Hunger Games (Gary Ross, 2012)

de le 16/03/2012
 
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Le nouveau millénaire a imposé un cinéma tiré d’adaptations littéraires généralement exposées au rayon jeunesse des librairies. Après les cartons internationaux de franchises telles que Harry Potter ou Twilight, c’est au tour de Hunger Games d’entrer dans la danse. Avec une opération marketing poussive, le buzz ne cesse d’amplifier sur la toile. Étant avant tout destinée à un jeune public, la communication autour du film magnétise les fans des romans imaginés par Suzanne Collins et tente de charmer par la même occasion les fans de Twilight, pour ne citer que cette franchise.

Pour porter le projet, le choix s’est orienté vers Gary Ross, cinéaste à la courte filmographie connu pour avoir réalisé Pur sang – La légende de Seabiscuit en 2003 et surtout Pleasantville en 1998. Ce nom parait peu excitant mais l’expérience ne justifie pas toujours tout dans le cinéma et il est coutume de dire qu’il faut donner sa chance au produit. Hunger Games se vit à travers les yeux de Jennifer Lawrence qui campe Katniss Everdeen, héroïne audacieuse à la silhouette athlétique et déterminée à protéger sa famille du moindre danger. Si le personnage amène à fantasmer, il n’est malheureusement pas creusé. Les différentes femmes fortes qui ont été interprétées à l’écran avant elle ne rougiront pas de sa prestation, ni même de l’écriture de son rôle. Nous sommes très loin Des Ripley et Trinity qui ont su faire leurs preuves autrefois. La justesse atmosphérique dans laquelle Katniss évolue en début de film laisse rêveur, le décor naturel charme et surprend à la fois car certaines tonalités SF viennent entraver cette nature si commune à nos yeux. Le district 12, lieu d’habitation de l’héroïne, n’est pas sans rappeler les camps de concentrations de la seconde guerre mondiale. Ajoutez à cela des éléments issus de la nouvelle technologie (que nous ne connaissons pas bien sûr) et l’effet obtenu semble plutôt intéressant mais cette réjouissance est de courte durée (un peu moins d’une demi-heure), le film descend d’un niveau lorsque la principale métropole se faufile à l’écran. Effets cheaps, ambiance 5ème Élément si bien dans le style architectural que dans la mode vestimentaire des autochtones. Encore une fois, ce n’est pas uniquement le look de Hunger Games qui chatouillera les cinéphiles. Si l’on en croit le pitch (car ici on se base sur le traitement cinématographique uniquement) le film décrit une histoire complètement tordue où des jeunes sont censés s’entretuer. La comparaison avec Battle Royale apparaît comme un pop-up dans votre esprit, cependant, arrêtez vous là. Hunger Games se veut et se vit avant tout comme une aventure romancée aux tendances SF, bougrement consensuelle et donc très édulcorée. Comptez bien 1h et des poussières pour arriver dans le vif du sujet.

Bien que son apparence paraisse superficielle ou quelque peu dépouillée, Hunger Games offre tout de même une multitude de niveaux de lecture. En mélangeant des opinions sur la guerre ou l’uniformisation de la nouvelle génération, le noyau principal critique ouvertement notre système médiatique. La froideur avec laquelle les journaux télévisés traitent la mort et surtout le fléau qui touche la petite lucarne depuis un paquet d’année : la télé-réalité. Hunger Games repose sur ce concept : ce jeu où des jeunes doivent s’éliminer est retransmis à la télévision et toute la machination qu’implique avec ce genre de concept fait également partie du package. Rien n’est oublié, des fans de l’émission jusqu’à l’éventail de candidats très élaboré, ainsi que toute les petites fourberies que la production manigance en coulisses afin d’apporter la dose d’excitation maximum aux téléspectateurs, au détriment des participants.

PG-13 oblige, bien que le fond du film soit ultra violent et glauque, Hunger Games s’amuse à contourner son sujet et ne propose à aucun moment une scène digne de ce nom. On retiendra surtout le passage où les candidats sont lâchés dans la nature, mais les plans brefs et les mouvements de caméra épileptiques nous laissent sauvagement sur notre faim. L’intrigue prend des gants de velours comme un besoin de faire oublier l’idée principale, comme gênée de nous infliger ce sujet. La réalisation téléguidée nous ferait presque oublier notre motivation première, l’épaisse couche pseudo-romantique atténue le fond sauvage et dément. En ajoutant à cela un montage « au petit bonheur la chance » et un rythme peu soutenu, Hunger Games se révèle être une grosse imposture qui fâchera les puristes mais qui ravira surement les âmes sensibles. Encore un film qui fera beaucoup de bruit pour rien. En attendant, on est loin de l’événement spectaculaire annoncé.

FICHE FILM
 
Synopsis

Chaque année, sur les ruines de ce qui était autrefois l’Amérique du Nord, le Capitole, l’impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille – les « tributs » – concourir aux Hunger Games. À la fois sanction envers la population pour avoir tenté de se rebeller et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. Le dernier survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés aux jeux toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, un ancien vainqueur des Hunger Games mais qui a sombré dans l’alcool. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…