Il reste du jambon ? (Anne Depétrini, 2010)

de le 15/10/2010
 
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Parfois un simple titre crie fort au spectateur de rester très loin d’un film. Il Reste du Jambon? n’est pas loin d’être le pire titre de l’année, ni drôle, ni original, il n’évoque rien, il est juste nul. Autant dire que pour un coup d’essai Anne Depetrini ne part pas de la meilleure façon qui soit, mais ce titre ridicule reste finalement assez raccord avec le film dans son ensemble, mauvais et maladroit. On sent bien qu’elle partait de très bonne intentions, même si un brin nombrilistes : parler d’elle et de son couple avec Ramzy Bedia, ici acteur de son presque propre rôle. C’est vrai qu’il est plutôt intéressant le thème des couples d’origines et cultures différentes, même si déjà traité en mieux, par exemple dans Mauvaise Foi de Roschdy Zem qui était bien plus intelligent. Bonne idée également de tourner en ridicule tous les clichés possibles sur les musulmans et sur les racistes, sauf que les manipuler s’avère délicat et nécessite clairement un certain savoir-faire. Chose qu’Anne Depetrini ne possède apparemment pas tant son film pue la beaufitude alors que ses intentions sont évidemment à l’opposé. On appelle ça un traitement tellement maladroit qu’il ruine des intentions louables. Il Reste du Jambon? est un film insupportable, pas drôle, mal joué et mis en scène mollement. Difficile de commencer une carrière de réalisatrice plus mal…

On assiste assez médusé à une énième romance sans intérêt qui suit comme d’habitude le même éternel schéma complètement artificiel et surréaliste. Ils se rencontrent de façon improbable, tombent tout de suite amoureux, vivent le parfait grand amour, puis se fâchent pour une grosse brouille qui viendrait à bout de n’importe quel couple réel mais se réconcilient bien sur car dans une comédie romantique, française de surcroît, il est impensable de voir ce genre d’histoire misérable mal se finir. À vrai dire on s’ennuie rapidement car il ne se passe pas un seul moment sans qu’on se dise que tout ce qui est à l’écran ne tient pas la route. Pourtant il y a des éléments à priori concrets puisque tirés du vécu, mais à aucun moment on n’arrive à y croire tellement c’est mauvais. Alors l’histoire d’amour entre la française « blanche » animatrice de TV et le docteur d’origine algérienne on ne se sent jamais impliqué dedans car elle repose sur une rencontre débile et une attirance improbable tant elle est soudaine et intense, mais on garde l’espoir de passer un petit moment de rigolade car Il Reste du Jambon? est sensé être une comédie de moeurs. Mais là encore c’est raté…

Il y a le potentiel pour faire sourire le spectateur à peu près 4 fois grâce à des gags très cons qu’on apprécie d’autant plus que le reste du temps on se demande un peu ce qu’on fait dans la salle, assommé par tant de bêtise. Pourtant il semblerait que l’humour beauf, ici élevé au sommet, possède un vrai public. Difficile de dire ce qui est le plus triste, qu’on assiste à un spectacle aussi incongru de blagues racistes et réacs ou qu’il y ait un public pour en rire? Il parait évident qu’à la base Anne Depetrini ne souhaitait pas que son film tombe là-dedans, mais sa maladresse est telle qu’on en est là, un peu comme l’humour moche de Pédale Dure par rapport à la communauté gay, une sorte de summum de beaufitude dégueulasse et difficile à accepter en tant que spectateur un minimum exigent avec l’humour. Ajoutons à ça des blagues carrément en langue arabe et donc incompréhensibles pour qui ne parle pas la langue et on obtient un truc pas drôle. Pourtant la première apparition de Ramzy en médecin urgentiste nous rappelait à quel point il pouvait être drôle dans la série H, mais non il ne s’agit que d’un faux espoir. Il reste du Jambon? manque non seulement d’humour intelligent, cruellement, mais ne parvient jamais à faire passer son message de tolérance.

On ne va pas s’attarder sur la mise en scène d’Anne Depetrini, débutante qui ne fait ni plus ni moins que d’appliquer la recette d’une bonne série TV franchouillarde sans style ni flamboyance, le minimum syndical qui ne brille jamais vraiment. S’il y avait bien quelque chose sur quoi on pouvait miser c’était le casting. Ramzy à contre-emploi (même s’il a déjà eu un rôle assez sérieux dans Steack), Anne Marivin dans un premier rôle, le duo de Tout ce qui Brille Leïla Bekhti et Géraldine Nakache, le couple Jean-Luc Bideau et Marie-France Pisier… des belles promesses qui n’aboutissent sur rien de bon car ils sont tous mal dirigés à l’exception de Anne Marivin relativement juste dans son jeu. Les autres tombent dans une accumulation de clichés qui rend leurs personnages agaçants et inintéressants au possible, à tel point qu’on s’en fout, tout simplement. Et ce ne sont pas les apparitions éclairs d’Eric Judor ou des insupportables Kaïra Shopping qui sauvent la chose.

[box_light]On pouvait s’en douter à la lecture du titre, Il Reste du Jambon n’est pas un bon film, pas bon du tout. À vouloir jouer avec tous les clichés possibles et imaginables pour proposer un propos acide sur le racisme ordinaire dans les familles, Anne Depetrini se plante assez lamentablement. Son premier film transpire l’humour beauf et la blague pas drôle, le gag gras et les personnages stéréotypés agaçants. On ne rigole jamais vraiment, mais pire le message ne passe pas. Trop artificiel, trop maladroit, Il Reste du Jambon? est un essai manqué, un film qu’on espère vite oublier et qui passe bien loin de la recette d’un succès populaire auquel il aspire.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque Justine Lacroix, charmante journaliste télé cantonnée à la rubrique « chiens écrasés » rencontre un séduisant chirurgien urgentiste, c’est tout de suite le coup de foudre…Et le début d’une grande histoire d’amour. La jolie blonde parisienne et le grand brun de Nanterre deviennent vite inséparables, mais il y’a juste un petit détail que Justine a oublié de prendre en compte : l’homme qu’elle aime est… Arabe, enfin « français issu de l’immigration ». Un détail pour Justine et Djalil mais pas pour leurs familles respectives, les Lacroix et les Boudaoud…