Intruders (Juan Carlos Fresnadillo, 2011)

de le 07/01/2012
 
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Quand un réalisateur surdoué qui s’est permis en seulement deux films, le percutant Intacto et l’énorme 28 Semaines plus tard qui faisait tranquillement la nique au premier opus de Danny Boyle, décide de se pencher sur un conte fantastique avec un casting international et une campagne d’affichage qui est déjà la plus belle de l’année, il y a de quoi nourrir de gros espoirs. Première production Apaches Entertainment, jeune compagnie qui possède dans ses cartons les prochains films de Juan Antonio Bayona (The Impossible) et Nacho Cerdà (I am Legion), Intruders traîne pourtant dans un tiroir depuis quelques mois, sans raison apparente. À la vision de la chose on comprend beaucoup mieux. On est face à un inexplicable ratage. Juan Carlos Fresnadillo n’est pas le plus grand réalisateur de la nouvelle vague espagnole mais s’est affirmé grâce à un style marqué et une certaine originalité. Avec Intruders, il se noie complètement sous une tonne de référence sans jamais s’en démarquer. Il ne signe pas un film foncièrement mauvais, malgré des choix franchement douteux, mais sans aucune personnalité ou style. Une vulgaire série B très oubliable.

Sur le papier, Intruders s’inscrit dans la « tradition » du cinéma de genre espagnol en alignant un récit qui fait la part belle à la famille au sens large et un conte fantastique. Quelque part entre le cinéma de Guillermo Del Toro et celui de M. Night Shyamalan auxquels on pense en permancence. Dans l’idée, il y a quelque chose de formidable en faisant de la peur, la vraie issue de l’enfance, quelque chose de transmissible de façon héréditaire. Difficile de comprendre pourquoi on obtient au final un film si mineur. Rien ne vient jamais élever ce point de départ. On navigue entre deux temporalités qui ont tendance à se croiser et à créer une confusion narrative jusqu’à une révélation finale aussi grotesque que visible à des kilomètres. C’est sans doute ce qui devait se passer en embauchant deux scénaristes habitués aux comédies et comédies romantiques : ils ne comprennent pas grand chose au fonctionnement d’un thriller fantastique. Et il ne suffit pas de parsemer le film de séquences puisées dans l’inconscient cinéphile mondial pour en faire quelque chose de solide. Intruders ne fonctionne pas. Qu’il reprenne des figures des Autres ou de The Wicker Man, mariant ainsi les traditions hispaniques et britanniques (d’ailleurs les deux récits se déroulent en Espgne et au Royaume-Uni), le film peine à s’imposer sur chacun de ses essais. La peur, au centre du récit, en étant même son moteur principal, est aux abonnés absents pour le spectateur. Certes on ne peut que féliciter Juan Carlos Fresnadillo de ne pas céder à la mode du jump scare ou du style documenteur, de tenter de créer une ambiance fantastique, n’essayer d’approcher l’onirisme romantique de ses aînés, mais malgré tous ses efforts bien réels il échoue sans qu’on puisse trouver de véritable explication, si ce n’est une qualité d’écriture franchement médiocre qui annihile l’essentiel, à savoir l’émotion. À moins que tout simplement, il ne soit pas un réalisateur capable de s’adapter à ce style si particulier qu’est le conte fantastique, qu’il soit seulement à l’aise dans quelque chose d’énergique et brutal.

La faute sans doute également à toute la petite famille d’acteurs réunis autour du projet. Sur le papier c’est la grande classe mais à l’écran on ne comprend pas. Clive Owen en fait des tonnes pour pas grand chose, Daniel Brühl est complètement à côté de la plaque dans un rôle digne d’un direct-to-video bulgare tandis que Carice van Houten, pourtant si douée, est carrément transparente. On sauvera l’interprétation de la jeune Ella Purnell qui confirme tout le bien qu’on pensait d’elle avec son rôle de Keira Knightley jeune dans Never Let Me Go, mais c’est bien peu pour se consoler. Et tout cela est bien dommage car visuellement, Intruders a plutôt de la gueule. Juan Carlos Fresnadillo n’est pas un manche et sait construire des images très évocatrices, même s’il a toujours cette fâcheuse tendance à agiter sa caméra dans tous les sens quand il filme de l’action. Toutes les séquences d’attaque montrent ainsi une forte personnalité, une vraie brutalité, mais sont parfois illisibles. La photo signée Enrique Chediak (28 Semaines plus tard et 127 Heures) est sublime, sans surprise, le look de la créature/boogeyman est également très réussi même si les SFX sont parfois limite. De même que la composition de Roque Baños, collaborateur et alter ego d’Álex de la Iglesia, qui fait encore un boulot remarquable. Tout ou presque était réuni pour une réussite et il est malheureusement impossible de ressentir la moindre peur, la moindre véritable tension ou le moindre émerveillement devant Intruders. Cruelle déception quand on voit certaines fulgurances qui parcourent ce film…

FICHE FILM
 
Synopsis

Bien qu’ils appartiennent à des mondes culturellement et géographiquement distincts, deux enfants, Juan (Izán Corchero) en Espagne et Mia (Ella Purnell) en Angleterre, reçoivent chaque nuit la visite d’un intrus sans visage, un individu terrifiant qui cherche à prendre possession de leur être. Sa présence devient de plus en plus oppressante, s’immisçant petit à petit dans leur quotidien et celui de leurs proches. L’angoisse atteint son paroxysme quand leurs parents deviennent eux aussi témoins de ces apparitions.