Into the Wild (Sean Penn, 2007)

de le 19/01/2008
 
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Il n’est plus nécessaire de vanter les qualités d’acteur de Sean Penn, il a largement fait ses preuves, et depuis longtemps, chez les plus grands réalisateurs. Il en est de même pour Sean Penn réalisateur… En à peine trois films brillantissimes il a prouvé qu’il était de la race des grands, un artiste écorché vif souvent bouleversé par ses émotions, et qui réussit à partager ses sentiments avec le spectateur. Là où Into the Wild surprend dans la démarche artistique du réalisateur c’est dans le ton du film. En effet ses trois précédents films étaient tout de même très noirs et pessimistes, avec des personnages à fleur de peau et très borderline. Ici le personnage central, malgré son anticonformisme, semble n’avoir ni perdu la raison ni être un rebelle qui en veut au monde entier. C’est juste quelqu’un qui voit le monde d’une façon différente et qui ne se trouve pas chez lui dans l’Amérique moderne, gouvernée par le matérialisme. Un brin démagogique c’est vrai, mais on peut le voir simplement comme utopiste, une sorte de vision hippie moderne mais qui n’est jamais glorifiée.

Filmé sous forme de road-movie, avec tous les passages obligés que cela entraine, Into the Wild est plus une quête spirituelle souterraine, un réapprentissage des valeurs fondamentales oubliées par l’être humain, la vision d’un jeune idéaliste qui se marginalise peu à peu non pas seulement par son mode de vie mais surtout par son détachement progressif de la civilisation. Et cela se traduit essentiellement dans sa relation aux personnes qu’il croise, auxquelles il peut se lier, mais surtout à à sa famille. La famille est d’ailleurs une fois de plus au coeur du récit, comme toujours chez Sean Penn, une famille loin des clichés du cocon parfait où tous les membres sont heureux. On est très loin de la famille américaine modèle qui peuple le cinéma américain depuis bien longtemps.

En choisissant de n’être jamais voyeuriste ou complaisant, en évitant de sombrer dans le mélodrame facile et m’as-tu vu, Sean Penn réalise son plus beau film dans le sens où il s’agit du plus accessible et universel, le plus émouvant aussi, clairement. Son oeuvre est parsemée de passages émotionellement douloureux (le dernier regard de Charles Bronson dans Indian Runner, le dîner entre Jack Nicholson et Anjelica Huston dans Crossing Guard… et tant d’autres!) mais ici, tout est tellement naturel que les émotions sont comme démultipliées. Non seulement on reste rêveur devant ces paysages magnifiques dignes du National Geographic, on est émerveillés et amusés par les diverses rencontres de Chris, mais en plus on vit vraiment son périple, et on se dit qu’on aimerait avoir son courage pour se lancer dans une telle aventure. Into the Wild dépasse le cadre du cinéma et c’est pour cela que le film est si beau. Et que dire de la prestation incroyable du jeune Emile Hirsch qui trouve un très grand rôle et s’en sort brillamment face à un casting en tous points exceptionnel.

Into the wild est un superbe film c’est certain, mais c’est un film qui vous hante et qui vous fait réfléchir sur ce qui compte vraiment. Ainsi Sean Penn réussit non seulement son passage au conte initiatique et au road-movie naturaliste, après des films très noirs, mais il prouve qu’il n’est pas cantonné dans un genre ou un état d’esprit. Son film est d’une beauté rare malgré une morale parfois un peu facile sur la fin. C’est une leçon de vie avant tout, en plus d’être techniquement très maîtrisé.

FICHE FILM
 
Synopsis

Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui. Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres. Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.