Invictus (Clint Eastwood, 2009)

de le 06/02/2010
 
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A chaque nouvelle année son nouveau film de Clint Eastwood. Avec son rythme plutôt impressionnant de métronome, le maître continue de récolter louanges et admiration dans la presse qui semble devenir aveugle et sourde quand apparait son nom au générique. C’est un évènement bien sur, d’autant plus que le sujet Mandela est important et qu’il n’avait pas encore eu droit à son grand film, Goodbye Bafana étant plombé par une approche bien trop académique et impersonnelle. Et c’est un évènement car à 80 ans chaque film du grand Clint sonne comme quelque chose de rare et précieux, d’autant plus que le précédent Gran Torino bouleversait par ses allures de testament cinématographique. A l’annonce du projet Invictus et à la vue des premières images on pouvait craindre que le réalisateur tombe dans certains travers déjà aperçus par le passé, à savoir une certaine facilité dans l’émotion et le pathos. C’était déjà le cas sur Million Dollar Baby, bouleversant certes à la première vision mais qui fonctionnait sur des effets bien too much pour assommer le spectateur. Et ces craintes se voient confirmées malheureusement. Dire qu’Invictus est un mauvais film serait de la mauvaise foi, mais dire que c’est grand film serait un mensonge. En fait s’il n’y avait pas le nom d’Eastwood au générique on serait sans doute bien moins exigeant, mais devant le réalisateur de monuments tels qu’Impitoyable, Mystic River ou un Monde Parfait, on est en droit d’attendre quelque chose de grand. Là, le fameux classicisme habituellement élevé en modèle montre ses limites, agrémenté de fautes de goûts étonnantes. Grand film humaniste? Non, beau film plein de bons sentiments exécuté sans saveur serait plus juste.

On pouvait s’y attendre, Invictus sonne avant tout comme un véhicule à oscars pour Morgan Freeman. Incarner Nelson Mandela sonne peut-être comme une consécration, d’autant plus que Madiba lui-même avait affirmé qu’il ne voyait aucun autre acteur l’incarner à l’écran. De plus, Freeman a gagné un oscar à chaque composition chez Eastwood, tout est donc réuni. Et avouons-le, sa prestation est remarquable. Le mimétisme entre l’acteur et l’ancien chef de l’état est saisissant, que ce soit sur le plan physique ou celui de l’élocution. Nous ne somme s pas devant une imitation mais une véritable incarnation de ce grand homme. C’est sans surprise, car Morgan Freeman n’a plus à prouver qu’il est un grand acteur, mais on est bien obligé de saluer sa performance. Par contre bien plus surprenante est la composition de Matt Damon!

L’acteur est habituellement assez fade dans ses rôles, ne montrant rien d’exceptionnel même quand il est dirigé par les plus grands. Et ici, on le sent comme galvanisé par le sujet du film au point qu’il en devient très bon, même si son rôle se voit relayé au second plan derrière Freeman bien sur. Transformé physiquement à grand renfort de kilos de muscles, il incarne à merveille le capitaine de la sélection des springboks de 1995. Et si le rugby semble au cœur du film, il est quelque peu masqué derrière la grande histoire, celle d’un homme ayant déposé les armes et qui tente de construire une nouvelle nation presque utopique. Et même si c’est cela qui s’avère le plus intéressant dans Invictus, c’est cet humanisme bien trop appuyé qui constitue son plus grand défaut.

Car en gros ce que nous raconte Eastwood c’est que l’appartheid c’est pas bien, que les blancs et les noirs doivent s’aimer les uns les autres, que le pardon est essentiel et que le sport permet de rassembler un peuple. Ok c’est très beau tout ça mais Clint nous brosse un portrait du leader sud-africain bien trop idéalisé. Les aspects de la stratégie politique et l’utilisation des différents symboles pour guider son peuple sont très bien traités, intelligemment. Mais ce qui semble passer aux oubliettes c’est l’essentiel, à savoir que cette coupe du monde remportée par l’Afrique du Sud chez elle n’aura eu qu’un effet provisoire, et que ce combat de Mandela, aussi louable et génial soit-il sur un plan stratégique, n’aura pas vraiment eu d’effet durable sur le pays qui aujourd’hui encore souffre. A bien y regarder, il semble que Clint Eastwood ait plutôt livré sa déclaration d’amour à un personnage entré dans la légende de son vivant plus qu’un regard objectif. Et paradoxalement, en restant objectif on ne peut pas lui faire tant de reproches que ça.

Eastwood est toujours un conteur hors pair, un directeur d’acteurs capable de miracles et un metteur en scène génial. Cet académisme apparent fera toujours autant d’effet, Invictus reste un film réalisé avec un talent immense. Mais au regard presque mielleux d’un metteur en scène génial aujourd’hui devenu bien sage s’ajoutent des fautes de goût auxquelles nous n’étions pas habitué. Elles se situent tout d’abord du côté de la bande originale. Entre le thème principal qui reprend les premières notes d’O Sole Mio ou une scène d’hélicoptère ponctuée d’un morceau ridicule, on grince parfois des dents. Tout comme lors des scènes de rugby, souvent bien trop molles (surtout si on les compare à l’Enfer du Dimanche d’Oliver Stone) et manquant d’ampleur dans la mise en scène. Reste que malgré ses défauts évidents et surtout la déception venant d’un tel réalisateur qu’on a connu bien plus engagé et rentre-dedans, Invictus est un beau film trouvant parfois un vrai souffle épique mais définitivement mineur dans une filmographie de haut vol.

FICHE FILM
 
Synopsis

En 1994, l'élection de Nelson Mandela consacre la fin de l'Apartheid, mais l'Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique. Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995...