Intouchables (Eric Toledano et Olivier Nakache, 2011)

de le 19/09/2011
 
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François Cluzet en bourgeois tétraplégique, Omar Sy en assistant banlieusard, le duo de réalisateurs Toledano/Nakache devenu en 3 films (Je préfère qu’on reste amis…, Nos jours heureux, Tellement proches, notez comme les titres sont de plus en plus courts) la coqueluche du public, une histoire vraie poignante, il n’en fallait pas plus pour qu’Intouchables deviennent dès son tournage un des plus gros buzz de l’année pour le cinéma français, bien aidé par une savante stratégie marketing. Tellement savante, avec tellement de retours enthousiastes des stars de l’internet – ceux qu’on nomme blogueurs influents, pour qui le cinéma n’est qu’un sujet d’info comme un autre, et qui dégainent le terme « chef d’oeuvre » à chaque projection en amont chez un distributeur – qu’il y avait de quoi créer un sérieux doute quant à la qualité réelle du produit fini. À la vision de la chose, deux conclusions immédiates : tout d’abord, comme d’habitude leur rôle de prophètes modernes les a fait s’emballer, et donc non Intouchables n’est pas un chef d’oeuvre. Ensuite, il faut bien avouer qu’il s’agit d’un très bon film, et que ses qualités ne se situent pas vraiment là où elles semblent évidentes.

Les réactions au film sont déjà prévisibles. Le sujet est magnifiques, c’est un combat pour la vie, c’est le destin hors du commun de deux hommes qui vont se sauver mutuellement, Omar Sy est surprenant dans un rôle presque à contre-emploi, François Cluzet est à nouveau magistral, c’est beau, touchant, fort… et tout cela est tout à fait vrai. Sauf que ce n’est pas ce qui fait d’Intouchables un film réussi, tout cela n’a jamais fait un film réussi d’ailleurs. Si Intouchables fonctionne si bien, c’est qu’il s’agit d’un film intelligemment écrit et mis en scène, et s’il s’agit là de deux éléments techniques à priori essentiels à toute oeuvre destinée aux salles obscures, il faut bien avouer qu’ils sont généralement mis de côté, sacrifiés devant la toute puissance d’un sujet inattaquable ou d’acteurs stars. Intouchables nous frappe d’entrée de jeu par ses choix audacieux. Et si tout le film n’est pas tout à fait à ce niveau d’excellence, la séquence d’ouverture est une idée tout simplement géniale. Il fallait oser l’ouvrir ce film là sur une course poursuite en Maserati, ils l’ont fait et c’est brillant. En contrepoint couillu à une exposition classique comme on en voit tous les mercredis sans plus jamais être surpris, cette séquence qui semblerait presque hors sujet va pourtant poser à la fois tous les enjeux du film, et essentiellement la relation bien spéciale entre Philippe et Driss, mais également donner le la pour tout ce qui va suivre. Tout le tempo du film, toute la construction dramatique, découle de ces quelques minutes incroyables. On va ainsi courir après cet évènement, qu’on devine immédiatement comme un flashforward, tout en se laissant emporter par le reste, l’habillage. Et si l’ensemble n’atteint jamais ce souffle là, aussi bluffant d’un point de vue rythmique que de mise en scène, on retrouve ce ton libre à plusieurs reprises, déguisé sous d’autres formes. Un anniversaire austère avec un concert de musique classique qui vire au délire avec du Earth, Wind and Fire, ou une absence quasi totale de mouvement qui devient un élégant travelling circulaire, un retour en banlieue caméra au poing et longue focale en nuances de gris… tout Intouchables est ainsi parsemé de moments de pur cinéma qui dépassent encore le simple point de vue sur cette histoire certes extraordinaire mais à elle seule n’aurait jamais suffi à tenir un bon film.

Cette volonté de faire du cinéma tout en racontant une histoire éminemment populaire mais jamais racoleuse, elle se ressent en permanence et, avouons-le, fait plaisir à voir. Ce n’est pas pour rien que Toledano et Nakache ont fait appel à Mathieu Vadepied, c’est tout de même lui qui avait trouvé celle, merveilleuse, de Sur mes lèvres de Jacques Audiard. Tout n’est pas rose bien sur, et on sent parfois revenir le spectre d’un cinéma français manquant d’ambition, mais il y a suffisamment de promesses pour convaincre. D’autant plus qu’Intouchables est une petite merveille d’écriture, avec des personnages qui tiennent la route dans leur caractérisation et leur évolution, que le mélo est en permanence sabordé par l’humour, que les gags ou effets humoristiques osent beaucoup de choses et transgressent facilement quelques tabous (outre des blagues sur les handicapés, les habitant s de Dunkerque caressés dans le sens du poil depuis un certain succès populaire en prennent pour leur grade), que c’est franchement drôle et que quand l’émotion est là, on y croit tout simplement. La rencontre entre deux acteurs fonctionne merveilleusement, Omar Sy gardant un pied sur la pédale de frein pour ne pas en faire trop et François Cluzet en permanence dans la rage explosive qu’on lui connait mais forcément contenue et cristallisée dans son regard. Ça fonctionne un peu comme par miracle, et c’est une vraie belle surprise.

FICHE FILM
 
Synopsis

A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se téléscoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables.