I Love You Phillip Morris (Glenn Ficarra & John Requa, 2009)

de le 23/01/2010
 
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Ne surtout pas se fier à l’affiche française qui va bientôt fleurir dans les couloirs du métro, I Love You Phillip Morris n’a rien d’une nouvelle Cage aux Folles. Oui c’est un film très « gay », parfois même follement gay, mais c’est surtout un film finement écrit, à l’humour tranchant et aux dialogues ciselés. Bien sur il y a un certain côté vilain garnement provocateur, c’est une évidence. Faire un film sur un sujet qui aujourd’hui encore choque la grande Amérique puritaine (mais pas que, c’est triste), avec deux grands acteurs comme Jim Carrey et Ewan McGregor, et présenter le tout dans un festival aussi suivi par les médias que celui de Cannes, c’est à la fois très osé et génial. Mais I Love You Phillip Morris c’est bien plus qu’un simple pied de nez à cette société intolérante, c’est une œuvre complète dans laquelle se croisent plusieurs genres. Ainsi si l’angle principal est celui de la comédie, il s’agit également d’une comédie dramatique parfois poignante, d’une véritable romance qui dépeint l’extrémisme du romantisme, et du portrait flamboyant d’un arnaqueur de génie! Le tout porte la mention incroyable « histoire vraie » qui rend la chose assez hallucinante tout de même. En tout cas, il s’agit encore d’une bien belle surprise, malgré sa réputation déjà flatteuse.

La grande force du film est quand même de réussir à relayer au second plan ce qui est eu premier plan à l’écran. Car si l’homosexualité est bien au centre du film et donne même lieux à des gags, avouons-le, très drôles, on l’oublie rapidement. Oui on voit deux mecs qui s’aiment, qui s’embrassent, qui couchent ensemble, mais il pourrait très bien s’agir d’un couple hétéro que ça ne changerait pas grand chose au film, si ce n’est la petite provoc mentionnée plus haut. Et le côté « folle » de Jim Carrey (jusque dans sa garde robe, tout ce qu’il y a de plus cliché chez Versace) ne tombe justement pas dans le stéréotype à deux balles, c’est l’extension logique de son tempérament de passionné, extrême dans tout ce qu’il fait! On pouvait se douter avec leur scénario pour Bad Santa que Glenn Ficarra et John Requa étaient plutôt adeptes de l’humour irrévérencieux, ils le confirment ici tout en dévoilant un véritable talent de metteurs en scène, de conteurs et de directeurs d’acteurs.

Ils réussissent tout d’abord à nous brosser, à plusieurs reprises au cours du film, un portrait grinçant de la société américaine. L’american dream, la famille modèle… ils font voler tout cela en éclats sans se soucier de la sacro-sainte bonne morale, ce qui a valu au film de grosses difficultés pour trouver un distributeur. Et chose rare, nous pouvons dire un grand merci à Luc Besson qui s’est investit dans le projet. Mais ce n’est pas tout, car I Love You Phillip Morris n’est pas une simple comédie comme on en voit tellement et qui sont plus ou moins drôles, ce n’est pas non plus un film qui nous fait rire aux éclats et qu’on oublie deux jours plus tard. C’est un film intelligent et qui brise les codes.

On ressent une véritable ivresse devant les actes de Steven Russell (169 de QI, roi de l’évasion condamné à perpétuité, fait rare pour ce genre de faute). Ivresse car tout d’abord on éprouve une sympathie immédiate pour le bonhomme, mais au plus le récit avance, au plus on l’aime car il représente à lui tout seul le désir de vivre sa vie sans aucune limite de quelque sorte que ce soit. Et c’est incroyable, c’est une véritable ode à la liberté, et pas seulement amoureuse ou sexuelle. Et de voir ce type mentir, truander, voler, simplement dans le but de pouvoir aimer de la seule façon qu’il connaisse, c’est à dire avec passion, a quelque chose de véritablement grisant et de communicatif.

Et si la réussite de tout ça doit énormément à l’écriture et à la mise en scène du duo, ça ne pouvait pas fonctionner sans de véritables talents devant la caméra. Et si on pouvait émettre quelques craintes devant l’association Carrey/McGregor, elles sont balayées en un instant. Le premier nous montre que même s’il a souvent gâché son génie dans des productions honteuses, il est un acteur capable de très grandes choses quand il accède à un rôle sur mesure, le second est surprenant, on ne l’avait pas vu aussi bon depuis très longtemps. Pour Jim Carrey, il incarne là un personnage qu’on peut ranger aux côtés de ceux de Man on the Moon, The Truman Show ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, il est à la fois drôle, émouvant et tellement juste dans son jeu! Et Ewan McGregor est parfait dans ce rôle de faux naïf, véritablement amoureux et qui nous fusille de tendresse au moindre regard. Au delà du risque de tels rôles pour les deux acteurs, ce sont de vraies performances.

I Love You Phillip Morris est drôle, surprenant par sa manière brutale de faire entrer le drame, émouvant, impertinent et rempli d’humanité. Un film rare et subtil, une belle petite réussite!

(Avant-Première Club 300 Allociné)

FICHE FILM
 
Synopsis

L'histoire vraie d'un ex-flic, ex-mari, ex-arnaqueur aux assurances, ex-prisonnier modèle et éternel amant du codétenu Phillip Morris. Steven Russell est prêt à tout pour ne jamais être séparé de l'homme de sa vie. Ce qui implique notamment de ne pas moisir en prison. Jusqu'où peut-on aller par amour? Très loin si l'on en croit l'histoire incroyable de Steven Russell, un génie de l'évasion rattrapé par son romantisme.