I Wish – nos vœux secrets (Hirokazu Koreeda, 2011)

de le 07/04/2012
 
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Après son aparté Air Doll qui revisitait intelligemment le mythe de Pinocchio, cet artiste majeur du cinéma japonais contemporain qu’est Hirokazu Koreeda revient avec I Wish – nos vœux secrets à ses basiques. De Maborosi à Still Walling, en passant par le surpuissant Nobody Knows qui l’aura assis comme un cinéaste essentiel, Hirokazu Koreeda n’a eu de cesse d’explorer le thème de l’absence. Cela a donné lieu à autant de moments magiques que bouleversants chez ce réalisateur un peu trop rare (8 films en 17 ans) qui renoue cette année avec un de ces autres thèmes favoris, l’enfance. Avec I Wish – nos vœux secrets, petit film fragile et fable à taille d’enfant, aventure familiale et conte à base d’héritage entre tradition et modernité, Hirokazu Koreeda marque à nouveau de son empreinte ce si beau jeune cinéma japonais et propulse toute une bande de jeunes acteurs absolument formidables.

I Wish – nos vœux secrets, titre un peu plus terre-à-terre que le titre original Kiseki (奇跡 qui signifie littéralement « miracle »), c’est un peu l’histoire des jumeaux du bout du monde revisitée. Deux frères éloignés par des parents qui ont cessé de s’aimer, deux « victimes » d’une société qui s’occidentalise. Hirokazu Koreeda ne cherche pas vraiment à faire la leçon au spectateur sur ce point, mais cette idée d’un Japon qui peu à peu s’ouvre et se perd se retrouve en toile e fond de son cinéma, à la manière de ses contemporains. C’est pour cela que dans ce film il va en permanence jouer avec ces thèmes d’héritage et de culture, en plus de celui, fondamental, de l’absence du frère. Comme toutes les belles fables, I Wish – nos vœux secrets est nourri de symbolique et de temps forts qui n’en ont pas l’air. Des moments hors du temps, des zones en apesanteur, au sein d’un ensemble finalement assez classique. La trame générale du film est ainsi sans grande surprise et marque une quête identitaire qui puise son originalité dans la multiplicité des personnages. Ainsi, ce qui semblait être l’histoire de deux gamins et de leur rêve de se retrouver ensemble, de reconstruire le noyau familial évaporé, prend la forme d’une aventure collégiale. De ces regards enfantins pleins d’espoir sur l’avenir, qui pourraient très bien sortir d’une production Amblin ou de Stand by me, Hirokazu Koreeda capte des choses essentielles et merveilleuses sur le monde de l’enfance mais également sur l’entrée dans le monde des adultes. Là encore, pas vraiment de surprise, Hirokazu Koreeda décide de confronter ces enfants et leur approche du monde à la réalité des adultes, pour les faire tout simplement grandir. Et il traite le sujet avec suffisamment de délicatesse et de bienveillance, ainsi que de naturel, qu’il évolue sans cesse entre le conte de fées surréaliste et la fable naturaliste. Il oppose deux frères au raisonnement et au caractère résolument différent qu’il construit déjà à partir de cette notion d’héritage. Le cadet est chez son père adulescent musicien tandis que l’aîné est chez sa mère et ses grand-parents, une éducation plus traditionnelle. dans la première partie de son film, Hirokazu Koreeda oppose ainsi très clairement deux philosophies de vie et d’éducation, avec d’un côté la « famille », même si elle est privée du père, et de l’autre la tribu, ainsi que leur influence sur l’enfance. Il met ainsi en exergue un Japon tel qu’on le voit assez peu, en analysant à travers les yeux d’un enfant l’évolution du monde adulte et du concept de famille, avec une mère esseulée, un père qui refuse de grandir, un grand-père à la recherche des saveurs de sa jeunesse… et tout ce ci s’avère très touchant. C’est dans sa seconde partie que I Wish – nos vœux secrets quitte la fable sociale pour l’aventure. Un road movie d’enfants, en train, à pied, une quête du miracle.

Hirokazu Koreeda parvient à illustrer un concept totalement abstrait et que peu ont réussi à capter, le fameux lien invisible entre frères. Il l’approche dès le début jusqu’à ce qu’il semble s’imprimer à l’écran lors d’une scène magnifique où les deux frangins parlent enfin. Tout d’un coup, dans une sorte de bulle temporelle, présent, passé et futur se mêlent comme par magie. Tout est là, malgré l’éloignement l’amour fraternel, le lien du sang, ce cordon invisible ne sera jamais brisé et les vœux secrets peuvent prendre une autre ampleur. Film bâti sur des personnages profondément bons, sans être niais, I Wish – nos vœux secrets développe ainsi quelque chose de puissant sur la construction de l’adulte à travers l’enfant, sur la vie au sens large et ces petites choses qui en font une grande aventure. Au moment où ils vont pour réaliser leur miracle, là encore purement symbolique, Koichi et Ryunosuke ont fait un énorme pas en avant. Parcouru de vrais moments de grâce, de flashbacks toujours à leur place et de rencontres magnifiques qui sont autant de visions de la société japonaise et de l’idée de famille, I Wish – nos vœux secrets évolue ainsi bien au-delà de la simple fable. Parfois naïve, parfois cruelle, la philosophie qui s’en dégage demeure toujours saine, et notamment dans la bienveillance des aînés vis-à-vis de leurs enfants. Entre le grand-père qui aide les enfants à sécher les cours, le père au leitmotiv « il faut qu’il reste de l’inutile dans le monde » et tous ces petits moments magiques, le film de Hirokazu Koreeda est un petit bijou. D’autant plus qu’il aborde ses sujets en y mettant les formes. Entre héritage classique du cinéma de Mikio Naruse ou Yasujirō Ozu et sonorités du cinéma indépendant américain, I Wish – nos vœux secrets adopte jusqu’au bout son idée de mélanger tradition et modernité, porté par Hirokazu Koreeda qui soigne ses cadres et cale sa mise en scène sur les compositions aériennes de Quruli. Il se révèle à nouveau un merveilleux directeur d’acteurs, et trouve avec les deux frères Maeda des supports formidables, entre rage contenue (les visions du volcan de Koichi) et insouciance magnifique. Quel beau film.

FICHE FILM
 
Synopsis

Au Japon, sur l’île de Kyushu, deux frères sont séparés après le divorce de leurs parents. L’aîné, Koichi, âgé de 12 ans, part vivre avec sa mère chez ses grands-parents au sud de l’île, tout près de l’inquiétant volcan Sakurajima. Son petit frère, Ryunosuke, est resté avec son père, guitariste rock, au nord de l’île. Koichi souhaite par-dessus tout que sa famille soit à nouveau réunie – même si cela doit passer par l’éruption dévastatrice du volcan ! Lorsqu’un nouveau TGV relie enfin les 2 régions, Koichi et son jeune frère organisent clandestinement un voyage avec quelques amis jusqu’au point de croisement des trains, où un miracle pourrait, dit-on, se produire… Verront-ils se réaliser leurs vœux secrets ?