Hors de contrôle (Martin Campbell, 2010)

de le 21/02/2010
 
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Pas grand chose à se mettre sous la dent avec ce Hors de contrôle raté. On a bien droit à quelques scènes d’action efficaces mais il n’y en a que trois dans tout le film et malgré son personnage mal écrit il y a toujours Mel Gibson. Et si il semble n’être là que pour encaisser son chèque sa présence et son pouvoir de fascination sont intacts. Pas forcément une grosse purge mais ce vigilante de bas étage une belle déception.

C’était tout un symbole ce film. Le grand retour de Mel Gibson devant la caméra, 8 ans après son dernier grand rôle dans Signes de M. Night Shyamalan, le tout mis en scène par celui qui aura fait renaitre par deux fois le mythe James Bond (et qui accessoirement a signé avec Casino Royale le meilleur épisode de ladite saga). Sauf que Martin Campbell c’est aussi le réalisateur qui se trimballe une filmographie des plus insignifiante, comme tous ces simples faiseurs d’Hollywood, et c’est malheureusement ce Campbell là qui est aux commandes de Hors de Contrôle. Et l’impression générale une fois que déboule le générique final est d’avoir un petit peu été pris pour un imbécile. Car au final que nous promettait ce Edge of Darkness, dont le titre français a été vraiment mal choisi? Et bien les images diffusées ne laissaient pas de place au doute, on allait avoir un film violent, un vigilante flick mettant en scène un Mel Gibson bien énervé après qu’on ait assassiné sa fille sous ses yeux, l’histoire d’un flic qui n’a plus rien à perdre et qui compte bien se faire justice! On attendait un film bourrin, subversif, nerveux, un énième revival d’un genre ultra jouissif qui a fait les beaux jours du cinéma ricain des années 70, la renaissance d’un acteur qui avait donné ses lettres de noblesse au buddy movie et au cinéma post-nuke. Sauf que les choses ont bien changé et qu’à l’arrivée c’est tout le contraire, Mad Mel n’est plus et ferait mieux de rester derrière la caméra, là où par contre il possède toujours un incroyable talent. Hors de Contrôle est une vilaine douche froide qui sent mauvais le gachis à tous les niveaux.

Plusieurs problèmes majeurs dans tout ça. Tout d’abord quand on fait un vigilante movie on le fait bien, on va jusqu’au bout, et on ne se cherche pas d’excuses bidons. James Wan l’avait très bien compris pour Death Sentence, piétinant avec joie le politiquement correct et la basse morale pour livrer un pur film de vendetta froide et violente. Martin Campbell prend une toute autre voie, celle de la justification à tout prix, en politisant son récit qui en devient imbuvable. Et pour cause, il s’agit en fait de l’adaptation sur grand écran de sa propre mini-série (scénarisée par Troy Kennedy-Martin) de 6 épisodes diffusée dans les années 80 par la BBC. Condenser un récit de six heures en deux heures de film nécessite une certaine maitrise, cela fonctionnait très bien sur Jeux de Pouvoir, mais ici ça ne fonctionne jamais malgré tout le talent d’écriture que peut avoir William Monahan (à qui on doit les scénarios de Kingdom of Heaven, les Infiltrés ou Mensonges d’État pourtant!)

En fait on se retrouve face à un film bâtard qui ne s’assume jamais. Pas assez intelligent ou crédible pour prétendre au statut de thriller politique, pas assez engagé et violent pour celui de vigilante. Par contre s’il y a bien une chose sur laquelle les ambitions sont évidentes, c’est sur cette volonté de glorifier Mel Gibson! Campbell en fait des tonnes et filme l’acteur sous toutes les coutures comme un amoureux transi en pleine extase, alors que le pauvre Mel semble passablement s’ennuyer dans une histoire sans grand intérêt. Il y avait pourtant moyen de faire quelque chose de grand, avec tout ce que représente l’acteur en bon comme en mal, mais non au lieu de ça c’est juste un véhicule pour remettre l’acteur en selle sans y mettre la volonté et la forme. Objectivement sur les deux heures de film on se fait chier pendant les 2/3, d’où la déception quand on attendait un truc bien énervé. Gibson parcourt le film sans jamais montrer la moindre fureur, comme s’il se retenait alors que le spectateur n’attend qu’une chose, celle qu’on lui a promis, qu’il explose de rage et fasse un carnage!! Mais non il restera le visage fermé jusqu’au bout, on n’a qu’à retourner vers nos vrais récits de vengeances sanglantes si jouissives et se refaire l’intégrale de Charles Bronson, là au moins on sait ce qu’on va voir!

La déception est vraiment de taille, du niveau des espoirs qu’on pouvait placer dans ce projet. Car en plus d’un récit qui ne s’assume jamais et qui devient juste inintéressant quand il ne sombre pas dans le ridicule, le film n’est vraiment pas aidé par la mise en scène de Martin Campbell. Lui qui avait réussi à trouver le dosage parfait et l’inspiration nécessaire sur Casino Royale semble avoir oublié ici de quoi il causait. C’est mou, bon dieu que c’est mou!! Le sujet central c’est quand même un type qui voit sa fille se faire descendre devant ses yeux et qui cherche à la venger! Avec un thème pareil un minimum d’énergie est nécessaire pour le traiter correctement. Mais non Campbell se la joue pantouflard et nous pond un truc aussi académique qu’impersonnel, dénué de toute forme de charme. Dès lors rien ne fonctionne. Le suspens ne prend jamais, la tension non plus, en bref on s’ennuie sévère et ce n’est pas vraiment ce qu’on attendait.

Le ridicule de certaines situations fait froid dans le dos, par exemple quand Mel prend sa fille tout juste abattue dans ses bras et récite des versets de la bible, ou dans une séquence finale pendant laquelle on a du mal à retenir un rire moqueur. Ou encore dans cette répétition insupportable des apparitions fantomatiques de la fille, c’est juste too much. Les personnages sont extrêmement mal écrits, on sent venir les revirements de situation à deux kilomètres, l’intrigue politique ne vaut pas un copec (autant se revoir l’Enquête, là au moins c’était traité avec talent), on se retrouve face à des caractères ultra manichéen (le gentil très très gentil qui ne boit surtout pas d’alcool, le méchant très très méchant dont on attend presque le rire machiavélique, le gentil mais un peu moins qui devient méchant et le méchant mais trop qui devient presque gentil, incroyable n’est-ce pas?). Les acteurs ne sont jamais crédibles, sauf Ray Winstone qui s’en sort plutôt bien.

FICHE FILM
 
Synopsis

Thomas Craven est un inspecteur vétéran de la brigade criminelle de Boston. Il élève seul sa fille de vingt-cinq ans. Lorsque celle-ci est retrouvée assassinée sur les marches de sa propre maison, personne n'a de doute : c'est lui qui était visé. Pour découvrir qui a tué sa fille, l'inspecteur Craven va devoir s'aventurer dans les milieux troubles où les affaires côtoient la politique. Il va aussi devoir découvrir les secrets de celle qu'il croyait connaître. Dans cet univers où chaque intérêt est supérieur, où chaque information vaut plusieurs vies, face à l'éminence grise du gouvernement envoyée pour effacer les preuves, la quête solitaire de Craven va le conduire au-delà de la pire enquête de sa vie, face à ses propres démons...