dans tout ça en livrant un pur moment de bonheur sur pellicule avec ce Ip Man qui confirme tout le bien qu’on pouvait penser de lui depuis son conceptuel Bullets over Summer. En un peu moins de deux heures, il montre qu’un film de kung-fu peut être un grand film tout court et qu’un biopic n’est pas nécessairement ennuyeux et cousu de fil blanc. Car oui, Ip Man est un biopic, ou une sorte de biopic car il s’articule sur une période relativement courte de la vie de l’expert en wing chun qui deviendra plus tard un maître de la discipline, et qui formera la plus grande star de l’histoire du film d’action, Bruce Lee. Et si le film est bien entendu centré sur le personnage, Wilson Yip n’en oublie pas son environnement, car en toile de fond, et même plus au fur et à mesure que le film avance, Ip Man traite d’un des plus grands traumatismes de l’histoire chinoise récente, l’invasion japonaise de 1937. Sujet sensible donc, traité un peu à la manière dont le cinéma américain abuse vis à vis des nazis par exemple, c’est à dire qu’un envahisseur japonais est le diable personnifié et qu’il est mieux mort que vivant. On a l’habitude avec le cinéma chinois peu enclin à la finesse ou au recul quand il s’agit de l’image des nippons. Mais peu importe finalement car on tient là un film de très haut niveau, porté par un acteur en très grande forme et une mise en scène parfaitement maitrisée sur tous les points.

Pour revenir sur ce nationalisme exacerbé et cette forme d’obscurantisme, il faut bien comprendre qu’en ce moment le gouvernement chinois est en train de s’accaparer complètement le 7ème art, glissant ses idées dans beaucoup de nouveaux films (jusqu’à l’outrance avec Founding of a Republic). Cela marque donc un net recul par rapport à l’évolution qu’on avait pu constater entre la Fureur de Vaincre (ouvertement raciste) en 1972 et Fist of Legend en 1994 par exemple, ce dernier nuançant le propos. Ip Man qui se veut entre autres un film historique souffre donc de cette manipulation, mais il a tellement d’autres qualités qu’on lui pardonne bien volontiers, même s’il reste assez loin du niveau du film de Ronny Yu cité plus haut. En fait Wilson Yip, peut-être trop rapidement mis sur le piédestal DU renouveau du cinéma d’action HK, redresse plutôt bien la barre après son Flash Point pas inintéressant mais assez bancal. Tout simplement en arrêtant d’en faire des tonnes, en posant les choses et en traitant son sujet avec sérieux. Car si on peut être légèrement déçu vis à vis de l’aspect historique (très romancé) du film, ou de la construction du récit qui souffre d’une grosse ellipse en charnière centrale, côté action pure c’est un vrai bonheur.

La première moitié du film se concentre sur la vie de Ip Man avant l’arrivée des japonais et nous montre un maître tout en légèreté, richissime, qui semble très heureux mais dont l’abandon total aux arts martiaux sème le malaise dans sa famille. On y voit quelques tranches de vie, on y voit sa femme qui souffre devant le peu d’intérêt qu’il porte à son rôle de père, on y voit surtout un personnage aussi puissant que nonchalant, solide et n’ayant pas le moindre doute sur son niveau, ce qui le rend immédiatement très attachant car montrant un recul déstabilisant envers toute situation dramatique. Le rythme est plutôt bien géré entre le récit linéaire et les combats, nombreux et toujours impressionnants, montrant à la perfection cette force tranquille qui n’a même pas besoin d’attaquer pour mettre ses adversaires au tapis. On trouve également pas mal d’humour qui confirme la légèreté de cette partie.

Mais les choses changent du tout au tout après l’invasion japonaise, le film se fait plus noir, on commence à voir des morts, la photo change et l’humour disparait. Dès lors les combats se font bien plus âpres et violents, Ip Man oubliant le principe de base des arts martiaux qui ne doivent pas faire le mal par vengeance. Mais alors qu’on avait à peine eu le temps d’apercevoir les capacités du Wing Chun qui ne se montrait que sous son jour « défensif » déjà efficace dans la première partie (à part quelques rares mouvements offensifs), ça devient une démonstration assez hallucinante. C’est bien simple, sur l’ensemble du film les combats, et sur ce point cette fois Wilson Yip n’est pas radin, sont exceptionnels. Les chorégraphies au poil de Sammo Hung (qui en tant qu’action director les a sans doute tous shootés) sont magnifiées par un Donnie Yen enfin débarrassé de ses tics d’acting légèrement prétentieux. L’acteur se donne à fond dans ce rôle, déroule des mouvements superbes et surtout impressionne par sa rapidité d’exécution. Il faut le voir enchainer les coups pour bien comprendre la chose mais ça va à une vitesse déraisonnable! De plus Ip Man s’inscrit dans cette veine « réaliste » réapparue depuis quelques temps et qui laisse de côté l’utilisation des câbles afin qu’on y croit, et ça marche.

Le seul point négatif de ces nombreux fights est qu’Ip Man est tellement facile qu’il ne semble jamais mis en danger. Qu’il soit en 1 contre 1 ou en 1 contre 10, il étale tout le monde avec la même aisance, y compris dans le combat final. C’est dommage mais ça reste un plaisir de voir une telle démonstration d’arts martiaux en tous genres, si bien mis en scène. Car c’est extrêmement bien réalisé, et surtout très bien monté, ce qui permet de profiter en détails du moindre mouvement exécuté par des acteurs qui montrent de vraies capacité martiales (en gros on n’est pas devant la jeune génération incapable de lever la jambe). Donnie est impeccable de justesse et étonne même par ses qualités de jeu dramatique, et il éclipse facilement tous les seconds rôles, pourtant tous intéressants. Car que ce soit Simon Yam qui représente la Chine moderne qui s’ouvre à l’industrie et au business avec le reste du monde, Gordon Lam qui symbolise ces chinois tombés dans la collaboration (auto-critique surprenante dans un film à la limite de la propagande) ou le groupe de bandits illustrant une certaine forme de chaos en dehors des villes, tous ont quelque chose à dire et à montrer mais reste en retrait derrière l’image du maître.

Très efficace dans l’action, moins dans la reconstitution historique et dans le drame, Ip Man n’en reste pas moins ce qui se fait de mieux en film de kung-fu depuis le Maître d’Armes. Trop court, on peut attendre la suite avec impatience, elle arrivera sur les écrans hongkongais fin avril.

FICHE FILM
 
Synopsis

Durant les années 1930, Foshan est devenue la capitale des arts martiaux. Les écoles de la ville attirent des disciples toujours plus nombreux en provenance de toute la Chine, mais aucun n’affiche le niveau d’excellence d’Ip Man. Spécialiste de la boxe Wing Chung, ce maître légendaire est bientôt le témoin des violences profanées par l’armée impériale japonaise auprès de la population chinoise. Dans l’espoir de maîtriser son art du combat, le général en chef provoque Ip Man en le forçant à participer à un tournoi d’arts martiaux. Ce défi va permettre au grand maître de rendre aux Chinois leur dignité tout en assurant à la boxe Wing Chun une fabuleuse renommée.