Insidious (James Wan, 2010)

de le 23/05/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Un sous Poltergeist qui veut retourner les codes du film de maison hantée et d’exorcisme pour ne finalement que répéter les figures éculées du passé. James Wan se vautre complètement, et pour la première fois. Il signe un film jamais effrayant, alternant le beau et le très moche, et souvent hilarant. Insidious est un objet assez grotesque parcouru de fulgurances, la présence d’Oren Peli y est sans doute pour beaucoup, dans l’échec.

On l’aime bien James Wan. Après le très malin Saw et la machine à fric que la saga est devenue, après le classique gothique mais bien troussé Dead Silence, après un des meilleurs films de vigilante, Death Sentence, on l’attendait de pied ferme. Pour l’occasion il revient avec Insidious, film d’horreur avec lequel tous les espoirs étaient permis. Sauf qu’avec le nom de James Wan d’autres noms présents sur l’affiche nous avaient échappés, à moins que notre œil avisé les ait occultés assez logiquement. L’affiche française les met bien en avant, « par les créateurs de Paranormal Activity » ou comment transformer un projet un peu alléchant en une catastrophe annoncée. D’ailleurs, on se demande encore comment la plus grosse arnaque du cinéma d’horreur contemporain peut être ainsi portée en modèle. Quoi qu’il en soit, le film risque bien de faire un carton, à moins que les spectateurs ouvrent un peu les yeux, et accessoirement se penchent sur les classiques du cinéma d’horreur qui rendent Insidious tout à fait insignifiant et indigne de tout intérêt. Insidious c’est comme un best-of grotesque de tout ce qui a déjà été fait, un film qui n’apporte rien, ne fait pas peur, mais devient assez amusant dans sa dernière partie surréaliste.

Les phénomènes paranormaux et les maisons hantées ont la côte au cinéma, comme ce fut le cas à plusieurs reprises dans l’histoire du cinéma d’horreur après les jalons de La Maison du diable, Amityville ou Poltergeist. Et dans la série des ersatz obligatoires Insidious fait figure d’outsider tant il en fait des tonnes pour exister sans jamais rien amener de nouveau. Loin d’être inintéressant, il excite tous les amateurs de films d’horreur sans qu’on sache trop pourquoi. James Wan entre dans une recherche permanente d’effets chocs extrêmement faciles aboutissant sur ce qui ressemble un peu trop à une vilaine resucée de Poltergeist mise en scène par un frimeur trop sur de son coup. Dans toute sa première partie, il confond carrément sobriété avec vide intersidéral pour lancer son film sur les traces de la purge d’Oren Peli. En gros il filme le néant dans une image numérique assez moche et joue la carte de la frustration horrifique (on attend en permanence qu’il se passe un truc) en plus de la menace invisible (relativement bien traitée en quittant parfois le cadre fermé de l’intérieur de la maison). Tout cela est sans doute bien sympathique pour quiconque n’a jamais vu un film de maison hantée. Puis Insidious devient une sorte de film de possédé et met en scène ses fantômes, citant pour l’occasion, et à grand renforts de plans empruntés et de jumps scares trop attendus, tout un tas de classique du genre, de Ring à Les Autres, soit deux références évidentes de films de fantômes japonais et espagnols qui ne sont jamais sublimées, bien au contraire. Avec l’apparition d’un boogeyman bizarre avec le visage de Darth Maul et les griffes de Freddy Krueger, Insidious vire dans sa narration qui change de point de vue, fait resurgir des démons du passé et tente la carte du drame de l’enfance appliqué à l’épouvante présente. Pourquoi pas, l’idée est bonne, sauf que James Wan oublie l’essentiel dans son film d’horreur.

Insidious ne fait PAS peur. Il peut faire sursauter, par ses quelques agressions sonores, mais la peur au cinéma ce n’est pas ça. Donc merci de ne pas comparer cette chose à Shining ou à L’Exorciste, qui sont des monuments de terreur absolue quand le film de James Wan joue sur la peur fugace, celle qui s’efface une fois le jumpscare passé. Et pour enfoncer le clou du grotesque, il incruste dans son récit deux personnages totalement débiles. Apporter un contrepoint humoristique dans un film effrayant pourquoi pas, sauf que ce n’est pas le cas ici et cette idée lamentable enfonce Insidious dans le grotesque absolu. Une sorte de vaste blague assez drôle parcourue de séquences surréalistes (la séance de spiritisme au masque à gaz, du grand n’importe quoi).

Et tout ça pour aboutir sur un dernier acte qui élève la chose au rang de film le plus barge de l’année. Un passage à travers le miroir transforme Patrick Wilson en Alice moderne et le plonge dans un monde assez incroyable aux couleurs criardes, comme si Terry Gilliam avait décidé de rendre un hommage à Jodorowsky à travers un film d’horreur avec une bonne dose d’acide. C’est assez nul mais tellement outrancier et visuellement violent qu’on peut y prendre un certain plaisir. C’est bien maigre toute fois, et ça ne rattrape jamais cet échec qui ne dépasse jamais le statut d’hommage maladroit et trop appuyé à tous les cinéma d’horreur du monde. James Wan a du talent, mais pas celui de synthétiseur. Heureusement il a plutôt bien choisi ses acteurs et il reste doué pour la mise en scène, mais il gâche ici son talent.

FICHE FILM
 
Synopsis

Josh, son épouse et leurs trois enfants vivent depuis peu dans leur nouvelle maison lorsque l’aîné tombe dans un coma inexpliqué. Étrangement, une succession de phénomènes paranormaux débute peu après. Un médium leur révèle alors que l’âme de leur fils se trouve quelque part entre la vie et la mort, dans la dimension astrale, et que les manifestations sont l’oeuvre de forces maléfiques voulant s’emparer de son enveloppe corporelle. Pour le sauver, Josh va devoir lui aussi quitter son corps et s’aventurer dans l’au-delà ...