Holiday (Guillaume Nicloux, 2010)

de le 06/12/2010
 
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On avait quitté le surdoué Guillaume Nicloux avec La Clef, « conclusion » de sa trilogie du polar entamée avec Cette Femme-là puis Une Affaire privée, en omettant volontairement son maladroit Concile de Pierre. Après tant de noirceur – il a scruté l’âme humaine dans ce qu’elle avait de plus nauséabond et glauque – le réalisateur avait sans doute un certain besoin de légèreté qui le fait revenir à ses premières amours, à savoir la comédie noire nonsensique qui l’avait révélé au grand public avec Le Poulpe. Et le résultat est des plus déconcertants il faut l’avouer. Construit comme un mélange bâtard de flashbacks et de jeu de cluedo, Holiday utilise une enquête policière classique au sein d’un huis clos tordu pour aboutir sur une pure comédie de moeurs totalement absurde qui ne manque pas de se prendre les pieds dans le tapis. Avec sa galerie d’acteurs improbable, son décor unique, son approche hyper théatrale, son absence d’un quelconque message, Holiday prend le contre-pied de la comédie franchouillarde et en un sens tant mieux car il en résulte une oeuvre résolument autre. Mais à trop en faire Guillaume Nicloux tombe non seulement dans le grand n’importe quoi pas toujours drôle mais accouche d’une oeuvre hybride qui manque cruellement de consistance, quittant les mémoires une fois les lumières de la salle rallumées. Dommage.

Pourtant tout commence par un générique assez exceptionnel et jouissif, annonçant un film foncièrement trash, bonheur malsain après lequel il essaiera de courir jusqu’à la fin sans forcément y parvenir. Car pour la suite, on entre dans une structure relativement classique s’orientant sur une trame digne d’Agatha Christie et focalisé sur un personnage de looser dépassé par les évènements, avec le monde qui s’écroule autour de lui, Michel Trémois. Pendant 1h30 on va s’amuser à suivre non seulement l’enquête autour d’un décès par pendaison mais également les intrigues de couloir dans cet hôtel surréaliste. On passe d’une chambre à l’autre, d’un personnage à l’autre, sans grande passion mais avec un certain intérêt de par l’absurde des portraits et des situations.

Mais si on rigole (un peu), si on s’amuse devant le ton complètement décalé de l’ensemble et devant les situations de plus en plus grotesques (Judith Godrèche qui danse sans culotte devant un nain et sa petite amie nymphomane) tout cela tourne rapidement à vide. On se fout royalement de l’enquête policière, on se fout tout autant du destin de Michel Trémois, on préfère se complaire devant la galerie de personnages tous plus barges les uns que les autres (Josiane Balasko qui nous fait profiter de ses bourrelets, le détective et ses dents pourries, Biyouna presque issue d’un film de Lynch…). On en sort un peu circonspect avec la sensation d’avoir vu des séquences géniales et d’autres dignes du pire des nanars, dans un ensemble extrêmement maladroit et dans un sens atrocement inutile, même si parfois excessivement jouissif dans ses portraits.

Mais s’il est presque inintéressant sur le fond, Holiday impressionne sur la forme. Guillaume Nicloux n’est pas un débutant et ça se sent, en excellent formaliste il soigne son image et son ambiance, s’amuse à tordre l’image pour la faire plier à ses moindres délires. Et c’est très beau il faut l’avouer. Dommage que le propos ne colle pas à l’approche visuelle. Egalement il faut avouer que les acteurs sont tous excellents, sans exception, et qu’ils semblent s’amuser comme des fous à jouer l’outrance permanente. C’est beau, bien joué mais sans intérêt, ou presque. Au même titre que la composition de Julien Doré, adorable de décalage mais objectivement pas géniale du tout.

[box_light]Holiday porte bien son titre. Guillaume Nicloux se paye des vacances et en oublie ce qui faisait la force de son cinéma. Ici la noirceur marche au rythme de l’humour, en boitillant et sans éclat, les personnages sont des clichés ambulants à tel point qu’ils en deviennent très drôle et l’enquête policière qui sert de fil rouge à cette gigantesque pièce de théâtre filmé s’avère sans grand intérêt. On ne s’attache à rien ni personne, contrairement à ces quelques adeptes des jeux masochistes et on est plus surpris par la liberté de ton et le décalage outrancier que réellement conquis par l’humour de cette comédie de moeurs assez oubliable. C’est bien beau de faire du politiquement correct, encore faut-il avoir quelque chose à raconter, ce qui n’est visiblement pas le cas dans cette farce potache gentiment trash.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Un soir, Michel Trémois échoue dans la pharmacie d’une gare de province et se remémore le fil des événements qui, en deux jours, ont fait basculer sa vie : parti en week-end avec sa femme Nadine pour reconstruire leur couple et sauver leur sexualité, rien ne s’est finalement passé comme prévu… Après une nuit folle et tumultueuse agrémentée de rencontres singulières, le réveil de Michel est brutal et douloureux. Non seulement il se retrouve accusé de meurtre mais sa femme est introuvable…